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Qu’est-ce qu’un cercle de silence ?

 

Voir par exemple le cercle de silence de Nice

Voir aussi le site cercledesilence.info

Texte émanant de Paris


1. L’origine des cercles de silence

Les cercles de silence sont nés dans les années 80, en Allemagne (voir texte MOM). Il s’agissait d’une pratique non violente face à la violence implicite des fusées Pershing. L’autre précédent célèbre est celui des mères de la Place de mai à Buenos Aires. Cette action fût d’ailleurs relayée en France pendant des années devant l’ambassade d’Argentine.
Il ne s’agissait donc pas dès l’origine, comme d’aucuns le croient, d’un mode d’action à but religieux ou mystique.
 
2. Aujourd’hui
 Aujourd’hui, les cercles de silence qui se déroulent en France et en Belgique sont nés à l’initiative d’organisations très diverses : les franciscains à Toulouse, qui furent les premiers dans notre pays, des militants du RESF, à Nice et dans d’autres villes, des membres de syndicats ou de partis qui comme à Montélimar préfèrent ne pas se définir par leurs appartenance mais simplement par leur humanité et leur conscience… A Paris, nous avons choisi de laisser chaque participant libre de dire ou de taire ses engagements. Ainsi notre appel est signé « membres de Resf, membre de la LDH, membre du Réseau chrétien immigrés, de la Pastorale des migrants… de la CGT… (je les énumérerai) et d’autres ou tout simplement citoyen/citoyenne conscient(e) et engagé(e)
 
Quoiqu’il en soit, tous les cercles de silence appellent unanimement à REFLECHIR. La manifestation telle que nous la connaissons est souvent bruyante, il s’agit de se faire entendre le plus fort possible et d’exprimer très haut sa colère, son mécontentement, ses revendications.
 
 

3. Particularités des cercles

Par la forme même du cercle, celui qui y participe exprime non seulement sa désapprobation devant les traitements inhumains et dégradants auxquels sont soumis les migrants sans papiers, mais se met en situation physique de réfléchir de façon à la fois individuelle et collective à ce dont ces agissements sont le symptôme.

C’est en ce sens qu’il est un acte à portée politique (au sens traditionnel de vie de la cité) et citoyenne, plus large peut être que la manifestation.
 
Car le cercle par sa forme, par l’immobilité qu’il demande, conduit à penser. Il dit « réfléchissons » à la première personne du pluriel, et non pas « réfléchissez », à la deuxième personne. Il oblige à prendre conscience que nous sommes tous, absolument tous, impliqués dans ce qui se passe.
 
Ainsi, prenons un exemple très simple, celui d’une personne sensible à la cause des sans papiers : La vie quotidienne aujourd’hui est coûteuse, aussi, lorsqu’elle va à la superette elle achète les produits alimentaires les moins chers… mais peut être que le prix qu’elle paie ces produits là, c’est au prix de l’exil du sans papiers que par ailleurs elle soutient. La plupart du temps, nous n’y pensons guère.
 
Pendant ces instants de silence, toutes ces questions nous traversent. Car elles traversent, plus ou moins implicitement, tout le corps social et nous prenons conscience que nous ne pouvons ni les ignorer ni nous contenter des réponses superficielles, lâches et inhumaines des gouvernements actuellement en place en Europe et notamment en France.
 
Le cercle nous rappelle que tous les humains sont liés.
 

4. Réunir des personnes qui ne viendraient jamais aux manifestations

Et c’est pourquoi le cercle réunit des personnes assez différentes de par l’ensemble de leurs motivations. Jamais, je n’aurais imaginé, il y a seulement six mois participer à une action de soutien aux sans papiers avec un franciscain ou même un militant lié à un organisation confessionnelle.

Par ailleurs, l’autre particularité des cercles est qu’ils rassemblent des personnes qui jamais ne viendront à une manifestation. Depuis des mois, je questionne mon entourage dont je constate qu’il ne participe à aucun rassemblement ni manif. Pourtant, je sais que la plupart de ceux que je connais est sensible à la situation. Je leur fais parvenir des mails, les incite à signer des pétitions… mais rien. Ils ont toujours une bonne raison de ne pas descendre dans la rue. Les mêmes m’ont spontanément questionnée sur le cercle, l’un d’eux est venu et je pense que d’autres viendront. Leurs motivations pour ne pas participer aux manifs sont diverses : ainsi, telle amie qui vient de subir une grave opération au cerveau craint d’être bousculée, telle autre est trop fatiguée, trop âgée, tel autre a peur de la foule… Des manifs, il y en a tant et tant… on ne sait plus pourquoi.
 

5. Le cercle : un acte provocateur :

Il est aussi très provocateur, car l’agitation, elle, nous est coutumière. Je conseille aux personnes qui s’intéressent à ce sujet de lire l’excellent article de Philippe Clanché dans le dernier numéro de Témoignage chrétien à propos des cds, je cite : « N’est-ce pas là une des plus belles réponses face au sarkozysme ambiant ? Face à un homme qui ne peut cesser de s’exprimer, de se déplacer partout et de changer d’idée dès que le vent tourne ? »
 

6. Les participants :

Ils sont, comme nous venons de le dire, très divers par leurs origines (et parfois par leur motivations : certains luttent pour la régularisation de tous les sans papiers et la liberté de circulation et d’installation ; d’autres, comme à Rennes ne contestent pas les renvois à la frontière ni la « maîtrise » des flux migratoires, comme d’aucun appellent le refus de permettre aux êtres humains de circuler librement sur leur petite planète) ; certains ont des engagements déjà anciens, d’autres découvrent la situation des migrants… tous ne sont pas de gauche, certains s’effraient même qu’on parle de « politique », et c’est cela qui est particulièrement fort et intéressant dans le phénomène des cercles de silence. C’est la preuve qu’à travers les traitements infligés aux migrants, c’est la société toute entière qui commence à se sentir atteinte, voire menacée.
 
A Paris, une remarque nous a été faite : il n’y a pas beaucoup de jeunes. Quelques uns ont proposé de modifier la forme du cercle, d’y introduire des lectures de textes, voire de la musique pour « attirer » les plus jeunes. Mais en dehors du fait qu’il ne s’agit pas d’un produit publicitaire dont il faudrait élargir le ciblage, je crois que les modes d’expression sont assez diversifiés pour que chacun trouve sa place dans l’un ou l’autre. Pour certains, l’immobilité pendant une heure est impensable ; d’autres préfèrent la vive solidarité de la manifestation. Les jeunes souvent se mobilisent pour l’un des leurs menacé d’expulsion mais on les voit de plus en plus nombreux et dynamiques dans les manifestations. Le cercle est peut-être (mais pas sûrement) moins adapté à la jeunesse.
 
Il nous ramène aussi par la réflexion à laquelle il nous oblige, nous qui sommes plus âgés, à ces questions essentielles qui sont : qu’avons-nous fait de ce monde que nous avons contribué à construire, pourquoi et comment en sommes nous arrivés là et plus important que pouvons nous faire à présent pour rendre un peu de raison et de conscience à ce pays ? C’est devant le Conseil d’Etat où nous avons choisi de faire cercle que ces questions prennent tout leur sens.
 

7. Le cercle dans un lieu symbolique

Dans toute la France et ailleurs, les cercles se tiennent dans des lieux fortement chargés de symbole.
 
Le cercle de silence Paris se tient tous les troisième vendredi du mois devant le Conseil d’Etat.
 

Un mot sur le lieu qui n’est pas de hasard…

 

Le Conseil d’État joue un rôle de conseiller du gouvernement.

D’une part, il est obligatoirement saisi et donne un avis :

  • sur tous les projets de loi avant leur dépôt sur le Bureau des assemblées ;
  • sur les projets d’ordonnances ;
  • sur de nombreux textes réglementaires (ex : décrets).

Il s’agit d’un examen portant sur le droit, la forme et l’opportunité du texte. D’un point de vue juridique, le Conseil d’État vérifie que le texte n’est pas contraire à une norme européenne et tente de prévenir les éventuelles inconstitutionnalités susceptibles d’être relevées par le Conseil constitutionnel. Il peut attirer l’attention du gouvernement sur l’opportunité ou non du texte dont il est saisi. Il ne s’agit pas d’opportunité politique, mais de l’opportunité au regard de critères comme la cohérence avec d’autres textes juridiques ou le contexte financier de l’action publique. Le gouvernement n’est pas tenu de suivre l’avis du Conseil d’État, mais la tradition veut qu’il en tienne compte.

D’autre part et de manière facultative, le Conseil d’État peut conseiller le gouvernement, après avoir été saisi par lui, sur tout sujet posant problème. Il rendra alors un avis longuement motivé qui doit pouvoir éclairer le gouvernement. Un exemple célèbre remonte à l’année 1989, lorsque le ministre de l’Éducation nationale décida de saisir le Conseil d’État à propos de la question dite du "foulard islamique", et plus largement sur la compatibilité entre le principe de laïcité et l’expression de leur choix religieux par les élèves. Les avis donnés au gouvernement sont alors secrets, sauf si le gouvernement en décide autrement, ce qu’il fait de plus en plus.

Le Conseil d’État peut aussi, de lui-même, attirer l’attention du gouvernement sur des réformes lui paraissant conformes à l’intérêt général.

Nous disons donc par notre présence en ce lieu que nous attendons de cette institution qui date de 1799 qu’elle joue pleinement son rôle qui est de rendre à la République française sa dignité et le respect des valeurs qui l’ont fondée.

 
 
 

Recensement des cercles de silence en France

Recap_cercles_de_silence_en_France_100209diffl
Recap_cercles_de_silence_en_France_100209diffl.doc

mercredi 7 mai 2008.

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