S’ils ont quitté la Chine pour s’installer en France ce n’est pas pour y retourner par la force. Depuis le mois de mars la mobilisation s’est organisée autour de la famille Tang-Zhou menacée d’expulsion vers la Chine. Arrivés en France en 1999 pour Yu Hua Tang et en 2003 pour Ping Zhou, ils se sont mariés en 2005 et ont deux enfants, de 4 ans et 10 mois.
Restaurateurs à Clermont-Ferrand, ils ne sont plus en situation régulière : en 2008, la demande de renouvellement de carte de séjour de Ping a été refusée. Toutes les demandes d’asile de son mari ont été rejetées. En février, la préfecture leur a signifié une mesure d’expulsion. « L’Etat français leur demande de retourner en Chine et de demander, par la suite, un visa pour la France, mais on sait bien que c’est impossible ! » s’emporte Marie de la Ligue des droits de l’homme (LDH).
Interpellée le 19 août, la famille a été conduite au centre de rétention de Rouen (Seine-Maritime) mais n’a pu être expulsée car Clément, le plus jeune enfant, n’a pas de passeport chinois et la Chine ne veut pas de lui. Le tribunal d’instance a alors assigné la famille à résidence jusqu’au 5 septembre, le temps de régulariser la situation de l’enfant.
Mais, le 1er septembre, deux agents de la police aux frontières se sont présentés à la porte de leur restaurant pour notifier au couple qu’ils devaient embarquer le lendemain soir sur un vol Paris-Pékin. Avec... ou sans leurs enfants. Les fonctionnaires de police leur ont en effet remis un document, qu’ils ont dû signer, intitulé : "La délégation d’autorité parentale pour des parents en situation irrégulière".
La famille ne manque pas de soutien. Après une pétition lancée par le Réseau Education Sans Frontières (RESF), les initiatives et rassemblements devant la Préfecture du Puy de Dôme pour la régularisation de la famille se multiplient. A l’école Nestor Perret où Chen n’a pas pu faire sa rentrée car la famille n’a pas voulu prendre de risques et se cache., le mouvement de soutien s’est aussi mis en place.
Les élus de la majorité clermontoise se mobilisent aussi. Une lettre signée par des conseillers municipaux de la Ville, dont le maire, de Clermont-Ferrand demande au Préfet la régularisation de la famille Tang Zhou : « Aussi, Monsieur le préfet, nous vous prions d’examiner la situation de cette famille avec humanité, de dépasser un traitement purement administratif pour ce couple désespérément à la recherche d’un asile parmi nous, et de bien vouloir accorder au couple Tang Zhou un titre de séjour qui leur permette ainsi qu’à leurs enfants de continuer de vivre parmi nous à Clermont Ferrand grâce à leur travail pour lequel ils ont investi toute leur fortune. »
Le Préfet lui se montre ferme et ne régularisera pas cette famille. Pour lui qui est à l’origine de la politique d’immigration actuelle, « le parcours de ce couple ne paraît pas animé d’une grande volonté d’intégration. » De plus, comme la famille a choisi de se cacher et donc basculer dans la clandestinité « le dossier n’est plus dans les mains de l’administration mais dans celles de la justice. » Le préfet a donc « saisi le Procureur de la République de Clermont-Ferrand (*) pour qu’il fasse constater les infractions de séjour irrégulier et de soustraction à mesure d’éloignement ».
Et de trouver d’autres raisons, il « n’exclut pas de demander au procureur d’élargir les investigations » vers une fillière d’étudiants chinois fictifs et de travail dissimulé. Quant à la tentative de séparation des enfants, elle viendrait du Consul de Chine.
En réaction à la lettre de la majorité, le groupe UMP de la mairie a apporté son soutien au préfet via un communiqué : « Le Préfet est parfaitement dans son rôle. Il applique et fait respecter la loi votée démocratiquement par la représentation nationale. » De plus, le groupe « déplore l’instrumentalisation politique faite par le Réseau Education Sans Frontières (RESF) qui a décidé de transformer cette mobilisation en une action de lutte contre la politique gouvernementale d’immigration. »
Sur son blog, Jean-Pierre Brenas se dit lui « ecoeuré » par l’attitude de RESF mais « considère que la présence des enfants doit exclure un traitement strictement administratif du dossier. Leur cas doit être traité avec humanité. »
On imagine que le sujet pourrait faire l’objet d’un débat animé lors du prochain conseil municipal à la mairie de Clermont-Ferrand si un voeux venait à être déposé.
En attendant une avancée dans ce dossier, la famille a choisi la clandestinité et RESF appelle à un nouveau rassemblement ce mardi 15 septembre à 18 heures devant la Préfecture du Puy de Dôme pour la régularisation de la famille Tang Zhou.
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