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Le préfet et les deux orphelines

 

 Le scénario stéréotypé de ce que doivent subir des milliers de jeunes étrangers qui atteignent leur majorité sur notre territoire, où ils ont passé une partie de leur enfance, est d'une sinistre banalité.

La défense de l'identité nationale n'est pas tenue d'avoir de l'imagination.

Pour leur dix-huitième anniversaire, ils reçoivent de la préfecture, avec plus ou moins de retard, un refus de régularisation de leur séjour parmi nous. Leur présence est devenue indésirable, et ils "ont vocation à" être reconduits dans leur pays d'origine, pour reprendre la formulation juridique un peu dévoyée dont se gargarisent, matin et soir, ministres et hauts fonctionnaires.

Parfois, selon l'imagination des ministres, préfets, ou de leurs sous-fifres, le scénario admet quelques variantes allant, non dans le sens d'une "fin heureuse" (happy end, en français usuel), mais plutôt dans celui d'un perfectionnement dans l'ignominie.

Ainsi, monsieur Patrick Stefanini, préfet du Puy-de-Dôme, préfet de la région Auvergne, a choisi récemment de broder, très librement mais avec beaucoup de créativité, sur le canevas bien élimé des Deux Orphelines.


Ce que vivent Salma et Salima Boulazhar est un très mauvais film, mis en scène par les services de monsieur Stefanini.

Salma et Salima sont deux sœurs jumelles, de nationalité marocaine, qui ont été élevées, au Maroc, par leur grand-mère. A la mort de celle-ci, comme elles ne pouvaient rien attendre de leurs propres parents, elles ont été accueillies par leur tante installée à Clermont-Ferrand selon la procédure de kafala (prise en charge légale, mais sans création de liens de filiation) en usage dans le droit marocain. Si j'en crois la notice de France-Diplomatie-point-gouv, leur tante n'aurait pu faire plus pour les deux fillettes :

Les lois des pays musulmans, interdisent l’adoption au sens français du terme. Le recueil légal de droit musulman dit "kafala" pour les pays du Maghreb ne peut être assimilé tout au plus qu’à une tutelle ou à une délégation d’autorité parentale qui cesse à la majorité de l’enfant. (...)

Dans ces conditions, le droit international privé français, respectueux des législations étrangères et soucieux d’éviter le prononcé en France de décisions conférant à des étrangers un statut non susceptible d’être reconnu dans leur pays d’origine, s’oppose à l’adoption en France d’enfants dont la loi nationale interdit l’adoption.

(On admirera le subtil "tout au plus"...)

De leur scolarité à Clermont-Ferrand (Collège La Charme, Collège Gérard Philippe, Lycée Camille Claudel, Lycée Marie Laurencin), on nous dit qu'elles étaient considérées comme des élèves sérieuses, courageuses et volontaires, et qu'elles avaient signé l'une et l'autre un contrat d'apprentissage qui se déroulait avec satisfaction.

A l'approche de leur majorité, elles avaient fait une demande de titre de séjour. La réponse négative de la préfecture leur est parvenue par courrier en date du 27 juillet 2009.

Depuis elles vivaient sous la menace d'une expulsion.

Maître Bertrand Chautard, l'avocat des jeunes filles, explique dans Le Monde :

"Nous avons contesté ce refus devant le tribunal administratif de Clermont-Ferrand, qui n'a toujours pas rendu sa décision"

"Depuis le 27 juillet, il ne s'est rien passé de particulier et je ne comprends pas ce soudain emballement qui a conduit à l'arrestation de Salima à son domicile. Ce ne sont pas des gamines qui troublent l'ordre public ! La préfecture aurait pu attendre la décision du tribunal administratif avant de demander leur arrestation. C'est certes légal, mais cette attitude ne respecte pas l'Etat de droit et fait peu de cas du contrôle exercé par le juge administratif."

En effet, le 19 janvier 2010, la police se présentait au domicile de la tante des deux jeunes filles, où elle pouvait arrêter Salima, et l'envoyer au centre de rétention administrative de Lyon. Salma, angoissée et dépressive depuis l'annonce du refus de régularisation, était hospitalisée à ce moment-là. Elle échappait à l'arrestation, mais depuis elle doit vivre cachée.

Honneur aux auvergnat(e)s, de quelque nationalité qu'ils/elles soient, qui la protègent...

Mais malgré "la forte mobilisation de ces derniers jours, l’intervention des élus auprès du Préfet, l’intervention de députés sur les bancs de l’assemblée, les interventions auprès des ministres," le préfet n'a pas fléchi: Salima a été expulsée vers Casablanca jeudi 4 février à 9H.

Honte aux préfets qui démolissent des vies...

Monsieur Patrick Stefanini, contacté par Le Monde le 2 ou 3 février, "a fait savoir qu'il ne souhaitait pas 's'exprimer pour le moment'".

Préfet de la région Auvergne depuis le mois de mai 2009, ce monsieur n'est pas un simple petit soldat de la honteuse politique des "gestion des flux migratoires" dont monsieur Besson, après monsieur Hortefeux, croit contrôler les vannes. Il peut en être tenu pour l'un des initiateurs.

Par pure charité chrétienne, il faut passer rapidement sur les vicissitudes en politique de cet énarque de 56 ans. On trouvera tout cela dans le portrait vinaigré que Carine Fouteau a livré dans Médiapart en janvier 2009.

Oublions même de dire que ce très proche d’Alain Juppé au sein du RPR a été cité avec lui, en janvier 2004, dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. D'abord condamné par le tribunal correctionnel de Nanterre à 12 mois de prison avec sursis pour recel de prise illégale d’intérêt, il a vu sa peine réduite à 10 mois par les juges de la cour d’appel de Versailles.

Anecdotes que tout cela...

En 2005, il est nommé Secrétaire général du comité interministériel de contrôle de l'immigration. A ce poste, il est chargé de repenser la politique de l'immigration, en liaison avec le ministre de l'Intérieur de l'époque, qui est, pour mémoire, monsieur Nicolas Sarkozy, et peut-être au profit du futur candidat de la majorité aux élections présidentielles, qui est, pour mémoire, monsieur Nicolas Sarkozy. On peut penser que cette situation éminente a fait de lui l'un des "inventeurs" du nouveau ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire (ou du co-développement).

Le 22 mai 2007, il est nommé conseiller auprès du ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du co-développement. Et le 4 janvier 2008, il est réintégré au Conseil d'Etat, mais détaché auprès du ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du co-développement en qualité de secrétaire général.

Le bout de chemin qu'il a dû faire à ce poste avec monsieur Besson en ministre a sans doute été assez difficultueux pour le faire décrocher...

Et pour lui éviter le dépaysement, et ne pas lui démolir la vie, on l'a envoyé à Clermont-Ferrand, sur les terres de monsieur Hortefeux.

On comprend quel crève-cœur aurait représenté, pour ce grand théoricien de l'abjecte machine à expulser qui a été mise en place sous son contrôle, le fait d'introduire le moindre grain de sable humanitaire dans cette parfaite mécanique.

L'article de La Montagne qui annonçait hier soir l'expulsion de Salima était coiffé d'un étonnant chapeau, que je n'ai vu repris nulle part (mais je n'ai pas tout consulté non plus) :

Sollicité par Brice Hortefeux, le Préfet a cependant promis un titre de séjour aux deux sœurs.

Et la fin de l'article précisait :

Brice Hortefeux a sollicité aujourd'hui le Préfet du Puy-de-Dôme pour trouver une issue. Patrick Stefanini a assuré que Salima avait été accueillie par le consulat* et qu'elle pourrait obtenir un titre de séjour d'ici une quinzaine de jours. Il a également appelé sa sœur à ne plus se cacher.

Ce soir, La Montagne n'a pas démenti...

Mais le compte-rendu fait par Les Dernières Nouvelles d'Alsace des propos du préfet, qui a peut-être enfin souhaité s'exprimer, me semble moins optimiste:

Le préfet d'Auvergne, Patrick Stefanini, a déclaré que la jeune fille, Salima Boulhazar, pourrait demander un titre de long séjour au Maroc afin de pouvoir revenir «rapidement». «La loi française doit être appliquée. Cette jeune fille doit être en possession d'un visa long séjour obtenu dans son pays d'origine pour être admise en France», a-t-il ajouté. En ce qui concerne Salma, sa sœur jumelle qui vit cachée, «je l'invite à sortir de la clandestinité puisqu'elle a vocation à suivre la même procédure», a indiqué M. Stefanini.

A lire cette "invitation à sortir de la clandestinité" adressée à Salma, je me dis que l'application de la loi peut s'accommoder de l'exercice de raffinements de cruauté mentale dignes des pires mélodrames du XIXème siècle.

 

* Cette allégation n'est pas confirmée par Rafael Maniez, membre de RESF.

 

PS: Quoi qu'il en soit, la mobilisation continue.

La pétition demandant la régularisation de la situation des deux sœurs est toujours en ligne. Je crois qu'on peut continuer à signer. (Et puis, qu'est-ce que ça vous coûte ? Vous aurez au moins affirmé que cela ne se fait pas en votre nom...)

Le RESF 63, le RUSF 63 et, sans doute, d'autres organisations appellent à un rassemblement samedi 6 février, à 14h, devant le préfecture de Clermont-Ferrand pour la régularisation de Salima et Salma et Youssouf et tous les autres…

vendredi 5 février 2010.

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