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Ain. Une école traumatisée

article du Journal Le Progrès

 

Ain

Un grand vide à l'école de Servas après l'expulsion de deux enfants

le 15.01.2010 17h55

En novembre lors du parrainage organisé par Réseau éducation sans frontières, Dafina, 7 ans, « élève modèle de curiosité, avide de savoir », prenait le micro pour dire « merci » avec ses parents / Photo DR

L'expulsion, mercredi, de la famille Bunjaku, hébergée par Emmaüs depuis le mois de juin, a traumatisé tous les enfants - et les parents - de l'école où étaient scolarisés Dafina et Rrahim

« Dans la classe, cela fait un vide. Dafina, elle voulait toujours du travail à la maison le soir, c'était l'une des seules. Elle travaillait avec beaucoup d'application, elle était avide de savoir » dit le maître Julien Desbos. Au village de Servas, dans la classe de CP, Dafina manque depuis mardi, tout comme son frère Rrahim, en maternelle. Les enfants ont été emmenés par les gendarmes mardi matin avant l'heure de l'école et renvoyés au Kosovo avec leurs parents. « Dafina, elle motivait. Elle voulait tout savoir : « Comment on dit cela ? » « Et pourquoi ? » Elle aimait aider les petits en classe et jouer avec les grandes CM dans la cour ». Mardi, l'enseignant a dû expliquer aux camarades qu'elle avait dû retourner dans son pays. « Les notions de papiers, de pays, de patrie, c'est difficile pour eux. Et ils ont du mal à comprendre pourquoi ce départ a été si précipité, pourquoi ils n'ont pas eu le temps de se dire au revoir. Les élèves les plus proches sont très tristes, cela les désempare beaucoup. Elle manque, on avait tous l'habitude d'avoir une petite phrase de Dafina dans la classe ». Choqués, des parents d'élèves sont allés interroger le maire, ont envie d'exprimer leur désaccord. La petite fille manque aussi aux compagnons d'Emmaüs : la famille partageait la vie de la communauté depuis six mois (elle n'était pas à charge de l'État, ne prenait pas la place d'autres demandeurs d'asile). « Je l'aidais à faire ses devoirs, moi qui n'aimais pas l'école, j'étais content quand elle avait des « A + ». Elle faisait des dessins, on pourrait tapisser des murs… » dit Jean-Louis, compagnon. Les voisines passent prendre des nouvelles de cette famille appréciée. À Pristina, Rrahman et Fikrije Bunjaku exprimaient hier tout leur désespoir au téléphone avec Emmaüs. « Le papa qui était le plus costaud, a tenu des propos glaçants. C'est le désespoir. Ils disent n'avoir aucun soutien là-bas. Ils redoutent une vendetta. Ils ne veulent pas que les enfants soient scolarisés, ils ont peur qu'ils soient enlevés et tués. Nous on est impuissants ici… » relataient hier Karine Terraz et Dominique Julien, responsables d'Emmaüs Bourg Servas. La question revient : pourquoi cette urgence à renvoyer « une famille correcte », « gentille », qui ne dérangeait personne ? Pour éviter la naissance sur le sol français d'un enfant, Mme  Bunjaku étant enceinte de 5 mois, estiment certains.

Fabienne Python

samedi 16 janvier 2010.

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