accueil RESF
DON au RESF

Au nom de Xavier, jeune Congolais arrêté, retenu et expulsé

Accueil > RESF - Collectifs locaux > 69-Rhône > Centre de rétention
Contact

Au nom de Xavier, jeune Congolais arrêté, retenu et expulsé

 

Au nom de Xavier, jeune Congolais arrêté, retenu et expulsé

Xavier (prénom d'emprunt) a été expulsé de France le 18 juillet 2008.
Il vivait en France depuis trois ans.
Il était adopté par son oncle (sa maman est morte et son père est sans cesse absent pour des raisons professionnelles et de santé.)
Actuellement son père est très malade et est hospitalisé.

Il vivait comme vos enfants: il allait à l’école, entraînait des enfants dans deux clubs de foot.
Son seul délit est d’être noir et né au Congo.

Un enfant doux, attentionné, affectueux, vif, intelligent, drôle.

Xavier, toi qui est seul à Brazzaville, j'écris en ton nom, et je ne veux pas trahir notre amour.
Nous pleurons ton absence et nous avons honte de cette France.

«Mon arrestation
Un matin de juin 2008, ma petite cousine est rentrée de l’école.
Elle a sonné à l’interphone: je dormais.
Je venais de finir de passer mes examens.

Mon autre cousine a appuyé pour déclencher l’ouverture de la porte de l’immeuble.

Trois messieurs en civil attendaient devant l’immeuble et ils sont rentrés derrière elle en profitant de la porte ouverte.
—Xavier vit avec toi?
—Oui, a dit  ma cousine.
Quand il sont arrivés au 5e étage la porte de l’appartement était ouverte pour que la petite entre et ils l’ont suivie dans l’appartement.

Ils ont sortis la carte de police.

Ils m’ont emmené en pyjama et m’ont menotté dehors devant tout le monde.
J’avais honte.

Ma vie en centre de rétention

Au Centre de rétention administrative (CRA), ils m’ont mis dans une chambre à quatre: j’y étais enfermé de 21h à 8h du matin.
Un monsieur, avec qui je partageais la chambre, pleurait toute la journée, j’essayais de l’aider, de le rassurer.
Je voyais des femmes avec des enfants de 3 ans: elles pleuraient.
Les enfants étaient tristes derrière les barreaux du CRA et avaient peur: ils pleuraient.

Il y avait sans arrêt du bruit: les hauts-parleurs, les autres qui se disputent, qui crient, pleurent.
Je ne pouvais jamais me reposer.
J’avais tout le temps peur.

Un jour, les agents (certains me parlaient mal) sont venus: ils m’ont menotté, conduit à la gare.
De là, j’ai pris le train pour aller à l’ambassade du Congo.

J’étais menotté: j’avais honte dans le TGV.
Je me sentais humilié: je ne suis pas un criminel.
Le consul évaluait s’il devait signer le laisser-passer pour m’expulser.

Au CRA, au gré des visites, je souris et demande toujours aux autres comment ils vont: je ne veux pas parler de mes peurs, de mes angoisses, des cris que j’entends, de l’humiliation.
Je veux croire que je vais ressortir.

Des policiers en civil sont là parmi nous.

Je barre les jours: je ne peux rester au CRA que 32 jours.
Il me reste 11 jours et le consul n’a pas donné le laisser-passer… je vais m’en sortir.

J’appelle Marie:
— Tu sais aujurd’hui ils ont appelé mon copain X et ils l’ont menotté et l’ont emmené. Dis, tu crois que ça va m’arriver?
J’ai mal au ventre, j’ai peur.
Je ne suis pourtant pas inscrit sur le panneau d’affichage des expulsions.

Mais le lendemain à 4h du matin… le consul avait signé le laisser-passer et…

Mon expulsion

Ils sont venus me réveiller, ils m’ont laissé 20 mn pour préparer mes affaires.
Les autres détenus ont dit que j’étais parti comme un clochard.
On m’a menotté, pris mon portable pour que je ne  prévienne pas ma famille.
Ils m’ont mis dans un avion pour Paris: je pleurais.
Ils m’ont dit "tiens-toi tranquille sinon on sera obligé d’être dur".
J’ai eu peur qu’ils me battent.

Arrivés à Roissy, ils ont pris des photos de profil, de face et des tas d’empreintes: comme un criminel.

Ensuite, ils m’ont mis dans un avion à Roissy pour le Congo.
Il y avait une jeune femme expulsée aussi: elle hurlait, se débattait.
Ils l’ont ceinturée et ligotée: elle avait mal et hurlait.
Moi, les menottes et la corde me faisaient très mal: ils n’ont pas voulu les détendre.
J’en ai gardé les traces aux poignets.

Je voulais mon portable pour prévenir ma famille: je les suppliais, je pleurais.
Ils n’ont pas voulu me le donner.

Les passagers de l’avion ont tous manifesté et se sont révoltés.

Ils ont demandé si la France était toujours le pays des droits de l’Homme.
Le commandant de bord a regardé passif et a quand même décollé avec une heure de retard.
C’était mon dernier espoir qu’il refuse de m’emmener.

Je pleurais toutes mes larmes: tout s’effondrait.  J’étais seul et je n’avais pas pu prévenir mes amis, ma famille.

Quand l’avion s‘est posé à Brazzaville: j’étais seul, je ne connaissais personne, je n’avais que 20 euros, j’étais perdu.

Un passager de l’avion m’a recueilli à la sortie du commissariat où les policiers français m’ont déposé.
Il m’a vu dépenaillé, sans rien, effondré dans le hall de l’aéroport.

La jeune femme  était là aussi: personne pour l’accueillir.
Le passager ne pouvait pas nous prendre tous les deux.

Je suis toujours chez lui.
Mon père est à l’hôpital: il est très malade.
Ma vie s’est écroulée.
Ici je suis un étranger: je ne connais personne.
Je suis bouffé par les moustiques: pourvu que je n’attrape pas le paludisme (on en meurt).
Je ne dors plus, je n’ai plus faim: quel est mon avenir?

S’il vous plait rendez-moi ma vie, mon insouciance, mes espoirs, mes amis, ma famille, s’il vous  plait.»

Xavier vit toujours à Brazzaville chez le passager qui l’a recueilli.

Il aurait pu se retrouver comme son copain X qui a passé  36 heures dans une cale de bateau avant d’être débarqué à Tanger dont aucune nouvelle ne parvient.

—Dis Marie le passager heureusement qu’il m’a recueilli, j’allais faire quoi dans la rue?»

Petit, tu aurais pu tomber dans l’alcool, la prostitution ,la drogue, les trafics, te faire agresser.

Voilà Xavier: j’ai osé parler en ton nom. Excuse moi si je n’ai pas dit comme toi !

—Marie, dis leur que la France c’est mon pays: je l’aime.
C’est là bas que je veux finir mes études, vivre. J’aime la France»

Monsieur le consul qui avez signé parce que le «Quai d’Orsay vous a mis la pression (c’est ce que vous m’avez dit): je souhaite que jamais personne ne fasse souffrir vos enfants comme vous l’avez fait en signant ce laisser-passer.

Vous me dites: «j’étais obligé».
« Non Monsieur vous avez préféré protéger votre situation en détruisant la vie d’un enfant: j’espère monsieur que personne ne signera pour expulser vos enfants» .
Lorsque je vous réponds cette phrase vous vous taisez.
«Vous savez , Madame, on a des accords et puis il y a des enjeux financiers.»

Monsieur le commandant de bord vous pouviez débarquer ce jeune: vous ne l’avez pas fait.

Xavier toi tu es un humain  qui est victime d’un système: pardon.

Nous t’aiderons à vivre à Brazzaville et nous ne te laisserons pas tomber: sinon nous ne pourrions plus nous dire humain.

• Marie Yvonne Chardon De Vinzelles •
Le 30 juillet 2008

vendredi 1er août 2008.

Faire connaître cet article
À L'AGENDA de RESF - Collectifs locaux / 69-Rhône / Centre de rétention
Derniers articles parus :
FIL RSS   liste actusWWW
Liens :
Tous les liens utiles
SPIP | squelette | Se connecter | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0