
Alain Bernard, son épouse Rosena et leur fils Florian attendent l'arrivée d'Isarack avec beaucoup d'impatience.
Isarack, 17 ans, habite en Haïti. Son père, un Aulnésien, se bat depuis trois ans pour le faire venir en France où l'enfant souhaite poursuivre ses études. En vain. Depuis le séisme du 12 janvier, la mère d'Isarack est portée disparue. Aujourd'hui toujours en attente d'un visa, l'adolescent erre dans les rues de Port-au-Prince d'un point de distribution de nourriture à l'autre. Jusqu'à quand ?
Alain Bernard ne sait plus trop comment faire face à une situation kafkaïenne. Il ne compte plus les coups de fil donnés, les lettres et courriels envoyés pour essayer de débloquer la situation. « C'est un vrai casse-tête, les différents services n'ont pas arrêté de se renvoyer la balle », résume M. Bernard.
Tout a commencé il y a trois ans quand le père a demandé la transcription de l'acte de naissance de son fils Isarack sur le registre français « En parfait accord avec sa mère », précise-t-il. Une confirmation de cette demande lui a été renvoyée assez rapidement, mais, depuis, rien ne va plus. En gros, étant Haïtien, Isarack doit demander un visa pour quitter le pays mais comme son père est Français et à cause de la transcription en cours, ce même visa lui serait refusé puisqu'il n'en a pas besoin !
Deux mois après la demande - on est en septembre 2007 - l'ambassade de France souhaite avoir quelques renseignements complémentaires sur l'enfant et sa mère. « J'ai répondu le 13 novembre et depuis cette date je n'ai eu aucune réponse malgré les relances par e-mail et courrier », affirme Alain Bernard. Un an et demi plus tard, il en est toujours au même point. « Mon fils s'est présenté à l'ambassade cinq fois pour une demande de visa (...) à chaque fois on lui a raconté une histoire différente ». À partir de décembre 2009 M. Bernard multiplie les démarches : le 23 il relance l'ambassade pour connaître l'avancement du dossier le 28 il écrit au ministre des Affaires étrangères pour expliquer la situation le 30 il envoie un énième e-mail « à tout le personnel de l'ambassade de France y compris l'ambassadeur, en leur rappelant que le refus de la demande de visas pour un enfant étranger de parent français est contradictoire à la réglementation... ».
Arrive le 12 janvier en Haïti, la terre tremble. « J'apprends que Port-au-Prince est ravagé, que mon fils est vivant, mais sa mère portée disparue ». Isarack se retrouve alors « livré à lui-même, sans toit, sans nourriture, sans argent ».
Aussitôt, Alain Bernard contacte l'ambassade et la cellule de crise « afin que mon fils soit évacué au même titre que les enfants adoptés ». Le 25 janvier, Isarack aurait été invité à se rendre à la Résidence de France avec ses affaires personnelles. « Il a passé trois jours à dormir sur place avant d'être reçu (...) Pour apprendre qu'il "ne pouvait pas voyager sans visa" et qu'il "n'avait pas les mêmes droits que les enfants adoptés" ».
Alain Bernard a décidé de chercher de l'aide à la CIMADE (*) ; il s'est rendu à l'antenne maubeugeoise où il a été reçu par des juristes qui ont promis de l'aider dans ses démarches. Affaire à suivre. •
RUFUS DE RIDDER
(*) Comité Inter-Mouvements Auprès Des Évacués.
Voir aussi :
P1424 - APPEL DE CAYENNE: Demande au Gouvernement Français pour la communauté haïtienne