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Citoyen Thuau, préfet du Lot-et-Garonne,...

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Citoyen Thuau, préfet du Lot-et-Garonne,...

 

Citoyen Thuau, préfet du Lot-et-Garonne,

Samedi 3 juin 2006, alors que la préfecture ouvrait les grilles de ses jardins à une visite publique et à un concert, une petite dizaine de militants et sympathisants du Réseau Éducation Sans Frontières (RESF) s’est vu interdire l’accès au site. Ils étaient venus pour participer à la campagne d’ouverture de ce lieu public aux citoyens, afin d’informer sur la politique engagée depuis plusieurs mois par la préfecture à l’encontre de nos concitoyens privés de papiers. Vos services de police les ont sommé de choisir : soient ils entraient et le préfet annulait la convocation, c’est-à-dire le concert de jazz et de musique classique interprétés par 600 jeunes, soit ils renonçaient à entrer en permettant ainsi la célébration des actes. Face à cet étonnant marchandage, les manifestants ont décidé de rester dans la rue en faisant signer des pétitions après discussion avec une quarantaine de visiteurs pour lesquels ont n’avait pas hésité à fermer les grilles aussi.

Votre décision, citoyen Thuau, en a surpris plus d’un, parmi les journalistes et autres concitoyens présents. Peut-être aussi les membres des Renseignements Généraux en poste ont-ils dû la trouver, cette décision, bien démesurée, quand ils ont pu constater et le nombre réduit de personnes RESF et leur attitude conciliante. En y réfléchissant sereinement, on est en droit de se demander ce qui vous a conduit à pousser la barre aussi loin : êtes-vous à ce point gêné qu’on informe la population sur vos faits et actes que vous iriez jusqu’à annuler la prestation publique de 600 jeunes musiciens, un soir de printemps magnifique, dans un cadre admirable ? Parce que sept citoyens inquiets veulent informer et alerter le public et les jeunes interprètes sur le sort de 10000 jeunes français privés de papiers sous la menace d’arrêté de conduite à la frontière ! Et que cette information supposerait aussi qu’ils rappellent vos actes en la matière ?

Contrairement à ce que nous avions osé espérer en apprenant la tenue de cet événement, la préfecture se refuse donc à informer la population. En outre, elle se permet d’empêcher les citoyens de le faire.

Faut-il vous rappeler que le RESF rassemble un éventail très large de citoyens, toutes catégories sociales et socioprofessionnelles confondues, soutenus par des associations et des organisations très diverses ?

C’est pourtant à des membres de ce réseau que la préfecture a refusé et le droit d’accès et le droit à la parole. En imposant des choix qui ne sont pas loin du chantage (et en prenant en otage de tierces personnes pour ce faire). Doit-on y voir une obstination aveugle à interdire tout ce que les dirigeants actuels de ce pays ne souhaitent pas que la population sache ? Quitte à interdire la simple information sur des faits avérés (dont le préfet en personne est l’auteur) ?

En réponse à votre démarche, que nous considérons comme un abus de pouvoir, nous renouvelons ce que de précédents courriers vous signalaient déjà, à savoir l’expression de nos soucis pour les familles et les individus isolés que des arrêtés préfectoraux iniques menacent de " reconduite à la frontière ". Ces personnes privées de papiers ont déjà dû endurer la sordide épreuve de la garde à vue en commissariat, de l’isolement en centre de rétention, du procès au Tribunal Administratif. Or les épreuves que la préfecture leur fait subir sont loin d’être terminées. Le 30 juin, nous avons en effet tout lieu de craindre que la persécution ne recommence. Elles seront alors peut-être rejointes par d’autres sans-papiers pour lesquels commencera le chemin de croix. Oui, les grilles refermées samedi aux membres du RESF 47 sont, pour nombre d’entre nous, le signe de votre obstination, citoyen Thuau, à appliquer la politique de chiffre réclamée et proclamée par Nicolas Sarkozy, votre ministre de tutelle. Et partant, n’est-ce pas là aussi le signe de votre persistance à ignorer les conventions européenne et internationale concernant les droits humains et de l’enfant ?

" Obstination ", peut-on se permettre de dire car, répétons-le, vos arrêtés préfectoraux de " reconduite à la frontière " ont été annulés à trois reprises par la justice. D’où l’idée que ces arrêtés n’étaient pas légaux et, par conséquent, qu’ils étaient illégaux au regard du droit international. Au point que, le 25 avril 2005, le Tribunal Administratif de Bordeaux a condamné l’État Français à 1000,00 ? d’amende parce que la préfecture du Lot-et-Garonne avait commis un détournement de pouvoir. Or, l’État condamné, c’est en fin de compte les contribuables et les électeurs, les citoyens de ce territoire qui sont condamnés, à trois reprises, pour des fautes qui ne reviennent qu’à un seul : vous, monsieur le préfet (et même`pas parce que vous avez obéi à votre ministre, puisque sa circulaire du 31 octobre 2005 demandait aux préfets d’éviter toute tentative de reconduite à la frontière des enfants et des jeunes scolarisés et de leurs familles, jusqu’à la fin de l’année scolaire).

Et quand bien même les tribunaux auraient donné raison à la préfecture, ce qui en l’espèce n’est pas le cas, les actes de celle-ci auraient enfreint les règles internationales réputées hiérarchiquement supérieures au droit local, ces actes auraient violé la loi muette et immuable des droits humains.

Sous l’imposante stature du cèdre du Liban, à l’ombre des 2000 arbres admirables et au son du jazz interprété par 600 élèves, la raison aurait pu prévaloir, dans notre département, sur les indignes man ?uvres électoralistes des dirigeants de ce pays. Du moins, nous avons osé l’espérer. Depuis samedi 4 juin, nous savons qu’il n’en est rien.

C’est pourquoi, face à la violence symbolique de ces grilles discriminatoirement fermées à certains et -surtout- face à la violence morale infligée aux sans-papiers menacés d’expulsion, nous décidons aujourd’hui d’engager une campagne d’information auprès de vous, monsieur le préfet, pour vous rappeler la lettre des déclarations des droits humains et de l’enfant. Pour vous rappeler également le contenu de certains rapports nationaux et européens qui font état des manquements répétés à l’esprit de ces conventions, de la part des appareils répressifs de l’État Français - et que les dirigeants de ce pays persistent à ignorer. Libre à vous, citoyen Thuau, de dénaturer aussi l’esprit de ces textes pour faire carrière ou pour le plier aux volontés de votre hiérarchie. Quant à nous, nous ferons de notre mieux pour que vous sachiez, pour que la population sache que vous savez, que vous saviez. Et, ce faisant, pour que -comme pour votre illustre prédécesseur monsieur Maurice Papon - nous n’ayons pas à attendre pendant 50 ans que justice soit rendue mais que les tribunaux puissent examiner à temps vos actes, citoyen Thuau, et statuer sur votre participation à la barbarie.


Pour mémoire

Irma Rensberg fait partie d’un convoi de 444 déportés du camp de Mérignac vers des camps hors territoire français. La préfecture de Gironde s’est exécutée, l’administration a signé les permis de transferts, livrant les juifs aux allemands. Irma Rensberg fait une tentative d’évasion tandis que le convoi s’achemine hors des frontières. Blessée, elle est évacuée sur l’hôpital d’Orléans. L’administration orléanaise s’enquiert auprès de la préfecture de Gironde : " que faire de la juive Irma Rensberg ? ". Contrairement aux allégations de Maurice Papon, prétendant que la préfecture sauvait des juifs sitôt qu’elle le pouvait, son administration qui eut pu classer l’affaire et demander le retour de Irma Rensberg à Mérignac, décide de son internement à Drancy.

Il y avait une administration aux questions juives, des lois auxquelles les fonctionnaires ont obéi, scrupuleusement, sans discernements, sans courage, sans autonomie de pensée et d’action. Ils ont agi moins par conviction qu’à la manière de rouages mécaniques. Eurent-ils des convictions, elles servaient le meurtre.

Il m’importe peu en la circonstance que l’acte administratif n’ait pas le degré d’horreur et de répétition systématique à grande échelle de la déportation, " la France, en son fond, est demeurée Vichyste ", jusqu’à sa mort l’écrivain Jean Malaquais le martelait.

En la circonstance, le mécanisme et l’idéologie qui le sous-tend et qui président à la décision administrative importent plus que le degré. L’horreur n’est pas la même, mais l’horreur persiste. Hier les juifs, aujourd’hui les pauvres, ceux qu’on appelle dans la langue usinée, froide et hypocrite des technocrates les immigrés. Youtre hier, racailles aujourd’hui, indésirables toujours. Hier le gouvernement de Vichy, aujourd’hui celui du vol organisé et de l’expulsion.

Hier ni Papon, ni Garat, ni quiconque dans ces administrations n’ont jamais voulu avouer savoir à quel destin funeste ils promettaient les juifs. Chacun croyait s’en sortir avec des " on ne savait pas ".

Hier la mort dans un camp de concentration, aujourd’hui la mort dans un camp de rétention, dans la rue ou dans un lit quand le c ?ur bat la chamade, l’angoisse, les tempes brûlent, le c ?ur s’use. Obéir est une chose, faire du zèle en est une autre. Hier Garat et Papon n’ont pas signé l’ordre de retour de la juive Irma Rensberg vers le camp de Mérignac, aujourd’hui les préfets seuls habilités à faire preuve de mansuétude, sinon du plus élémentaire respect à l’égard des règles internationales réputées hiérarchiquement supérieures et ici violées, à l’égard de la loi muette et immuable des droits humains signent l’acte par lequel ils rejoignent les fonctionnaires de Gironde, dans une idéologie qui n’est pas dissemblable, dans une infamie de plus à coup sûr car en l’espèce rien n’obligeait ni Papon, ni Garat, ni les préfets.

" Il n’est de pire oppression que celle qu’organise l’Etat ". (Condorcet)

mercredi 7 juin 2006.

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