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Des patrons veulent créer un "lobby" pour régulariser leurs employés

LE MONDE | 15.04.08 | 09h52 • Mis à jour le 15.04.08 | 09h52
 
Source : Le Monde


Du 29 mai au 3 juillet 2007, 68 travailleurs sans papiers avaient occupé le restaurant Buffalo Grill de Viry-Châtillon (Essonne). Les employés affirmaient que la direction était au courant de leur statut. Vingt d'entre eux ont été régularisés le 5 juillet.AFP/OLIVIER LABAN-MATTEI
Du 29 mai au 3 juillet 2007, 68 travailleurs sans papiers avaient occupé le restaurant Buffalo Grill de Viry-Châtillon (Essonne). Les employés affirmaient que la direction était au courant de leur statut. Vingt d'entre eux ont été régularisés le 5 juillet.


Ils se sentent abusés. Des patrons viennent d'apprendre que certains de leurs "meilleurs" éléments n'ont pas de titre de séjour : ils ont été embauchés avec de faux papiers.

Depuis le 1er juillet 2007, les chefs d'entreprise ont l'obligation de demander aux préfectures, quand ils recrutent un étranger, de vérifier l'authenticité de son titre de séjour. Certains en ont profité pour revérifier la situation administrative de leur main-d'œuvre étrangère. Parfois, des salariés en situation irrégulière ont déserté la société de peur de se faire arrêter.

La mesure prise pour lutter contre l'emploi de sans-papiers met souvent dans l'embarras des chefs d'entreprise. "Je suis dégoûté, je suis obligé de refuser des chantiers", enrage Jean-Luc Quipert, gérant de la société de nettoyage OUI, située dans le Val-d'Oise. Sur ses 14 salariés, 10 avaient des fausses cartes de séjour. "Je les ai tous perdus, lâche-t-il. Je ne trouve personne d'aussi compétent pour les remplacer. Les vrais Français ne veulent pas de ce travail. C'est trop dur."

D'autres patrons refusent de se séparer de leurs employés. Garder leurs travailleurs sans-papiers est avant tout pour eux une question de survie de l'entreprise. A Net Express, société de nettoyage de Seine-Saint-Denis, sur les 8 salariés, 3 ont de faux papiers. Pour Djamila Serrar, la gérante : "Si dans six mois je ne les régularise pas, je mets la clé sous la porte."

Alors, ces patrons s'organisent. Pour tenter de garder les salariés, ils prennent des avocats. Certains se rendent dans des préfectures pour demander la régularisation de leurs travailleurs, comme le prévoit la circulaire du 7 janvier.

"On peut faire mieux", assure Yohann Le Goff. Ce jeune gérant de la société Konex veut créer un "lobby" de patrons afin de mutualiser les demandes de régularisation et avoir plus de poids auprès des préfectures. "Nos travailleurs sans papiers ne prennent la place de personne", insiste-t-il. Lui tente de faire régulariser un Algérien.

Depuis deux mois, Yohann Le Goff entre en contact avec des patrons qui vivent cette situation. Il se démène pour les convaincre de se lancer dans un mouvement de "patrons solidaires", nom du lobby. Une quarantaine ont accepté de le rejoindre. Il espère bientôt en convaincre une centaine.



Mustapha Kessous
mardi 15 avril 2008.

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