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Houari, 19 ans, expulsé 2 mois après la naissance de son fils

 

Houari KHAMES est un jeune de 19 ans, qui a déjà une longue histoire.

Confié par son père à sa tante qui souhaite un enfant, Houari arrive d’Oran en France à l’âge de 9 ans. Sa tante ne le scolarise pas. Houari travaille probablement, mais  personne ne sait réellement ce qu’il fait entre 9 et 15 ans.

Suite à une plainte de sa tante, il est placé à l’Aide Sociale à l’Enfance à l’âge de 16 ans. Il est scolarisé en 3°, dans une classe d’accueil. De 16 à 18 ans, il commet plusieurs petits délits et est pris en charge par la Protection Judiciaire de la Jeunesse, sur ordonnance du Juge des enfants. Avec l’aide de ses éducateurs, il entame un CAP, puis un BEP de plomberie.

Dans un foyer où il est placé, il rencontre Amira, sa future compagne, une jeune française née à Melun de parents tunisiens. Amira a été confiée à l’ASE à cause de maltraitances de sa mère.

A 18 ans, l’ASE lâche Amira et Houari dans la nature … sans papiers. Amira ne peut pas faire établir sa pièce d’identité  française parce que sa mère refuse de lui donner les pièces réclamées par le tribunal. Houari ne peut pas prouver qu’il est entré sur le territoire français à l’âge de 9 ans et se retrouve sans carte de séjour.

Les deux tourtereaux n’en ont cure. Ils apprennent à voler de leurs propres ailes. Houari travaille au noir et gagne bien sa vie. Après des années à l’hôtel, ils ont trouvé une chambre dans un appartement à Montreuil en centre ville et surtout, Amira accouche le 22 septembre 2008 d’un magnifique bébé. Houari assiste à l’accouchement. Il coupe le cordon. Amira et Houari vont reconnaître leur fils à la mairie dès la sortie de la maternité.

Mais cinq jours plus tard, le 28 septembre 2008, jour des 19 ans d’Amira, tout bascule. La police vient chercher Houari en bas de chez lui. Les policiers lui disent qu’il doit aller signer un contrôle judiciaire au commissariat. Houari les suit. Il dit à Amira qu’il revient dans quelques heures . Au lieu de cela, il est déféré à Fleury Mérogis où il est incarcéré le soir même.

Un mois et demi plus tard, le 15 novembre 2008, Amira va l’attendre à sa sortie de prison. Au bout de quelques heures, un gardien a pitié de cette jeune mère,  son  bébé de deux mois dans les bras. Il lui dit que ce n’est pas la peine d’attendre, Houari est au centre de rétention. Amira se précipite au Mesnil Amelot. Houari peut enfin voir et toucher son fils.

Le répit est de courte durée. Le recours contre son APRF est rejeté au motif « qu’aucune circonstance ne fait obstacle au transfert hors de France de la cellule familiale qu’il forme avec sa concubine de nationalité tunisienne, et leur enfant, qui n’est pas de nationalité française ; » (extrait du jugement). Deux appels sont rejetés.

Le 24 novembre, Houari est sorti du centre de rétention et conduit à Orly pour être expulsé sur un vol Aigle Azur à destination d’Alger. Amira et quatre ami(e)s vont à l’aéroport distribuer un tract d’information aux passagers du vol de 15h30. Ceux-ci s’émeuvent de voir ce jeune homme qui pleure au fond de l’avion, maintenu par une policière qui lui écrase les testicules. Ils protestent. Le commandant de bord le fait débarquer. La police débarque deux passagers, désignés comme « meneurs ».

Au commissariat d’Orly où il est conduit à sa descente d’avion, Houari se plaint de douleurs et demande à voir un médecin. Le soir à 22h, il appelle Amira pour lui dire qu’on l’emmène à l’hôpital de Bondy, qu’elle ne s’inquiète pas s’il est sur messagerie. Le lendemain matin, il lui envoie un texto laconique, « Je t’aime ». Elle le rappelle. Il est à Alger. Il a été expulsé dans la nuit après avoir été piqué. Il s’est réveillé dans l’avion.

Depuis fin octobre, Amira et son bébé sont à la rue. Sans pièce d’identité, elle ne peut pas toucher les allocations parent isolé de la CAF. Les services sociaux sont débordés et n’ont aucune solution à proposer à une mère de 19 ans, à la rue avec un tout petit bébé, sans un sou et en grande souffrance psychologique du fait de la violence de la séparation.

Houari est à Oran, chez ses parents qu’il n’avait plus revus depuis qu’il a 9 ans. Il voit son fils grandir par webcam et chate avec sa femme sur MSN.  De temps en temps ils se parlent, quand Amira trouve un peu d’argent pour acheter une carte de téléphone.

Ils ont des projets : quand Amira arrivera enfin à avoir son passeport français, d’ici le mois de juin probablement, elle ira en Algérie et ils se marieront. Son rêve ? Confier son fils à Houari et faire une nuit complète.

Houari lui, cherche une association qui puisse lui donner ou lui prêter 300€ pour acheter des outils et travailler comme plombier, pour arrêter de dépendre de la charité publique en Algérie et pour pouvoir envoyer de l’argent à Amira et à son fils.


HOUARI A BESOIN DE SA FEMME ET DE SON FILS
ET SA FEMME ET SON FILS ONT BESOIN DE LUI 

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Petit précis de désintégration des jeunes issus de l’immigration

Mais au fait, pourquoi Houari a-t-il été incarcéré à Fleury ?
Parce qu’il avait volé une sacoche dans une voiture en cassant une vitre, en octobre 2007, trois mois après sa majorité.

Et pourquoi a-t-il volé cette sacoche ?
Parce que son patron ne l’avait pas payé et qu’il devait payer son loyer. Avec la loi sur  la récidive, il a été condamné à six mois de prison dont 4 avec sursis et à une mise à l’épreuve. Contenu de la mise à l’épreuve ? Présenter des fiches de paye et des quittances de loyer. Difficile pour un sans papiers.

Mais pourquoi Houari est-il sans papiers ?
Parce que sa tante a toujours refusé de donner à ses éducateurs une copie du passeport où figure le visa d’entrée prouvant qu’il est entré en France à l’âge de 9 ans.

Et pourquoi Amira n’a-t-elle pas de pièce d’identité ?
Parce que les enfants nés en France de parents étrangers doivent demander un certificat de nationalité au tribunal d’instance pour faire établir leur pièce d’identité. Parmi les pièces exigées, l’acte de mariage des parents et leur livret de famille, pièces que la mère d’Amira refuse de lui remettre. Après l’expulsion de Houari, elle fait une main courante au commissariat et dépose une demande de certificat au tribunal. Délai de traitement annoncé ? 6 mois à 2 ans, du fait du manque de personnel pour traiter les dossiers. Emue par la situation, la greffière établit le certificat en un temps record (4 mois et demi). Reste à faire établir les pièces d’identité (7 à 11 semaines de traitement).








 

jeudi 7 mai 2009.

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