
Édition du vendredi 3 juillet 2009
D.B.
« Sur cette affaire la justice est saisie, je n'ai pas à la commenter » a indiqué le ministre, en réponse au journaliste Frédéric Pommier sur France Inter mercredi 25 juin. Avant de reprendre aussitôt : « Je note que le
» La loi vise uniquement les filières d'immigration clandestine, a ensuite réaffirmé le ministre. Pour lui la chose est entendue, impossible, en France, d'être inquiété et condamné simplement pour avoir aidé une personne en situation irrégulière.
Mais les faits sont tenaces. Salimou Fofana a reconnu lors de l'audience le 17 juin avoir ponctuellement hébergé un compatriote sans-papier, parfois nourri, et conservé une pochette contenant certains de ses documents administratifs. Sa version a-t-elle été contredite lors de l'audience ? Pas un instant. A-t-on parlé d'un réseau de passeurs ou de marchands de sommeil ? Jamais. La citation à comparaître indiquait une «
aide directe ou indirecte, en l'espèce en hébergeant, nourrissant et conservant des documents personnels et administratifs, facilité ou tenté de faciliter l'entrée, la circulation ou le séjour irrégulier en France de Namingui Baya
». Cinq mois de sursis ont été requis par le substitut du procureur Eric Camous ; le jugement sera rendu le 22 juillet.
Alors, à quoi fait référence Eric Besson ? Une enquête avait été conduite par les gendarmes de Millau pour travail dissimulé, pendant laquelle une perquisition avait été menée au domicile de Salimou Fofana. A cette occasion, les enquêteurs étaient tombés sur la pochette au domicile de Salimou Fofana. Ce qu'Éric Besson a oublié de «
noter
», c'est que les deux dossiers n'ont aucun lien sur le fond. Sur ce point, aujourd'hui, le parquet de Millau est formel. Et dans l'affaire millavoise, aucune date d'audience n'a été fixée. Mieux, aucune poursuite n'a été engagée à l'encontre de Salimou Fofana. «
Je suis très remonté quand j'entends le ministre
, commente Me Mazars, avocat de Salimou Fofana.
On essaye de semer le trouble avec une histoire qui n'a rien à voir
! » Jean Malié, porte-parole ruthénois de la ligue des droits de l'homme ironise : «
Je pensais le ministre meilleur juriste
... » La préfecture de Rodez ne souhaite pas aborder le sujet, mais confirme que le préfet Vincent Bouvier ne s'est jamais publiquement exprimé sur le dossier. Le ministère de l'Immigration , joint au téléphone lundi, n'a pas plus souhaité s'étendre sur ce dossier. Tout comme le parquet de Rodez. Les déclarations d'Éric Besson ont par contre été saluées par "Maître Eolas"- un célèbre avocat parisien – à l'origine d'un blog à succès sur le monde judiciaire. Lequel a décerné le prix Busiris au ministre, une récompense pour
« couronner une affirmation juridiquement aberrante, teintée de mauvaise foi et mue par l'opportunité politique plus que par le respect du droit. »