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Medias - Le Canard Enchaîné - Le Canard Enchaine - Le Canard Enchainé La Mare aux Canards

Un proc’ et un préfet planquent 500 clandestins

 

Objectif : éviter que la découverte d'une armée de travailleurs sans papiers ne tourne à l'affaire d'Etat. Circonstance aggravante, le groupe qui les emploie a pour clients l'Elysée, Matignon, la Marine nationale, etc.

 

LE 12 janvier au matin, une escouade de policiers débarque dans une zone industrielle du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne). Leur cible : la Seni, une entreprise de nettoyage, soupçonnée d'employer des immigrés sans papiers. Bonne pioche ! Les flics de I'Utile (Unité de traitement des infractions à la législation sur les étrangers) saisissent des liasses de documents et découvrent, stupéfaits, que près de 500 salariés sont en situation irrégulière. Soit 20 % des effectifs de la société. Aussitôt, trois dirigeants sont placés en garde à vue.

Vu la gravité de l'affaire, sans doute le plus gros dossier du genre jamais enregistré, les enquêteurs sont persuadés que le parquet va ouvrir une information judiciaire, que les suspects seront déférés devant un juge d'instruction et placés, au minimum, sous un strict contrôle judiciaire.

 
Poulets dégoûtés
 

Mais, trente heures après le déclenchement de l'opération, le ciel tombe sur la tête des policiers: le procureur de Créteil, Jean-Jacques Bose, leur ordonne de libérer les dirigeants de la Seni. Il refuse de confier le dossier à un juge d'instruction et se contente d'une enquête préliminaire placée sous son seul contrôle. Le proc' remet à plus tard la décision d'engager d'éventuelles poursuites. Il annonce qu'il souhaite prendre son temps pour « approfondir »l'examen des documents saisis et des témoignages recueillis par les enquêteurs. Les flics de l'Utile l'ont mauvaise. «Ils ont bossé comme des fous, mais aujourd'hui ils sont dégoûtés », confesse un de leurs collègues.

Encouragés par les déclarations martiales du gouvernement appelant à réprimer sans faiblesse les employeurs de travailleurs clandestins, les poulets avaient mis les bouchées doubles. D'autant plus motivés que les patrons de la Seni font figure de récidivistes. En 2008 déjà, quelque 167 agents employés illégalement par cette société avaient réclamé leur régularisation à la préfecture du Val-de-Marne. Rebelote à l'automne dernier, quand 200 autres salariés sans papiers se sont mis en grève pour obtenir un titre de séjour.

Mais quelle mouche a piqué le procureur ? « Il applique la loi de l'emmerdement minimum, analyse un enquêteur un peu amer. Il a préféré désamorcer l'affaire pour ne pas gêner la préfecture, qui freine des quatre fers sur ce dossier. »Et l'un de ses confrères de renchérir : « Le préfet du Val-de-Marne sait depuis des mois que la Seni a embauché en masse des sans-papiers, et il n'a jamais bougé. »

Préfet et procureur savent que ce dossier est explosif. Pour deux raisons. La première est facile à deviner: si les dirigeants de la Seni sont en taule, ou interdits de gestion, c'est un risque de conflit majeur. Peut-être 2 000 salariés sur le carreau, dont 500 irréguliers, des banderoles, des manifs, des occupations. Bref, un cauchemar pour le préfet.

Le client du Château

La seconde est plus surprenante. La Seni, qui travaille surtout avec des offices HLM de la région parisienne, est une filiale du groupe Samsic, propriété de Christian Roulleau, un homme d'affaires breton classé 99° fortune de France par le magasine « Challenges ». Ce géant du secteur de la propreté emploie plus de 54 000 personnes, réalise 1,3 milliard de chiffre d'affaires et collectionne les contrats avec des clients prestigieux.

La maison mère et certaines de ses filiales assurent ainsi le nettoyage de l'Elysée et de l'hôtel Matignon. Elles donnent aussi un coup de chiffon au Sénat, au siège du ministère de la Défense, et surveillent la tour Eiffel. Le groupe se vante également, sur son site Internet, d'intervenir dans des « installations nucléaires de base, y compris sur sous-marins à propulsion nucléaire ». Enfin, il prend en charge l'entretien des locaux de la police de l'air et des frontières à Roissy, qui est justement chargée de traquer... les sans-papiers.

Un juge d'instruction un peu curieux aurait pu être tenté d'aller regarder de près le fonctionnement de ces filiales, d'inspecter le contrat des balais de l'Élysée et de fourrer son nez dans la gestion des sacs poubelle de Matignon. Heureusement, grâce au procureur Jean-Jacques Bosc, l'incendie judiciaire se trouve circonscrit à la seule Seni. Contacté par « Le Canard », le proc' roule aujourd'hui des. mécaniques. Il annonce son intention de boucler le dossier d'ici à la fin juin et de le renvoyer en correctionnelle avant la fin de l'année. Mais sans trop troubler le business de la Seni.

De son côté, un dirigeant de cette boîte se montre serein. Il plaide la bonne foi et prétend que les papiers de ses employés étaient falsifiés. Si le procureur est prêt a avaler ça...

Hervé Liffran

 


Le gouvernement sème la terreur

L'INERTIE du procureur de Créteil fait d'autant plus désordre que le président de la République et le gouvernement ne cessent de montrer leurs muscles face aux employeurs de clandestins. Peu de temps après son arrivée à l'Élysée Sarko avait écrit à une dizaine de ministres pour réclamer « des gains considérables d'efficacité » en ce domaine. Plus récemment, le 11, décembre 2009, le ministère de la Justice a envoyé une circulaire aux procureurs généraux pour leur demander d'engager des « poursuites systématiques » contre les entreprises fautives. On a vu le résultat : en 2008, moins de 500 dossiers mettant en cause ce genre d'employeurs ont été jugés en correctionnelle.

Mais, juré-craché, demain la répression sera féroce et sans pitié. Darcos et Besson ont ainsi annoncé, en novembre dernier, la sortie d'un projet de loi, «fin 2009 début 2010 », pour donner aux préfets le pouvoir de fermer les entreprises qui « emploient de manière répétée et importante des travailleurs sans titre ».

« Chiche ! », leur a répondu Gérard Filoche, inspecteur du Travail et responsable socialiste. Sur son blog, Filoche souligne que cette mesure signifierait la fermeture de milliers d'entreprises. Et mettrait au chômage des foules de salariés. Aujourd'hui, les ministres ont fait, à leur tour, le même calcul et ne semblent plus très pressés de durcir les textes : le cabinet du ministre du Travail, Xavier Darcos, avoue au « Canard » qu'aucune date n'est désormais fixée pour l'examen de la loi promise. Mais, pour les déclarations belliqueuses, c'est tous les jours, à toute heure.

 


Voir à ce sujet :

  •  RESF - logo cartouche et texte Communiqué Resf / SOLIDARITE, FINANCIERE AUSSI, AVEC LES TRAVAILLEURS SANS PAPIERS EN GREVE
    mardi 26 janvier 2010

mercredi 27 janvier 2010.

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