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Gavroche / La France expulse des stagiaires thaïlandais

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Gavroche / La France expulse des stagiaires thaïlandais

 


Dix-huit étudiants thaïlandais ont été expulsés par la préfecture du Calvados en septembre, alors qu'ils effectuaient des stages dans des hôtels de Normandie. La police soupçonne des cas de travail dissimulé. Une enquête est en cours.

Quelques uns des étudiants expulsés lors de  leur séjour en France
Quelques uns des étudiants expulsés lors de leur séjour en France
Nous prenions notre petit déjeuner à l’hôtel quand la police est arrivée. Ils ont emmené tout le monde au commissariat, nous ont pris en photo, comme des criminels, et nous ont posé des questions pendant environ quatre heures chacun.» Pour Tanthip Phankong, 21 ans, et pour ses dix-sept camarades, la fin du séjour en Normandie a été brutale, le 4 septembre dernier. Les dix-huit étudiants thaïlandais, venus de la Siam University et de la Chandrakasem Rajhabat University, à Bangkok, étaient en France depuis le mois de juin. Dans le cadre de leurs études d’hôtellerie, ils effectuaient un stage dans des hôtels de Cabourg et de Honfleur, appartenant au même groupe. Des stages que la police des frontières et l’inspection du travail ont soupçonné d’être du travail déguisé. «La police nous a dit: vous ne devez plus travailler, c’est illégal», raconte Wisan Kamteepong, étudiant de la Siam University. «C’était très stressant. Nous devions signer beaucoup de papiers, parfois nous ne comprenions pas exactement de quoi il s’agissait.»

Un interprète était présent à certaines étapes de la procédure. Pour la préfecture du Calvados, la situation est claire: les étudiants travaillaient. «Ils ont été contrôlés en situation de travail, laquelle ne correspondait pas à leur visa [de stagiaire].L’inspection du travail a donc requalifié leurs contrats de stage en contrats de travail. Pour mettre fin à cette situation, les étudiants ont fait l’objet, chacun, d’un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière», explique par courrier électronique Alain Jannau, chef du bureau de la nationalité et des étrangers. Trois étudiants saisissent le tribunal administratif de Caen pour demander l’annulation de l’arrêté. Sans succès, le délai de 48 heures ayant été dépassé. Mi-septembre, après plusieurs jours d’assignation à résidence, les étudiants se retrouvent dans l’avion, direction Bangkok. Ils ne font toutefois pas l’objet d’une mesure d’interdiction du territoire français. «Je pense qu’il y a eu un malentendu, estime Edwin Martin, directeur adjoint du programme international d’hôtellerie et de management touristique de la Siam University. La police a cru que ces étudiants étaient là de manière illégale. Ils leur ont dit que s’ils travaillaient à plein temps, ils avaient le droit de recevoir un salaire plus élevé que les gratifications de stage. Mais beaucoup de stagiaires travaillent dur, ils le font dans un but de formation.»

Il semble en effet que la bonne foi des jeunes gens ne soit pas en cause, l’enquête se concentrant davantage sur la responsabilité de l’hôtelier. L’ambassade de France, qui a délivré les visas des étudiants, estime que les conventions de stage étaient parfaitement valables.«Du point de vue juridique, ces étudiants étaient parfaitement en règle. Leur bonne foi n’est pas en cause, souligne Laurent Bili, ambassadeur de France en Thaïlande. Le problème concerne uniquement leur relation avec leur employeur. C’est à la justice de se prononcer sur les conditions de leur stage». Laurent Bili précise que l’ambassade a actuellement des facilités pour délivrer des visas d’étude dans le cadre de projets sérieux.

Début septembre, l’hôtelier, soupçonné de «travail dissimulé», a été placé en garde à vue pendant 48 heures, puis relâché. Son avocat dénonce une «instruction à charge» et assure que son client avait contacté la Direction du travail avant l’arrivée des étudiants pour s’enquérir de la procédure à suivre. Selon lui, ces reconduites auraient pu servir à remplir les quotas d’expulsion d’étrangers en situation illégale. «Il y a de la statistique là-dessous.»

Les étudiants travaillaient environ huit heures par jour, six jours par semaine. Ils étaient nourris, logés et recevaient une gratification mensuelle de trois cents euros. Ils assumaient tour à tour les différents postes de l’hôtel. «Nous nous occupions du bar, du ménage», se souvient Paneth Intarasima, 21 ans, précisant qu’en plus des étudiants, l’hôtel employait deux réceptionnistes et trois ou quatre femmes de ménage. Le conseil des prud’hommes s’est déclaré incompétent dans cette affaire. «Cela signifie que ce n’était pas du travail salarié, car les prud’hommes ne statuent que sur le travail salarié», assène l’avocat de l’hôtelier. Un point à éclaircir est la question des passeports, que le personnel de l’hôtel a retiré aux étudiants au bout de quinze jours. «Il s’agissait uniquement d’une question de sécurité, ils ne voulaient pas que les étudiants les perdent», répond l’avocat.

Une procédure judiciaire est en cours. Le dossier devait être transmis au Tribunal de grande instance de Lisieux début novembre. Selon Edwin Martin, certains étudiants souhaitent également demander des dommages et intérêts pour le préjudice financier subi. «Entre le billet d’avion, l’assurance, le visa et les cours de français, j’ai dépensé environ 100.000 bahts pour ce voyage», calcule Paneth, dont la famille, échaudée par les turbulences de ces dernières semaines, ne veut toutefois pas entamer d’action supplémentaire.

Emmanuelle Michel

http://gavroche-thailande.com/actualites/read.php?id=372
mercredi 5 novembre 2008.

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