Démonstration de zèle. Dans la course aux 25000 expulsions annuelles, le préfet de Lyon a reconduit à la frontière le fils adoptif d'une famille française. Qui dit mieux?
Avoir été directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur ça laisse des traces. Parachuté en juin préfet du Rhône et de La région Rhône-Alpes, Jacques Gérautt s'est vite fait remarquer: pas parce qu'il s'est piteusement cassé la figure en faisant du jogging, le pauvre... parce qu'il a montré un zèle particulier dans l'expulsion des étrangers. Ce qui lui a valu d'être surnommé « Le Nettoyeur » par les Lyonnais. Il est allé - et il n'y a pas eu assez de publicité autour de ce geste' - jusqu'à reconduire à la frontière le fils adoptif d'une famille française, ce qui semble être une première! Bravo.
Jacques Gérault rendra public le nombre d'expulsions effectuées par ses services lors d'une conférence de presse Le 16 janvier. On ne sait pas encore s'il a réussi à atteindre - voire dépasser! - les objectifs qui lui ont été donnés, mais lui, au moins, il n'a pas baguenaudé comme Brice Hortefeux. L'indolent ministre de l'Immigration est loin du compteur national, avec un total de 23 000 expulsions en 2007 au lieu du chiffre de 25000 par an fixé par Sarkozy. Quand le préfet Gérault expulse, il ne se pose pas de questions: il a ainsi renvoyé Léonard Aman-Clair, un orphelin ivoirien né en 1970, adopté officiellement en 1998 après une longue procédure par Christian Clair et sa famille, des Français, amis de ses parents, qui subvenaient financièrement à ses besoins et à son éducation depuis 1977.
« le Nettoyeur » a frappé
Léonard avait quitté Abidjan et vivait à Lyon chez son père adoptif depuis janvier 2003, époque où, menacé de mort à plusieurs reprises par les « patriotes » ivoiriens, en tant que « fils de Français », il avait vu son magasin de location de chaises détruit et fut roué de coups avec une incapacité de travail de 21 jours. Demandeur d'asile en France en attente de papiers (malgré son adoption, il n'était pas français car la nationalité n'est délivrée qu'aux enfants mineurs), Léonard a été contrôlé le 6 novembre 2007 par des policiers à la sortie d'une boulangerie lyonnaise, placé en centre de rétention, et expulsé à Abidjan le 17 novembre. « Il n'avait même pas volé un bonbon! », s'insurge un de ses amis, Philippe Monthubert, président de son comité de soutien (
http://amisducollectifdeleo.blogspot.com). Certes, mais un Noir qui mange le pain des Français, c'est suspect.
« Nous avons beaucoup de mal à joindre Léo là-bas, puisqu'il est SDF», raconte Phitippe Monthubert. Ses parents ont dû passer Noël sans lui, pour la première fois depuis dix ans, et s'inquiètent pour la vie de leur fils. Dans un document du 10 avril 2006, le premier vice-gouverneur d'Abidjan constatait: « M. Léonard AmanClair, notoirement connu comme le fils d'un ressortissant français, ne saurait plus être en mesure d'exercer son activité professionnelle de commerçant de manière sereine, ni non plus d'obtenir des conditions de sécurité personnelle acceptables. » La bonne image de Jacques Gérault auprès de Sarkozy est à ce prix.
EMMANUELLE VEIL
1. Hormis un entrefilet dans Aujourd'hui du 28 novembre 2007.
voir également à ce sujet
samedi 17 novembre 2007
La Préfecture du Rhône expulse à la hâte le fils adoptif et
irréprochable, mais noir, d’une famille française de longue génération.
Le mardi 6 novembre 2007 au centre ville de Lyon, l’après-midi, en sortant d’une boulangerie, M. Léonard AMAN-CLAIR, 36 ans, s’est fait contrôlé à l’improviste par une patrouille pédestre de policiers à qui il a présenté spontanément son passeport. Ce passeport étant périmé malgré de nombreuses tentatives de (...)