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Avignon : "Un aller simple pour Maoré" au cinéma UTOPIA vendredi 27 février en présence de la réalisatrice

 

AVIGNON Utopia
04 90 82 65 36
www.cinemas-utopia.org/avignon/ du 18 au 24 février.
en plus :
une soirée débat en présence de la réalisatrice le 27 février.

La page du film : http://www.lesfilms.info/1E73AFDB-8...
Bande annonce : www.youtube.com/watch ?v=8cot5w2qd-Y


UN ALLER SIMPLE POUR MAORE, de Agnès FOUILLEUX

en SORTIE NATIONALE depuis le 4 Février 2009

 

1h24 – France – 2007 - DVCAM

SYNOPSIS


Kwassa-kwassa : une barque de pêche, une quarantaine de passagers à bord, une coquille de noix ballottée dans l’océan, le passeport pour "la vie" ou pour la mort, pour les milliers de Comoriens qui tentent chaque année de rejoindre les côtes de l’île française de Mayotte.

C’est à la suite de la décolonisation, alors que l’archipel des Comores accède à l’indépendance, amputé du territoire de Mayotte, que l’écart va se creuser entre les îles. La raison d’état française va orienter le destin des quelques dizaines de milliers d’habitants que comptent Mohéli, Grande Comore, Anjouan et Mayotte.

Alors que d’un côté on s’enfonce dans un marasme politico-économique, en partie commandité via des mercenaires français, de coup d’état en assassinat, de l’autre on se retrouve à devoir adapter son mode de vie traditionnel à l’administration française....

Aujourd’hui, un tiers des 160 000 habitants de l’île française de Mayotte sont des clandestins. L’économie et la vie sociale sont organisées autour de la présence de ces "indésirables cousins pauvres" venus des îles comoriennes. Une main d’oeuvre prête à tout pour quelques euros, qui vient chercher ici "la vie", les soins, la scolarité, l’espoir d’un avenir meilleur... pour finalement se retrouver traquée par la police, organisant sa survie dans des bidonvilles et supportant des conditions de travail proche de l’esclavage...

Mayotte, la comorienne, la française, la mahoraise, plus de trente ans après son rattachement à la métropole, et à la veille de sa départementalisation fait face à Anjouan et à la misère des Comores.

ENTRETIEN AVEC AGNES FOUILLEUX, REALISATRICE

 

Quelle est la genèse de ton projet ?

L’idée de ce film est partie du fait que personne ne parle de ce qui se passe aux Comores, ou alors de façon superficielle et très incomplète. On parle peu de toutes ces personnes qui meurent noyées dans la traversée entre l’île d’Anjouan et de Mayotte, les milliers de " morts Balladur " comme on les surnomme là-bas, on n’évoque jamais les 21 condamnations de la France par l’ONU depuis 1975 pour non respect du droit international, et encore moins de la chasse actuelle faite à des clandestins qui sont en réalité sur leur propre territoire ! A tel point que même les fonctionnaires nommés là-bas peuvent vivrent plusieurs années à Mayotte sans vraiment savoir ce qui s’y passe ! C’est ahurissant. C’est comme un grand secret que gouvernement après gouvernement on a patiemment étouffé, un morceau de Françafrique pas bien reluisant, un " contentieux désagréable " comme l’avait qualifié François Mitterand lors d’une visite à Moroni, avec des conséquences actuelles plus que tragiques. Aucun journaliste à ma connaissance, n’a approfondi le sujet, et d’ailleurs, toutes les chaines de télévision à qui je l’ai proposé ont trouvé de bonnes raisons de décliner. J’ai fini par tourner le film avec mes propres moyens, en choississant la liberté de forme qu’offre le cinéma…

 

Qu’est ce qui t’a frappé quand tu es arrivée à Mayotte ?

La première fois, c’était en 2000, je ne m’attendais pas du tout à ça. Contrairement aux autres territoires d’outre-mer que j’avais vus, Mayotte était assez " sous-developpée ", une ambiance très africaine. A Mamoudzou, la capitale, qui ressemblait plus à un village de brousse qu’autre chose, il y avait sur la place centrale régulièrement des grands mouvements de foules : la plupart des jeunes clandestins vendeurs à la sauvette s’enfuyaient en courant à l’arrivée d’un fourgon de police. Ils revenaient, aussitôt le fourgon disparu au coin de la rue. Aujourd’hui la pression est plus importante, et c’est de plus en plus dur pour eux. Le tiers de la population de Mayotte est clandestine. Forcément ça ne passe pas inaperçu. Il y a aussi les bidonvilles qui couvrent des flancs entiers de collines, et les gens partout qui essaient de se débrouiller pour gagner quelques euros, ici au bord de la route à vendre quelques fruits, là sur un chantier, ou dans les champs à garder les zébus…

 

Comment as- tu rencontré les différents protagonistes de ce qui se joue à Mayotte : les clandestins anjouanais, les représentants de l’Etat français, les anciens qui ont vécu la décolonisation et la partition des Comores ?

Les gens parlent facilement de tout ça si on prend le temps de les écouter, la rencontre se fait sans problème. Ils se sentent tellement mal compris, peu écoutés, surtout les anjouanais, ce sont des victimes à qui on n’a jamais offert la possibilité de s’exprimer, d’être reconnues comme telles. Ils sont tout simplement ignorés. Ils ont le sentiment d’avoir été victimes d’une injustice qui les poursuit tout au long de leur vie. Je pense à Souali, le passeur d’anjouan, fils de gendarme français qui n’a jamais pu obtenir ses papiers, aux clandestins sculpteurs de Domoni, enfermés dans leur banga pour ne pas se faire arrêter, et qui toute la journée recoivent des fonctionnaires de police ou autres qui viennent acheter des cadeaux-souvenirs sculptés chez eux ! C’est incroyable des situations aussi surréalistes ! Dans le film, il y a aussi un extrait du journal de 20h de Pujadas. C’est symptomatique de la façon dont on parle des problèmes qui touchent Mayotte et les Comores : raccourcis journalistiques qui mènent à des non-sens, qui blessent profondément ceux qui sont concernés et inquiètent pour l’avenir de cette île. C’est tout ce que je voulais montrer petit à petit dans mon film, cela se fait sur la longueur des 84 mn je ne voulais pas passer à côté des finesses et des nuances du réel et de la vie. Je ne voulais pas faire un film militant avec des méchants et des gentils, poser une frontalité. Le Préfet de Mayotte m’a reçue sans problème, sa responsable de la communication m’a permis de tourner dans le bureau des étrangers à la Préfecture. Pour ce qui concerne le discours du Préfet, mon intention n’était pas du tout de le condamner. Il est repésentant de l’état, il tient son rôle et comme tel, par rapport à ce qui se passe dans la réalité, son discours paraît bien sûr très en décalage. Il est la parole officielle, celle qui a choisi la raison d’état avant la raison humaine, celle de la Françafrique.

 

Comment as- tu gagné la confiance de personnages comme par exemple le " colonel ", qui participé aux campagnes d’intimidation de la France lors du référendum pour l’indépendance ?

Des personnages comme le " colonel ", il y en a dans chaque village à Mayotte. Labolée habite le village de Coconi, le même village que Malo qui se souvient aussi de tout ça. Ils m’ont raconté spontanément tout ça, sans problème. C’est vrai que les mahorais sont actuellement en porte à faux puisqu’aujourd’hui, la majorité des habitants de Mayotte veut bien entendu rester française, sans cacher que c’est pour des raisons purement pécunières. D’un autre côté, ils ont tous de la famille aux comores, et se sentent tout à fait comoriens et musulmans.

 

Sinon, tu as pu travailler facilement avec les autorités françaises notamment pour filmer les patrouilles côtières de la police pour traquer les bateaux des passeurs ?

J’ai été étonnée de la façilité d’obtenir une autorisation pour filmer sur la vedette de la Police aux Frontières. Une simple lettre écrite à la main pour expliquer mon projet de documentaire faxée à Paris à la direction nationale, et j’ai obtenu cet accord. C’est très rassurant quelque part... La seule contrainte était bien entendu que les policiers présents ne pouvaient pas répondre ni à un interview, ni à des questions. On a passé la nuit entière ensemble sur le bateau, et ils m’ont tous décrit hors caméra, que ce à quoi ils devaient faire face quand ils arrêtaient un kwassa était terrible humainement…les enfants en bas âge, les malades, les vieux, les plus jeunes, qui à n’importe quel prix veulent se sortir de leur condition. Je me souviens de la mer, assez calme ce jour là, et pourtant, même du haut du ponton de la super navette moderne de la police, c’était impressionnant. Une simple barque de pêche, chargée de 30 à 40 personnes là dedans, c’est évidemment de la folie complète. C’est pourtant le quotidien de nombreux comoriens…C’était celui de tous ceux qui sont morts et ceux qui vont mourir encore.

 

Le public français semble se désintéresser totalement de Mayotte, y compris quand François Baroin a fait la proposition scandaleuse de substituer le droit du sang au droit du sol. Tu te l’expliques uniquement par l’éloignement géographique ?

Non bien sûr, ce n’est je crois simplement pas un sujet médiatique " à la mode ", du coup les gens ne sont pas au courant. De temps en temps, sur les ondes de Radiofrance, on annonce en quelques mots le naufrage d’une barque de pêche, d’un kwassa, alors qu’il y en a presque chaque jour ; une dépêche AFP qui tombe à pic pour combler quelques secondes de creux à l’antenne. Mis à part le travail d’enquête qu’a fait Pierre Caminade pour son dossier noir " Mayotte-Comores, une histoire néocoloniale ", aucun journaliste n’a pris le temps de fouiller les dessous de cette immigration massive, et ses enjeux. On ne peut pas leur en vouloir, ils sont pris aujourd’hui dans des contraintes économiques, de temps et de formatage qui ne leur permet pas ce genre de travail. Et d’un autre côté, les décideurs que sont par exemple les directeurs de programme des chaines, ou ceux qui pourraient permettre à ce type de film d’être pré-financé, sont tous sur des sièges éjectables et forcément deviennent frileux.

 

Et par ailleurs ton film n’a eu aucun soutien public alors qu’il a été diffusé sur France O et a eu de belles critiques de la presse télévisuelle. Tu te l’expliques également comment ?

Aucune des tentatives d’obtenir un diffuseur au préalable pour recevoir une aide du CNC et de la région n’ont abouti. Un décideur d’une chaine hertzienne du service public m’a même dit qu’il pouvait être intéressé à condition d’oublier le contenu " politique " de l’histoire… Un autre a répondu que c’était " salir la France " que de divulguer de pareilles informations… J’ai été très étonné que France O accepte de diffuser le film après postproduction. Mais ça n’a pas été sans remous notamment à Mayotte… Ca n’a tenu qu’’à une volonté forte de Pierre Watrin et de Wales Kotra qui ont beaucoup aimé le film, qui ont fait ce choix éditorial fort.

 

Crois tu que la situation se soit dégradée ces dernières années pour les clandestins ? Y a t il la montée d’un certain racisme ?

Oui, c’est assez terrible. Il y a tout un mouvement de pensée véhiculé à Mayotte à destination des mahorais par la classe dirigeante mahoraise et métropolitaine qui les poussent à désigner comme bouc émissaire les comoriens en situation irrégulière, les rendre responsable de tous les maux de l’île. On monte les populations les unes contre les autres, diviser pour mieux régner ! La solution " tout répression " est aussi la seule qui est mise en place, la coopération régionale, seule vraie solution reste à un niveau plus qu’embryonnaire.

 

Tu as choisi par ailleurs une forme assez originale sur plusieurs plans avec des surimpressions, un travail décalé de la bande son ...Tu nous en dis plus ?

Actuellement, j’ai l’impression que la mouvance documentaire offre deux alternatives opposées : d’un côté le documentaire de création, orienté vers l’introspection, qui si il permet une grande liberté de forme exclue souvent l’analyse globale, et d’un autre côté une forme " de télévision " très formatée, qui va du spectaculaire à audimat jusqu’au voyage folklorique, et ressemble plus à ce que l’on trouve dans les cases " magazine " des chaines de télévision mais aussi au cinéma... Je ne voulais surtout pas faire un film de télévision avec une voix off qui nous dit quoi penser sur des images de cartes postales, avec des personnages tels qu’on les attend et qui nous plongent dans la compassion ou dans le spectaculaire. Je voulais une forme originale avec un rythme de cinéma, des personnages présents à qui on donne la parole en respectant ce qu’ils ont à dire, et qui permettent d’embrasser la généralité d’un propos, qu’on ne reste pas dans l’anecdote, le particulier pour permettre la réflexion sur un système. M’autoriser une grande liberté de création en ouvrant une réflexion sur du politique, sans faire un film militant, voilà le préalable que je m’étais fixé. Raconter une histoire sans m’en tenir non plus à des faits qu’un journaliste dans un souci d’exhaustivité aurait replacé dans un contexte géographique précis , carte à l’appui et dans une suite chronologique. Peu m’importe que les gens qui sortent d’une projection sachent précisémment ou se situent les Comores sur le globe ! Ce que j’ai voulu mettre en évidence ce sont des phénomènes sociaux, humains, dans un contexte et un processus politique en cours, en montrer les effets dans la vie de gens ordinaires que sont les personnages sur l’écran… Toucher à cette matière humaine qui disparaît dans les statistiques du journaliste, et la montrer par les outils du cinéma : le son, l’image, le montage, la musique… Donner à vivre au spectateur aussi bien le malaise du clandestin dans son long voyage, la pression constante du départ, de la survie, de l’inconnu, l’humiliation vécue, que l’angoisse des policiers à l’abordage …J’ai utilisé dans ce but des sons qui rentrent "cut", des superpositions d’images, des images déformées et retravaillées, des plans courts comme des souvenirs flashs qui viennent s’entrecouper dans le réel de certains… Les voix de radio en ambiance, le journal télévisé, les images d’archives, la présence des médias en général, ont pour moi une place importante dans le propos politique du film. La musique, les chansons aux paroles sous-titrées ont aussi une place centrale, celle de la voix du peuple comorien.

 

Entretien avec RESF Mayotte


ARTICLES

 L’aller simple pour Mayotte est le parcours que font les Comoriens des trois autres îles de cet archipel depuis que le gouvernement Balladur en a fait des clandestins, en 1995, en instaurant un visa. Nous avons exposé à plusieurs reprise cette aberration et ses causes, mais ce film le fait d’une façon bien plus vivante, et in situ. Nos analyses y tiennent une place explicite.

De nombreux Mahorais veulent des clandestins pour leur faire des ménages et travaux à moindre coût. Cet ambulancier emploie des clandestins pour garder ses zébus pendant la journée. Il ne pourrait pas s’offrir des salariés réguliers, car il devrait leur livrer tout son salaire. Les clandestins sont donc la seule possibilité pour lui d’arrondir ses fins de mois avec les zébus. Surtout que s’ils leur commande des animaux volés, il les achètera au quart du prix du marché, et il pourra aller immédiatement les revendre.

Jusqu’en 1995, cette entreprise d’ébénisterie fort réputée à Mayotte exportait depuis Anjouan. Depuis, elle s’est installée de façon clandestine à Mayotte, et vend principalement aux fonctionnaires français, dont les gendarmes qui doivent les arrêter s’ils sortent de la maison où les sculpteurs sur bois sont installés. Dans son press-book, un coffre offert au président Chirac lors d’une visite sur l’île. C’est un exemple symptomatique.

Le visa force les Comoriens des autres îles à rester à Mayotte, au lieu d’y faire de brefs séjours. La chasse aux clandestins a décuplé sous l’impulsion des déclarations en 2004 de François Baroin, alors ministre de l’Outre-mer, sur le droit du sang. Le film nous entraîne dans l’univers cruel et absurde des incendies commandités par des maires, des soins médicaux obligatoires et interdits à la fois, des risques d’épidémies liés au refus de soigner un quart de la population. Le tout impulsé par le fantasme d’une nationalité française qui serait trop facile à obtenir...

Une honte de plus pour notre République, dont le représentant sur place, le préfet, nous expose, en bon " spécialiste " (pour reprendre le titre d’un film sur Eichmann), ses stratégies pour répondre aux objectifs chiffrés de déplacements forcés de populations.

 

Pierre Caminade , Publié le mardi 1er mai 2007

 


"Un aller simple pour Maoré" : Le brûlot !


Fin septembre 2005, François Baroin ministre de l’Outre-mer en visite à Mayotte, soulève un débat autour de l’application du droit du sol. Un tiers des 160.000 habitants de l’île française sont des clandestins et 85% des naissances leur incombent. Voilà le constat vu par un ministre de la République qui n’a pas conscience de l’histoire. Dans l’émission de Laurent Ruquier "On n’est pas couché" diffusé en différé ce samedi 31 mai 2008 sur Télé Réunion, François Baroin réitère ces propos avec l’appui du journaliste d’ultra droite Eric Zemmour, une nouvelle fois personne ne moufte et cela passe comme une lettre à la poste. François Baroin ré-insiste sur les dangers d’une immigration massive des comoriens sur un territoire français. Personne n’a relevé ni relève le caractère xénophobe de ce petit morceau d’émission. Alors, l’ensemble des invités est tout sourire et ce qui est plus grave tout le monde est ébahi par la force de caractère et le " courage " d’un homme de "conviction" ! On aurait presque envie de dire fermer le ban, si ce n’est qu’une nouvelle fois en métropole, dans un Talk-show on traite de politique par-dessus la jambe sans même se renseigner. Laurent Ruquier en amuseur public est très bon, mais lorsque le clown veut se faire intervieweur politique, là le bât blesse.


En effet, lorsqu’on veut intervenir sur un sujet, on se renseigne. Si Monsieur Ruquier avait le job de journaliste pour lequel il n’est pas fait, il se serait informé et il aurait pu se rendre compte que l’ancien ministre de l’Outre-Mer raconte n’importe quoi. Comment peut-on dire qu’une immigration massive comorienne vers Mayotte est un danger pour cette île Française ? On peut ergoter sur la situation de l’archipel de la lune et dire qu’il s’agit d’un imbroglio inextricable, mais dire que des Comoriens qui se rendent à Mayotte et qui y résident sont des clandestins, c’est pousser le bouchon un peu loin et c’est surtout remettre en cause ses propres paroles. Si on applique une nouvelle législation sur le droit du sol, immanquablement il ne demeurera que le droit du sang et alors là, il faudra m’expliquer comment rejeter à la mer des femmes et des hommes qui sont d’un même peuple, d’une même région et le plus souvent d’une même famille.

L’intervention de François Baroin dans cette émission de divertissement est une nouvelle fois inappropriée et ce qui m’apparaît le plus triste, c’est de voir un journaliste qui me semblait un peu moins corne-cul qu’Eric Zemmour se fourvoyer dans ce tissu de propos mensongers proférés par l’ancien ministre et ce journaliste c’est Eric Naulleau. Il est dommage que ce dernier soit resté dans un sourire béat sans réagir. Alors je me dis qu’il faudrait peut-être envoyer à ces trois comparses une cassette du formidable documentaire que nous verrons ce soir sur Télé Réunion et qui s’il n’apporte pas de solutions, rétablit des faits dans ce drame qui se joue chaque jour aux Comores. Véritable brûlot, "Un aller simple pour Maoré" (Mayotte), diffusé ce soir à 20 heures sur Télé Réunion, raconte comment la France a mis la main sur l’archipel des Comores. Une enquête exceptionnelle qui éclaire le destin de gens plongés dans la misère par des stratégies géopolitiques peu reluisantes.

La réalisatrice, Agnès Fouilleux, raconte :
" Mayotte possède des plages de rêve. Leur seul défaut : des cadavres viennent régulièrement s’y échouer. Depuis 1994 et l’instauration par le gouvernement Balladur de visas pour les ressortissants comoriens - au mépris des résolutions de l’ONU, on estime entre 4.000 et 5.000 le nombre de migrants disparus en mer en tentant de rejoindre Maoré. Ceux qui y sont arrivés se sont installés dans cette possession française où ils représentent un tiers de la population. Exploités mais indispensables à l’économie de l’île, ils sont les victimes d’une histoire qui exhale les pires relents de la Françafrique ". Une chose est tout de même bizarre, c’est pourquoi RFO a attendu si longtemps pour nous faire découvrir ce documentaire ? "Un aller simple pour Maoré" est une auto-production réalisée en 2007. La réalisatrice n’avait pas trouvé de télévision pour le diffuser après maintes péripéties. Ce documentaire n’a pas non plus bénéficié des subventions du CNC ni de la région Rhône-Alpes présidée par Jean-Jacques Queyranne, ex-ministre de l’Outre-mer qui avait fait modifier en 2000 le statut de Mayotte vers un plus fort ancrage à la France (qui reste illégal pour l’ONU). Finalement, France Ô a diffusé ce documentaire le lundi 14 avril 2008 et c’est seulement début juin qu’il est diffusé chez nous, même si c’est une bonne nouvelle que de le voir enfin sur nos petits écran, ce laps de temps qui sépare les deux programmations n’en demeure pas moins révoltant, "Un aller simple pour Maoré" est depuis longtemps en possession des programmateurs de la station du barachois et on est en droit de se poser la question de savoir si cette rétention est due à des manoeuvres politiques ou si plus simplement les programmateurs de RFO n’ ont aucun sens des priorités. Quoi qu’il en soit la programmation de ce film mérite qu’il ne passe pas inaperçu et il serait bon que des débats s’ouvrent après pour qu’enfin le drame comorien soit mis sur la table et que les acteurs majeurs de cette crise, notamment le gouvernement français, soient mis face de leurs responsabilités.

Philippe Tesseron, Télé-décryptages

DISTRIBUTEUR : PARASITE DISTRIBUTION

mercredi 18 février 2009.

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