Le Préfet du Bas-Rhin expulse une famille avec trois enfants, mais il n’ose pas affronterdirectement la réalité humaine des cinq vies qu’il met en danger de mort.
Rappelons les faits :
La famille Abazi est recherchée au Kosovo parce que M. Abazi a refusé de servir dansl’armée de libération lors de la guerre civile. Suite à cela, il a été régulièrement pris à parti pardes inconnus masqués et armés qui voulaient le contraindre à s'accuser de meurtre ou àtémoigner contre les Albanais au Tribunal Pénal International. Il a toujours refusé, au risquede sa vie, mais craignant pour sa famille, il a été contraint de choisir l'exil à plusieurs reprises.Depuis juillet 2007, ils sont arrivés en France à Strasbourg où la famille était en voied’intégration : leurs trois enfants Shkumbin, 11 ans, Granit, 10 ans à et la petite fille de 4 ans1/2, Kaltrinë se sont insérés dans des écoles où ils ont réappris à vivre !
Las ! Le Préfet du Bas-Rhin a décidé de les expulser vers l’Autriche (dernier pays de l’Union Européenne à les avoir accueillis) mais où hélas ils ont épuisé les recours lors de leur précédente fuite du Kosovo. Ce faisant, le Préfet du Bas-Rhin a amorcé un retour forcé dans un pays où cette famille risque pour son intégrité physique ; en effet, les enfants ont appelé RESF à l'aide ce mardi 25 mars dès 5 h du matin, l'aîné a été frappé par une fonctionnaire de police autrichienne en faisant ses bagages : depuis 9 h, le contact est perdu. Shkumbin n'a su que dire qu'ils partaient pour le Kosovo à midi.
Monsieur le Préfet doit être gêné par son geste. Il a fait recevoir par ses collaborateurs une délégation, mercredi 19 mars, et a laissé quelques espoirs de réexamen de la situation de la famille Abazi ; notamment au vu de la présentation aux services de la DDASS, d'un certificat médical présentant un caractère d'urgence. Mais les billets d’avion étaient déjà réservés, les dispositifs préparés et, quelques heures plus tard, en pleine nuit, l’expulsion était mise en œuvre. Un communiqué de presse froidement expédié par mail le lendemain donne, pour toute explication, l’argument technique de la convention de Dublin.
Monsieur le Préfet du Bas-Rhin, si vous étiez si certain que le Kosovo est dans une situation stable et que la famille Abazi n’y court aucun danger, que ne l’avez-vous dit à leur entourage la semaine dernière !
Monsieur le Préfet, si vous étiez si certain que l’Autriche réexaminerait avec humanité la situation de ces réfugiés au regard des dangers qui les menacent, que ne l’avez-vous dit à leur entourage la semaine dernière !
Monsieur le Préfet, si vous estimiez que les 9 mois de réinsertion pour des enfants traumatisés sont quantité négligeable, que ne l’avez-vous dit à leur entourage la semaine dernière!
Monsieur le Préfet, si vous jugiez que l'investissement du personnel enseignant, des associations et de tous les bénévoles auprès de ces exilés n'avait aucune valeur, que ne l' avez-vous dit à leur entourage la semaine dernière !
Monsieur le Préfet, si vous considériez que votre pouvoir d’appréciation se résume à faire fonctionner des mécaniques aveugles, et à remplir les quotas exigés par votre ministre,que ne l’avez-vous dit à leur entourage la semaine dernière !
La famille Abazi est en danger. Nous espérons, Monsieur le Préfet, qu’il ne sera pas porté atteinte à leur vie. Nous continuerons à leur apporter notre soutien, ainsi qu’aux autres familles qui seraient menacées si elles devaient quitter le territoire français. Nous vous tiendrons informé de ce qui leur adviendra, ainsi que tous nos concitoyens soucieux et attachés aux valeurs constitutionnelles de la République.
mardi 25 mars 2008.