accueil RESF
DON au RESF

Lettre ouverte au Préfet de l'Ain

Accueil > RESF - Collectifs locaux > 01-Ain > Actions

Suite à une expulsion choquante

Lettre ouverte au Préfet de l'Ain

Monsieur Jusufi doit rentrer en France

 

Lettre ouverte au Préfet de l’Ain

 

Monsieur Hysni JUSUFI est kosovar de langue albanaise, comme sa femme Sala. Ils ont quatre enfants, scolarisés depuis peu à Oyonnax (trois au collège, un à l’école élémentaire).

La famille habitait jusqu’en 2007 dans les quartiers nord de la ville de Mitrovica. Victime de pressions dans ce quartier à majorité serbe, elle se réfugie dans le sud de la ville, auprès de la famille de Mme Jusufi. Dans ce quartier à majorité albanaise, M. Jusufi est l’objet de menaces de mort de la part d’extrémistes albanais – étant donné qu’il avait en 1999 refusé d’entrer dans l’« armée de libération », l’U.C.K.

 

Monsieur Jusufi avait refusé de vendre sa maison à une personne serbe ; la maison est incendiée.

Après cet épisode qui traumatise toute la famille, il décide de s’exiler : la maison est vendue -à la même personne-. Le prix qui en est tiré suffira à peine à payer le passage en France.

Cela, Monsieur le Préfet, vous le savez.

 

Arrivés en France fin mars 2008, à Strasbourg puis dans l’Ain, la famille dépose une demande d’asile, auprès de l’OFPRA. Demande rejetée (l’OFPRA considérant comme insuffisantes les preuves de menaces et d’agressions subies…)

La Cour Nationale du Droit d’Asile rejette un premier recours en février 2009, puis après une demande de réouverture,  la refuse à nouveau en août 2009. Mais la famille ne reçoit pas le courrier, ayant été entre temps déplacée dans un autre foyer…

Car pendant tout ce temps, la famille a été déplacée six fois de foyer en foyer dans le département de l’Ain : sur un an et demi, les enfants ont été scolarisés à peine cinq mois.

Mme Sala JUSUFI est dans un état de santé nécessitant des soins qui ne peuvent être dispensés dans son pays, ce qu’atteste un avis du médecin inspecteur de santé publique du département. Elle ne peut pour autant obtenir la carte de séjour d’étranger malade, il manque selon la lettre de refus la « condition de résidence habituelle », une durée suffisante de présence en France.

Cela, Monsieur le Préfet, vous le savez.

 

Une grande précarité matérielle et morale, la peur du lendemain, l’absence de ressources étant donné l’absence d’autorisation de travailler, c’est le lot de cette famille depuis qu’elle est sur le sol de notre pays moderne. Pourtant le père est terrorisé à l’idée d’un retour dans le pays d’origine pour lui et sa famille. Le Kosovo est loin d’être un pays sûr, il suffit de suivre l’actualité, de lire les déclarations d’organismes internationaux et les recommandations du ministère des affaires étrangères pour s’en persuader.

Un réseau d’aide et de sympathie s’est cependant créé autour de cette famille, avec comme temps fort le parrainage républicain des quatre enfants le 14 juin à la mairie de Belley.

Suite à un contrôle routier, M. Jusufi est placé en Centre de rétention le 26 août 2009.

Le 12 septembre, le juge des libertés et de la détention a décidé que son maintien en centre de rétention était contraire à la loi, et M. Jusufi a cru pendant quelques heures pouvoir être libéré.

Mais le procureur fait appel, et le 14 septembre, la décision terrible tombe : maintien en rétention. Le Kosovo ayant entre temps délivré un laissez-passer, c’est la porte ouverte à l’expulsion.

Mercredi 16 septembre, l’expulsion est menée dans la plus grande des discrétions : absence de signalement la veille au tableau des départs, aucune information le matin, un appel pour « une visite au parloir », les policiers astreints à des consignes de silence, l’avion partant pour arriver à Pristina à 16H40, ville où M. Jusufi n’a ni contact, ni famille, ni connaissance.

Cela, Monsieur le Préfet, vous le savez, puisque c’est vous qui l’avez demandé.

 

Vous savez également que Mme Jusufi n’a pu rendre visite à son mari depuis qu’il était en  rétention, le 26 août ; le plus jeune des quatre enfants a vu son père pour la dernière fois lors de l’appel au tribunal, alors qu’il était menotté comme un délinquant ou un criminel.

Mme Jusufi n’a eu aucune nouvelle de lui pendant près d’une semaine après son expulsion : elle vient juste d’apprendre qu’il était parti se cacher dans un pays voisin, et qu’il ne sera pas là si Mme Jusufi et ses 4 enfants retournaient au Kosovo maintenant.

Vous savez donc quelles sont la détresse et l’angoisse de cette famille déchirée.

 

Vous connaissez de façon certaine cet article de la Convention internationale des droits de l’enfant :

« Les Etats parties veillent à ce que l’enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois applicables, que cette séparation est nécessaire dans l’intérêt supérieur de l’enfant ».

 

Au nom de cet article 9, nous demandons :

-          que le droit de vivre en famille dans la sécurité et que le droit à la scolarité soient reconnus et respectés de façon intangible,

-          que dans le pays des droits de l’Homme, les droits de l’enfant soient respectés et que le démembrement des familles soit proscrit,

-          que ce père, qui n’a commis d’autre crime que celui de vouloir protéger sa famille pour qu’elle vive en paix et sécurité, soit rapatrié, ayant été expulsé en violation des principes énoncés plus haut,

-          que les quatre enfants puissent vivre, grandir et étudier en France et  dans les valeurs de sa République.

 

Nom : …………………………………………….

Adresse : ……………….…………………………

Signature : ………………………………………..

mercredi 30 septembre 2009.

Faire connaître cet article
À L'AGENDA de RESF - Collectifs locaux / 01-Ain / Actions
Derniers articles parus :
FIL RSS   liste actusWWW
SPIP | squelette | Se connecter | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0