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Strasbourg : Amour sans frontières

 
Article publié sur http://schlomoh.blog.lemonde.fr/

Amour sans frontières

Ce matin, RESF 67 apprenait qu’une jeune femme marocaine passait au Tribunal administratif de Strasbourg en référé contre un arrêté du Préfet du Bas-Rhin.

L’arrêté préfectoral a été annulé!

Il n’est pas inutile de revenir sur cette affaire qui symbolise l’inhumanité des lois sur les étrangers en fRance.

Vous êtes un jeune homme. Vous rencontrez une jeune femme. Vous faites connaissance. Votre famille et vous, l’accueillez. Vous l’hébergez même. Comme la plupart des gens dans ce cas, vous n’attendez pas pour avoir des relations avec cette femme. Elle est même enceinte, de plus de trois mois. Vous formez le projet de l’épouser. Et vous faites les démarches à la mairie en vue du mariage. Tout baigne…

A condition que votre future soit française, ou, si elle est étrangère, qu’elle ait des papiers en règle…

Vous vous voyez demander à une femme dont vous êtes amoureux si elle a ses papiers?

Non, bien entendu.

Mais, non seulement vous avez tort, mais de plus vous êtes devenu un délinquant! Vous aidez une personne clandestine à séjourner irrégulièrement sur le territoire de la République.

Le couple en question s’est rendu mardi 8 janvier à la mairie de Strasbourg, place de l’Etoile, pour les formalités de mariage.

Le fonctionnaire a demandé les papiers de la dame.

Aie!

Puis il a appelé la PAF (Police de l’Air et des Frontières) qui a interrogé séparément les deux personnes. Puis, aussi sec, la femme, sans titre de séjour en règle a été embarquée au Centre de Rétention de Geispolsheim.

Elle a formé un référé contre l’arrêté préfectoral, aidée par la Cimade, et RESF 67.

Suite à l’appel urgent à une présence solidaire, quelques membres du réseau se sont retrouvés au TA, aux côtés de la famille du jeune homme.

Me Kling assurait la défense contre, fait rarissime, une représentante de la Préfecture en chair et en os.

Le juge a écouté l’avocate, puis la femme, enceinte de trois mois passés, assise, car sa grossesse est difficile. Il a invité les futurs beaux-parents à la barre.

Le juge a dit au jeune homme: “vous savez que vous contrevenez à la loi, en hébergeant une personne sans permis de séjour?

A croire qu’il faut aimer français!

Le juge a répété plusieurs fois “c’est compliqué“. Signe d’un certain embarras. mais de quel côté allait pencher la balance? D’un côté, la loi, des délinquants, un préfet aux ordres, des quotas à remplir. De l’autre, surtout après les témoignages de la femme, du père du futur enfant et des non moins futurs beaux-parents, une situation humaine.

Le juge avait même évoqué, après avoir demandé quel risque elle courait en retounant au Maroc, la possibilité que la femme aille accoucher dans son pays, seule…On imagine, au Maroc, l’accueil d’une femme est enceinte avant le mariage, sans parler du futur père, non musulman…

Qu’elle revienne après avoir obtenu un visa, suggéra-t-il…Comme s’il y avait un distributeur automatique de visas.

A aucun moment, on ne parla de cet enfant à venir qui, certes serait français, même en naissant au Maroc, d’un père français.

Mais quel début dans l’existence, pour un enfant, de naître loin de son père et de sa famille!

Le juge se retira pour délibérer (avec qui?). Le délibéré ne dura pas une minute. L’avocate étant sortie de la salle, le juge ressortit, pour que tout soit dans les règles. Il revint et annonça enfin la décision tant attendue.

L’arrêté préfectoral de reconduite à la frontière est annulé!

Des applaudissements spontanés ont jailli. Toute la famille est venue embrasser la jeune femme, soulagée, les larmes aux yeux. Les personnes présentes par solidarité furent vivement, et plusieurs fois remerciées.

Il restait encore à la jeune femme à retourner au CRA, avec les gendarmes, pour y récupérer ses affaires. Sa famille allait la chercher.

Pour un bref moment, cet après-midi, au TA, de 15 à 16h, le Réseau Education Sans Frontières avait ouvert sa succursale, RASF, le Réseau Amour Sans Frontières!

Témoin de ces événements, et présent assez régulièrement au TA, le correspondant de la Feuille de Chou avoue, qu’après avoir eu les larmes aux yeux, il s’est senti pour une fois soulagé et heureux.

Reste, comme le rappelait immédiatement un jeune vétéran du réseau, qu’il fallait sans tarder faire une demande de régularisation de la situation.

samedi 12 janvier 2008.

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