[…] Vendredi 10 avril 2009, une amie brésilienne, professeur-chercheur en université, a été retenue par les services de la police française à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle et a passé la journée en rétention parce qu’elle n’avait pas une attestation d’accueil officielle mais seulement une attestation d’hébergement rédigée par R. et moi comme nous l’avions toujours fait pour tous nos amis brésiliens que nous avons accueillis depuis de nombreuses années. Malgré nos interventions répétées nous n’avons appris son incarcération que vers 18 heures et son expulsion avec seize autres Brésiliens et Brésiliennes par le premier avion en partance pour Rio de Janeiro à 21 h 50 le même jour.
[…] Le récit de S. et le mien [ci-dessous]. (Nous avons appris par S. que dans le groupe expulsé il y avait une jeune fille qui avait payé cinq jours d’hôtel alors que son billet était établi pour sept jours.)
Je suis révolté, non seulement par les conditions de détention, mais aussi par la désinvolture et le manque d’humanité qui ressort de cette lamentable affaire et plus encore par la restriction de nos libertés individuelles qui découle des conditions de l’établissement de cette « attestation d’accueil » officielle qui est demandée par l’Etat français aux étrangers venant de l’extérieur de l’espace Schengen. En effet, renseignements pris, on demande l’avis d’imposition de la personne qui accueille, trois quittances d’électricité, une quittance de loyer, l’état de salubrité du logement et la photocopie de la pièce d’identité entre autres renseignements et 45 euros de timbres fiscaux. Et la mairie ou la préfecture peuvent ne pas autoriser l’accueil. La France a vraiment perdu son aura de « terre d’’accueil ». N’avons-nous plus le droit de recevoir nos amis étrangers sans en demander l’autorisation ? C’est une restriction de plus de nos libertés individuelles.
Y.B.
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LE RÉCIT DE S.
Comme tous mes amis le savaient j’avais programmé d’aller à Paris en vacances, visiter un couple d’amis, Y. et R., fêter mon anniversaire, établir des contacts avec des instituts de recherche et d’enseignement et de réaliser mon rêve de connaître la France.
Je suis partie d’Ilhéus le 9/4/09 à 12 h 32, destination Salvador de Bahia par le vol TAM 3680 (TAM LINHAS AERAS SA) puis de Salvador de Bahia destination Paris par le vol TAM 8068, arrivée à l‘aéroport Charles-de-Gaulle à 14 heures le 10/04/2009.
Au sortir de l’avion dans l’aéroport CDG j’ai été retenue pour la vérification des documents. J’ai été conduite sans aucune explication dans une salle de la police française (DPAF de Roissy). Une policière a alors demandé de vérifier mon passeport, mon billet d’avion de retour, l’argent disponible, l’attestation d’hébergement et mes assurances. Pour prouver mon hébergement j’ai présenté une attestation d’hébergement faite par Y. et R., ce couple d’amis qui devaient m’héberger durant tout mon séjour à Paris.
Je lui ai expliqué que je n’avais pas d’assurances spéciales mais j’ai présenté ma carte d’assurance privée brésilienne, un bulletin de salaire émis par le gouvernement de l’Etat de Bahia datant de mars 2009, montrant que je suis en activité à l’Université de Santa Cruz à Bahia (Brésil) comme enseignante-chercheur. Sans d’autres explications, j’ai été conduite avec deux autres personnes vers une autre salle de la police dans laquelle se trouvait déjà un autre Brésilien. J’ai demandé des explications au policier à l’accueil mais il m’a dit de m’asseoir avec un ton de voix menaçant et agressif. A ce moment-là j’ai réalisé que j’allais être expulsée de France et que je ne pourrais pas demander des éclaircissements parce que je craignais d’être considérée comme « agressive », ce qui pourrait aboutir à des événements plus graves comme par exemple être mise en prison sur le territoire français.
Plus tard un autre policier a mis des gants et a demandé au Brésilien de le suivre dans une autre salle. Dix minutes plus tard un autre Brésilien a été aussi emmené. Après, deux policières ont demandé à deux autres filles qui nous avaient rejoints d’aller dans une autre salle. Après, ça a été mon tour.
Dans cette salle il y avait mon sac à dos et mon sac à main. J’ai dû mettre tout sur une table et m’éloigner de mes affaires et les deux policières ont tout fouillé. Elles ont confisqué mon passeport et mon argent (200 réals, 100 dollars et 1 800 euros). A ce moment-là j’ai demandé à nouveau des éclaircissements sur l’expulsion mais une policière m’a dit de « fermer ma gueule » avec un ton menaçant.
L’autre policière s’est alors rendu compte que je ne constituais pas un risque pour la sécurité française et qu’ils avaient commis effectivement un excès de zèle en m’empêchant de rentrer en France. J’ai de nouveau présenté à cette policière mon bulletin de salaire, mes trois cartes de crédit (Visa Ourocard Platinum, Mastercard Ourocard Platinum et Ourocard Gold toutes émises par la Banque du Brésil), l’attestation d’hébergement et des e-mails des professeurs et collègues de travail avec lesquels j’avais l’intention de m’entretenir durant mes vacances. En effet j’envisageais de faire un post-doctorat en France dans un futur proche. J’ai montré l’e-mail du professeur H.P. (professeur Français à l’UESC - Université de l’Etat de Santa Cruz à Bahia, Brésil) qui est en ce moment en stage postdoctoral au laboratoire d’astrophysique de Marseille), de M.J.D. (Français, biologiste, qui travaille à Intervivos (
www.intervivos.fr) et de M.D.P.C., chercheur brésilien, en stage postdoctoral au LATMOS (Laboratoire atmosphères, milieux, observations spatiales). J’ai expliqué que je n’avais pas d’invitation officielle pour visiter ces laboratoires parce que j’étais en vacances, mais que, même en tant que touriste, et comme coordinatrice de recherches de l’Université, j’allais aussi prendre des contacts professionnels pour envisager un post-doctorat et pour articuler avec des institutions françaises la soumission de projets dans le cadre du 7e Programme pour l’investigation et le développement technologique de la Communauté européenne. Quand j’ai demandé à cette policière comment je pourrais inverser la situation elle m’a informé que ce serait seulement possible grâce à une intervention de l’ambassade du Brésil en France, et que dans la salle ou j’allais être « détenue » il y avait un téléphone et que je pourrais m’en servir. La même policière m’a donné le numéro de téléphone de l’ambassade […].
J’ai été conduite dans une salle de détention où il y avait déjà cinq autres personnes détenues. J’avais uniquement les vêtements que j’avais sur moi, un papier avec les numéros de téléphone de H. et R. et celui de l’ambassade. Mon sac à dos et mon sac à main sont restés par terre dans un couloir d’accès à cette salle et mon passeport et mon argent ont été retenus par la police française.
J’ai appelé le numéro de l’ambassade qui répondait seulement avec un répondeur indiquant un numéro à contacter pour les urgences […]. J’ai laissé un message sur un deuxième répondeur pour expliquer ma situation. « Détenue dans un aéroport d’un autre pays, désespérée, espérant une aide officielle du Brésil je n’arrive à parler seulement à un répondeur ».
Avec un unique téléphone dans une salle de détention où se trouvaient maintenant quinze autres personnes j’ai enfin réussi à parler avec mon ami H. qui était à Marseille en lui demandant de me venir en aide et de contacter l’ambassade du Brésil en France et avec mes amis Y. et R. qui se trouvaient à l’aéroport Charles-de-Gaulle, essayant de résoudre le problème.
Le temps passait… quelques personnes désespérées, d’autres en larmes dans une salle pas propre et où il y avait seulement dix places assises avec un unique téléphone disputé par tous. L’énervement, le sentiment d’insécurité et le désespoir augmentaient.
Je crois vers 17 heures (je n’avais pas de montre), on nous a apporté de la nourriture dans un sac : une boîte de salade au thon, un morceau de pain, un paquet de chips, une bouteille d’eau et un dessert crémeux de bananes et pêches qui a servi à écrire les numéros de téléphone que nous obtenions sur le mur de la salle de détention (nous n’avions ni papier ni crayon !).
Vers 18 heures nous étions tous conduits de nouveau dans la salle du département de police où un interprète allait nous signifier notre expulsion. Plusieurs personnes désespérées voulaient des éclaircissements mais en réalité c’était une formalité de plus qui était destinée à nous informer que nous quitterions la France par le premier vol et que la seule solution était de signer les termes du « refus d’entrée en France » composé de cinq pages, toutes écrites naturellement en français.
Puis on est retourné dans la salle de détention ou j’ai réussi à avoir au téléphone un fonctionnaire du consulat du Brésil qui était au courant de ma situation ayant lu le répondeur et ayant parlé avec mon ami H. Il m’a informée qu’il ne pouvait rien faire et que je devais retourner au Brésil. J’ai réussi à parler avec Y. et R. qui étaient toujours à l’aéroport et qui avaient déjà fait des tentatives inopérantes pour prouver qu’ils allaient m’héberger chez eux.
Vers 21 heures le 10 avril 2009 la police française m’a rendu mon argent et j’étais conduite avec seize autres Brésiliens escortés par dix policiers français, à la porte d’embarquement pour prendre le vol TAM JJ 8055, destination Rio de Janeiro. En arrivant à Rio le personnel de la TAM, inefficace et avec des préjugés, m’a rendu mon passeport et j’ai été conduite à la police fédérale brésilienne pour ensuite prendre le vol TAM JJ 8068, destination Salvador de Bahia, et après le vol TAM JJ 3660, destination Ilhéus. J’aurais dû avoir mes valises à l’aéroport de Rio de Janeiro mais je ne les ai pas encore reçues (le 13 avril) ! Enfin, après plus de 75 heures pénibles, mon amie A.C.S. m’attendait tendrement et avec solidarité dans l’aéroport d’Ilhéus.
Je remercie beaucoup mes amis H.P., Y. et R.B. qui en France ont essayé de résoudre cet énorme problème. Je remercie de leur solidarité mes amis français Y.L.P. et M.J.D. et je remercie A.C.S. d’être toujours présente dans les moments difficiles.
Et maintenant je voudrais formuler quelques remarques et questions :
1. L’agence de voyage brésilienne aurait dû m’informer des documents nécessaires pour le voyage. J’ai posé la question au moment de l’achat du billet.
2. La TAM pourrait informer ses clients des documents nécessaires pour le voyage en France.
3. L’ambassade et le consulat brésilien en France n’étaient pas ouverts le vendredi et la personne de garde ce jour-là n’a pas montré le moindre intérêt pour résoudre la situation.
4. On ne peut plus visiter les amis en vacances ? Est-il obligatoire de rester dans les hôtels ?
Ce message bien que long ne représente pas la grande frustration, la peur, l’insécurité, le manque de respect et les préjugés que j’ai vécus durant ces 75 heures.
Présentement je voudrais que les autorités brésiliennes et françaises prennent connaissance de « l’événement » que j’ai vécu et aussi donner des éclaircissements.
En fait, ce qui devait être un cadeau d’anniversaire a généré beaucoup de souffrances.
Cordialement,
S.
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LE RÉCIT DE Y.
Vendredi 10 avril, 14 heures, je suis à l’aéroport Charles-de-Gaulle, venu accueillir notre amie brésilienne S.F. qui vient passer trois semaines avec nous. C’est l’occasion pour elle de fêter son quarantième anniversaire et de prendre aussi des contacts professionnels en vue d’un post-doctorat. S. est professeur-chercheur à l’Université Santa Cruz de Bahia.
L’avion s’est posé à l’heure.
15 heures, pas de S. ! 15 h 30, j’interpelle un policier et lui demande si tous les passagers sont sortis de la salle de débarquement. « Non, il y en a encore en salle de police ! » 16 heures, inquiet, je demande à un douanier qui passait s’il veut bien me dire si S.F. a quelque problème. Il revient dix minutes après : « La personne est retenue par la police parce qu’elle n’a pas tous ses papiers en règle. Vous devez vous rendre dans la zone de fret 1 à ZAPI 3. »
Aucune indication dans la zone de fret 1 ne signale la ZAPI 3 ! Je finis par trouver. Là, j’expose la situation et on me dit qu’on ne peut me donner aucun renseignement, les personnes détenues n’étant pas encore transférées en zone de détention. Elle me donne un numéro de téléphone à appeler entre 19 heures et 20 heures et me fait comprendre que je ne peux rester là.
Vers 18 heures nous réussissons à avoir la ZAPI au téléphone. « Deux problèmes : attestation d’hébergement non officielle et problème d’assurances. » Nous arrivons devant la grille de la ZAPI à 19 h 20. Là : « C’est fermé, revenez demain matin à 8 heures. » Une pancarte signale les horaires de « visite » de 19 heures à 20 heures.
Nous nous rendons à l’aéroport et nous demandons à voir l’officier de police de quart. Nous expliquons à un policier que nous n’étions pas au courant de l’attestation d’accueil délivrée par la mairie ou la préfecture mais que nous avons fourni une attestation d’hébergement sur papier libre. L’officier de quart dit : « Impossible ! »
Notre amie a été renvoyée dans son pays à 21 h 50 sans qu’on ait pu la voir !
vendredi 1er mai 2009.