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Lettre ouverte à M. le Préfet du Bas-Rhin qui expulse et s’en lave les mains honteusement.

 
Monsieur le Préfet,

Monsieur le Préfet, vous avez expulsé une famille avec trois enfants jeudi 20 mars, mais vous n’osez pas affronter directement la réalité humaine des cinq vies que vous mettez en danger de mort.

Rappelons les faits :

La famille Abazi est recherchée au Kosovo parce que M. Abazi a refusé de servir dans l’armée de libération lors de la guerre civile. Suite à cela, il a été régulièrement pris à parti par des inconnus masqués et armés qui voulaient le contraindre à s’accuser de meurtre ou à témoigner contre les Albanais au Tribunal Pénal International. Il a toujours refusé, au risque de sa vie, mais, craignant pour sa famille, il a été contraint de choisir l’exil à plusieurs reprises. Depuis juillet 2007, ils sont arrivés en France à Strasbourg où la famille était en voie d’intégration : leurs trois enfants Shkumbin, 11 ans, Granit, 10 ans et la petite fille de 4 ans1/2, Kaltrinë se sont insérés dans des écoles où ils ont réappris à vivre !

Las ! Monsieur le Préfet, vous avez décidé de les expulser vers l’Autriche (dernier pays de l’Union Européenne à les avoir accueillis) mais où hélas ils ont épuisé les recours lors de leur précédente fuite du Kosovo. Ce faisant, Monsieur le Préfet, vous avez amorcé un retour forcé dans un pays où cette famille risque pour son intégrité physique ; en effet, les enfants ont appelé RESF à l’aide ce mardi 25 mars dès 5 h du matin, l’aîné a été frappé par une fonctionnaire de police autrichienne en faisant ses bagages : à 9 h, le contact était perdu. Shkumbin n’a su que dire qu’ils partaient pour le Kosovo à midi. Or la famille n’a été renvoyée vers le Kosovo que ce matin mercredi 26 mars, à l’aube, après avoir passé la nuit en prison à Vienne. Le papa a vu un médecin hier qui n’a pas reconnu officiellement l’urgence médicale mais dit par ailleurs qu’une opération coûterait trop cher. Nous avons eu confirmation par le HCR en Autriche que l’expulsion de la famille a bien eu lieu le 26 mars.

Monsieur le Préfet, vous devez être gêné par votre geste. Vous avez fait recevoir, par vos collaborateurs, une délégation, mercredi 19 mars, et avez laissé quelques espoirs de réexamen de la situation de la famille Abazi, notamment au vu de la présentation aux services de la DDASS d’un certificat médical présentant un caractère d’urgence. Mais les billets d’avion étaient déjà réservés, les dispositifs préparés et, quelques heures plus tard, en pleine nuit, l’expulsion était mise en œuvre. Un communiqué de presse froidement expédié par mail le lendemain donne, pour toute explication, l’argument technique de la convention de Dublin.

Monsieur le Préfet du Bas-Rhin, si vous étiez si certain que le Kosovo est dans une situation stable et que la famille Abazi n’y court aucun danger, que ne l’avez-vous dit à leur entourage la semaine dernière !

Monsieur le Préfet, si vous étiez si certain que l’Autriche réexaminerait avec humanité la situation de ces réfugiés au regard des dangers qui les menacent, que ne l’avez-vous dit à leur entourage la semaine dernière !

Monsieur le Préfet, si vous estimiez que les 9 mois de réinsertion pour des enfants traumatisés sont quantité négligeable, que ne l’avez-vous dit à leur entourage la semaine dernière !

Monsieur le Préfet, si vous jugiez que l’investissement du personnel enseignant, des associations et de tous les bénévoles auprès de ces exilés n’avait aucune valeur, que ne l’avez-vous dit à leur entourage la semaine dernière !

Monsieur le Préfet, si vous considériez que votre pouvoir d’appréciation se résume à faire fonctionner des mécaniques aveugles et à remplir les quotas exigés par votre ministre, que ne l’avez-vous dit à leur entourage la semaine dernière !

Monsieur le Préfet, nous avons peine à accepter vos excuses transmises par votre directeur de cabinet dans l’après-midi de mercredi 26 mars et concernant la sincérité de votre fonctionnaire qui nous avait reçus le mercredi précédent ( 19.03.08) :

Il ne s’agit pas de savoir si elle était au courant ou non de la réadmission de la famille (qui eut lieu 12h après notre entretien, à 3h du matin), alors qu’elle nous proposait de nous donner votre appréciation 24h plus tard.

En tout état de cause, vos services et vous-même avez été prévenus, avant que la famille ne parte, de la mobilisation autour des écoles des trois enfants (+ de 1600 signatures ) et du problème médical du papa ; vos services et vous-mêmes connaissaient la date et l’heure de l’expulsion de la famille bien avant le moment de notre entretien.

Monsieur le Préfet, vous ne pouvez camper sur vos positions : vous n’avez pas mis en œuvre tout ce qui était en votre pouvoir. Il vous restait la possibilité d’appliquer l’article suivant de la Convention de Dublin 2 :

«article 3, alinéa 2 (Chapitre II : Principes généraux) :


2. Par dérogation au paragraphe 1, chaque État membre peut examiner une demande d'asile qui lui est présentée par un ressortissant d'un pays tiers, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. Dans ce cas, cet État devient l'État membre responsable au sens du présent règlement et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. Le cas échéant, il en informe l'État membre antérieurement responsable, celui qui conduit une procédure de détermination de l'État membre responsable ou celui qui a été requis aux fins de prise en charge ou de reprise en charge.», comme nous l'a confirmé l'avocat de la famille Abazi, Me Laurent Jung.

Monsieur le Préfet, en respectant la loi, vous auriez pu invoquer cet article 15 pour accorder  à cette famille non pas le droit d’asile mais le droit de déposer une demande d’asile ! L’OFPRA aurait alors instruit le dossier et vous auriez ainsi par là même permis aux enfants de terminer leur année scolaire ( qu’ils avaient si bien commencée ) et permis au papa de réaliser les examens médicaux prévus.

Monsieur le Préfet, puissent les canaux diplomatiques ( France-Kosovo) faire leur travail de protection de cette famille, comme l’a proposé votre directeur de cabinet ce mercredi 26 mars !
La famille Abazi est en danger.

Nous espérons, Monsieur le Préfet, qu’il ne sera pas porté atteinte à leur vie. Nous continuerons à leur apporter notre soutien, ainsi qu’aux autres familles qui seraient menacées si elles devaient quitter le territoire français. Nous vous tiendrons informé de ce qui leur adviendra, ainsi que tous nos concitoyens soucieux et attachés aux valeurs constitutionnelles de la République et s’il devait arriver quoi que ce soit à la famille Abazi, vous devrez en prendre votre part de responsabilité.


Les signataires :


RESF Metz , RESF 67, CASAS, CIMADE,
FCPE 67, LDH, SE-UNSA, SGEN , UD-CGT 67, FSU
jeudi 3 avril 2008.

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