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Le Journal du Centre (Nevers) / « Mes enfants pleurent souvent »

 
Marie (*), 26 ans est déjà douloureusement marquée par la vie. Née au Congo Kinshasa, sans-papiers, mère de deux enfants (4 ans et 6 ans), elle erre de foyer en foyer.

Denis Chaumereuil

Tout débute sur sa terre natale, en Afrique. Sa maman décide de partir en France et la laisse à son père. Il est Rwandais et comme ses compatriotes, n'est pas bienvenu au Congo Kinshasa. Il est pourchassé par les autorités. Il est dénoncé, alors qu'il travaillait, et arrêté.

Marie va à l'école. Un jour, elle fuit car elle « n'est pas bien » dans sa tête. Elle se réfugie chez sa belle-mère. Mais son oncle, militaire, la récupère, ainsi que son jeune frère, soi-disant avec l'accord de leur mère. C'est alors que l'enfer commence.

Le frère devient de force enfant soldat. Elle subit régulièrement les abus sexuels de son oncle.

« J'étais enfermée dans ma chambre toute la journée », raconte-t-elle avec une douleur qui se lit dans ses yeux. « Il me disait qu'il contactait ma mère régulièrement, mais je sais que c'était faux. »

Un jour de lessive, elle trouve dans une poche un morceau de papier. « Dessus, il y avait une lettre, qui correspondait à l'initiale du prénom de ma mère, et un numéro de téléphone. Je le garde et le cache ». C'est alors qu'elle entend des personnes dans la maison. Elle sait que son oncle n'est pas parmi elles « Alors, j'ai frappé très fort contre la porte de ma chambre. Ils l'ont forcée. Je pleurais, j'avais faim. »

« Ils m'ont libérée en me demandant de ne rien dire. » Ses sauveurs veulent prévenir la police, mais Marie ne veut pas, par crainte de représailles contre sa famille. Elle est mise en sûreté dans une autre maison et elle leur montre le numéro de téléphone.

Ceux qui ont eu le courage et l'humanité de la libérer composent ce numéro. Elle peut parler à sa mère. « Une quinzaine de jours plus tard, ma maman a envoyé l'argent de mon billet d'avion pour la France. » Mais elle n'a pas de passeport et c'est avec celui d'un autre qu'elle s'envole, direction Paris. Nous sommes en 2001. À Roissy, après vérification de ses papiers, l'usurpation est démasquée par les autorités. Bien qu'elle soit mineure, elle restera neuf jours en centre de rétention. Sa maman est prévenue. Cette dernière multiplie les démarches devant la justice, s'assure les services d'un avocat.

Elle n'obtient qu'un sauf-conduit de quelques jours. Marie rejoint le domicile de sa maman, à Paris. Elle y retrouve ses autres frères. Mais la famille n'est pas au complet. La mère décide donc de retourner en Afrique pour récupérer celui qui est resté au pays. Elle ne le trouvera pas.

Marie n'a toujours pas de papiers. En 2002, elle prend attache auprès de la préfecture. On lui remet un formulaire de demande d'asile mais elle est mineure, et ne peut donc entamer ce type de démarche elle-même.

Elle grandit et rencontre un homme, lui aussi Africain, lui aussi sans-papiers. Ils s'installent en couple. Il lui donne deux enfants. « Je les voulais vraiment », insiste-t-elle. Mais vivre à Paris, avec deux bambins, sans ressources, est très difficile.

Son compagnon a un ami à Nevers et c'est grâce à lui que cette famille débarque dans la cité ducale, en février 2009. Il leur trouve même un logement qui sera loué au nom de son compagnon. Ce dernier monte régulièrement à Paris pour trouver du travail, mais ce n'est pas la seule difficulté à laquelle Marie sera confrontée. Elle est souvent battue par cet homme ! Elle le quitte et se retrouve, avec ses deux enfants, dans un foyer.

Dans le même temps, l'homme rend les clefs du logement à la propriétaire.

Mais un foyer est loin d'être l'idéal pour elle, encore moins pour ses enfants, qui sont scolarisés. Elle retourne voir la propriétaire et récupère le logement, qui est alors mis à son nom. Elle paye le loyer grâce à une allocation versée, pour le compte des enfants, par le Conseil général de la Nièvre. Étant sans-papiers, elle ne peut pas ouvrir de compte en banque. L'allocation versée par chèque, est donc encaissée par le MRAP qui, ensuite, lui remet le montant, en liquide.

Les choses semblent se stabiliser un peu jusqu'au moment où cette allocation n'est plus versée. La situation se complique et elle doit quitter son logement. Retour à la case départ, c'est-à-dire dans un foyer, en dehors de Nevers. Nous sommes à la période de la Toussaint. Tous les jours, elle devait prendre le bus pour conduire et récupérer ses enfants à l'école. Chaque fois, il lui en coûte 8 ?. Puis tout s'enchaîne et, début novembre dernier, un arrêté de reconduite à la frontière est pris à son encontre.

Le Collectif contre l'expulsion d'enfants et d'adolescents scolarisés qui suit son dossier n'a qu'un mois pour déposer un recours devant le tribunal administratif. Cette démarche rend l'arrêté suspensif mais Marie peut être, à tout moment, placée en centre de rétention. Quant à ses enfants, ils seraient alors confiés aux services sociaux.

Pourtant, sa maman, qui vit toujours à Paris, dispose d'une carte de résident de dix ans. Elle a pu fournir l'acte de naissance de sa fille. Mais depuis quelques jours, Marie est censée avoir quitté le territoire français. Retourner au Congo Kinshasa ? Son père est mort et il est hors de question de retomber dans les griffes de son oncle. Du côté des services du Département, l'assistante sociale a obtenu un mois d'allocation (c'était le mois dernier(). Mais c'est un peu comme « reculer pour mieux sauter ». Pourtant, elle fait tout pour s'intégrer dans notre société.

Depuis plusieurs semaines, elle prend même des cours à l'Association familiale de prévention et de lutte contre l'illétrisme (Afpli). Pour autant, elle n'est pas maîtresse de son destin?

Aujourd'hui, Marie ne sait jamais, d'un soir à l'autre, où elle va dormir, si un foyer va l'accepter, comment elle va nourrir sa petite famille. Elle peut rester plusieurs heures sur le trottoir, dans le froid et sous la pluie, ses enfants blottis contre elle en espérant un toit.

« Je ne vais pas bien dans ma tête ; tout ça me fait mal. Mes enfants pleurent souvent. Ils ont faim et me demandent si on aura une maison à nous. » 

(*) Nous avons volontairement changé son prénom.

samedi 5 décembre 2009.

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