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Ils s’appellent Abdel, Amine, Moussa, Youness, chacun à son histoire, chacun a fait des projets d’avenir, tous ont cru que la France leur offrirait une vie meilleure que dans le pays qu’ils ont quitté. Pourtant, comme bien d’autres dans le département de Vaucluse, leur parcours est identique. Fils de travailleurs marocains, ils sont un jour rentrés en France avec leur père et beaucoup d’entre eux avaient alors plus de 13 ans. Des pères qui pour la plupart travaillent en toute légalité, depuis des décennies dans ce pays, le plus souvent dans l’agriculture et le bâtiment. Travailleurs dociles et durs à la tâche ils ont toujours représentés une main d’œuvre qui était « pain béni » pour les employeurs. Comme tous les pères eux aussi avaient des projets pour leur famille restée au Maroc. La plupart ont alors essayé par le biais du rapprochement familial, de faire venir cette famille auprès d’eux, mais depuis quelques années cette possibilité ne leur a plus été accordée. Ils ont gardé le droit de travailler mais pas celui de vivre en famille. Pourtant au fronton des édifices de la République est toujours inscrit la devise « Liberté, Egalité, Fraternité »!!!

Si ces pères avaient pu faire vivre correctement leur famille au Maroc, nul doute qu’ils y seraient restés. Ils ont continué à accepter l’exil pour permettre aux leurs de ne pas subir davantage la pauvreté. N’ayant d’autres alternatives, ils ont fait venir leurs fils, pour que ces derniers les remplacent le jour où devenus vieux trop tôt, malades à cause de conditions de vie souvent précaires, cassés physiquement par les travaux les plus pénibles, ils ne pourraient plus assurer la subsistance de ceux des leurs restés au Maroc.

Qu'ils s'appellent Abdel, Amine, Moussa ou Youness, ils sont donc un jour arrivés avec leur père. Comme tous les enfants et adolescents de leur âge, ils ont été scolarisés. Imaginez-vous 5 mn à leur place, hier au bled, aujourd'hui au collège, pour beaucoup avec des difficultés de langue et le soir, seul, à la maison avec un père, malheureusement, très souvent illettré. Pas facile de s'intégrer, pas facile d'accepter les réflexions, les regards désapprobateurs, les insultes. Pourtant, beaucoup, avec l'aide de leurs enseignants ont obtenu des résultats, certes, les obstacles à surmonter étaient tels qu'il était difficile pour eux d'envisager des études qui leur permettraient aujourd'hui de prétendre aux métiers très spécialisés retenus pour prétendre à une régularisation par le travail. Arrivés à 14, 15, 16 ans, ils sont souvent sortis du système scolaire sans qualification et comme avant eux leur père ils ont alors recherché des travaux compatibles avec leur capacité.

Quelques uns, devenus majeurs, ont tenté de réussir l'épreuve de la régularisation, peu l'ont réussie, les critères retenus ne correspondant pas à leur situation. D'autres n'ont même pas essayé. Tous se sont alors retrouvés en situation irrégulière. Devenus des hommes, ils ont eux aussi fait des projets: s'installer avec leur copine, se marier, avoir des enfants, travailler. Des désirs identiques à tous les jeunes de leur âge. Oui, mais la grosse différence avec ceux de leur âge étaient qu'ils étaient devenus des sans-papiers et que la seule chose qui un jour ou l'autre allait leur arriver, était l'arrestation, le transfert en centre de rétention et le passage devant un juge où leur avenir serait décidé en 5 mn. Bien sur, tous savaient que la règle du « pas vu pas pris » ne pourrait durer éternellement compte tenu de la politique de la France en matière d'immigration. Ils continuaient tout de même à espérer et brutalement gendarmes ou policiers ont écrit un nouvel épisode de leur jeune vie. La suite allait être la garde à vue avec possibilité de passer un coup de fil, puis la conduite en centre de rétention administrative à Marseille ou Nîmes. Centre de rétention, vieille tradition française, dont la généralisation s'intensifia    durant l'entre deux guerres, puis sous le gouvernement de Vichy pour empêcher des populations de toutes nationalités, perçues comme une « menace » de se disperser sur le territoire : espagnols, juifs, gitans, et plus tard  algériens. Que ceux qui ne savent pas ce qu'est un tel endroit y fassent un jour une visite. Même de l'extérieur le lieu n'a rien d'un club de vacances ni d'une résidence hôtelière. Ce n'est ni plus ni moins qu'un univers carcéral où même les visiteurs sont parfois traités avec plus de mépris que dans une classique prison. Lourdes grilles, barbelés, « cour » exigüe pour respirer un peu d'air extérieur, gardiens etc... Une population aux origines géographiques diverses, des jeunes, des moins jeunes, des femmes et même des enfants, dont les regards difficiles à supporter traduisent le désespoir, l'appel au secours. Sous 48 h, « les retenus » vont être conduits devant le juge des libertés et de la détention. Peu de temps pour constituer une défense, réunir des documents. Certains ont un avocat, pour les autres le salut vient de la CIMADE, qui va leur en trouver un, préparer les recours, les renseigner, leur expliquer avec efficacité et humanité. La CIMADE, dont le ministre Hortefeux voudrait aujourd'hui limiter l'action !!!

Puis c'est le passage devant le juge, là encore, que ceux qui douteraient aillent un jour à ce type d'audience qui peut se tenir y compris le dimanche. Ceux qui assistent à l'audience doivent montrer patte blanche, les avocats ont quelques fois les pièces du dossier quelques minutes avant seulement, les « retenus » sont gardés dans une pièce et menottés dans le dos en attendant le début du simulacre de jugement. Les juges s'adressent aux prévenus en les appelant parfois par leur seul prénom voire leur nationalité et en quelques minutes les dés sont jetés. Rétention maintenue en centre ou à résidence ou liberté. Beaucoup vont déposer un recours et vont passer à nouveau devant le tribunal administratif mais sauf « miracle », la décision prise par le préfet sera confirmée et l'expulsion programmée dans les 15 jours qui suivent.

Dernier acte, l’expulsion. Le miracle n'est pas arrivé et Abdel, Amine, Moussa ou Youness sont conduits à Marignane. Ils ont encore la possibilité de résister, de refuser d'embarquer, ils s'exposent alors à des poursuites en correctionnelle et à des peines de prison mais également à une neutralisation musclée de la part de la PAF, comme plusieurs d'entre nous y ont déjà assisté. Hélas, l'expulsion qui a échoué un jour, sera programmée un autre et en avion ou en bateau, le « rêve » français prendra fin sur le tarmac de Casablanca ou le port de Tanger.

Abdel, Amine, Moussa, Youness, nous avons honte pour notre pays, honte de tant d'injustice, honte de tant de vie gâchée ; mais, nous vous promettons que nous allons continuer le combat, nous faisons le vœu d'être chaque jour plus nombreux à exiger :

 Des Papiers pour tous les sans-papiers.


RESF/UCIJ 84
samedi 18 octobre 2008.

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