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Youphil : Paroles de migrants

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Paroles de migrants

Rencontre, mi-janvier, avec des migrants afghans.

 
source : Youphil

Nous les rencontrons entre deux bosquets, sur une des dunes qui jouxte un terminal portuaire désaffecté. Il a neigé et il fait très froid. Ils vivent dans une petite cabane au milieu des branchages. Celui qui nous accueille est jeune, il sort tout juste de l'adolescence. Un de ses frères d'infortune est en train de se laver les cheveux avec de l'eau de récupération. Le vent est glacial.

Ils sont originaires d'Afghanistan; Kunduz et la région de Ghazni. Un troisième compagnon nous fait signe d'entrer dans ce qui leur sert d'abri, des palettes de bois couvertes de sacs plastiques et de cartons. Nous sommes tous assis les uns contre les autres, sur des parpaings. Un feu est entretenu avec des planches de récupération. On échange peu de paroles et de longs silences pendant qu'ils préparent du thé avec du sucre, qui réconforte nos corps transis de froid.

On comprend qu'ils attendent de pouvoir passer en Angleterre, un jour, d'une façon ou d'une autre. Même si "c'est de plus en plus difficile et dangereux", comme nous dit l'un d'eux. Si ses deux compagnons ne sont à Calais que depuis 15 jours environ, lui nous raconte, dans un anglais approximatif, qu'il a quitté son pays il y a plus d'un an "à cause des Taliban" et que le trajet vers l'Europe et Calais a été éprouvant. "Je suis ici depuis plusieurs mois maintenant", confie-t-il. Sa famille est restée "là-bas".

Une vie dans un sac plastique

Ils sont dignes malgré les circonstances, tentent de rester propres avec des habits donnés par les associations locales. Tout ce qui leur appartient tient dans un sac plastique de supermarché. Ils vivent ici la plupart du temps. A moins que les CRS ne les délogent.

"Je passe ma vie à courir. Les CRS nous harcèlent, viennent détruire les cabanons que nous reconstruisons. Il m'arrive d'être arrêté 3 ou 4 fois par jour et emmené à la PAF* avant d'être relâché, puis arrêté de nouveau juste à la sortie." "Ils nous épuisent", remarque le plus jeune.

Alors que nous lui demandons si ils parlent quelques mots de français, les visages se figent et la réponse est cinglante: "Pourquoi veux-tu que je parle français? Regarde comment nous vivons. Imagines-tu ce que je mange? Sais-tu comment les CRS nous traitent? Ils se croient tout permis. J'aimerais rester en France et avoir l'asile, mais on me le refuse. Tu trouves que c'est une vie? A quoi sert alors de parler le français..."

Ils nous expliquent aussi que la mairie de Calais a ouvert une salle, dans le cadre du plan grand froid, en raison des températures particulièrement basses. "C'est mieux que rien. Mais nous dormons à même le sol, sur des cartons. Il n'y a ni eau, ni sanitaire. L'hygiène y est déplorable et j'ai attrapé la gale. Nous ne savons pas combien de temps la salle restera ouverte la nuit (elle a été fermée puis réouverte, puis récemment fermée de nouveau)".

Quand nous les quittons, ils nous disent au revoir chaleureusement et nous donnent rendez-vous plus tard: "Nous nous verrons pendant la distribution de nourriture organisée par les bénévoles de Salam".

"Une zone de non-droit"

De retour en ville, nous croisons un bénévole de la première heure, mobilisé pour porter assistance à ces migrants "que les pouvoirs publics ne veulent plus voir". Il est en colère.

"Calais, c'est une zone de non droit! La situation ne peut pas être pire. En détruisant la Jungle il y a quelques mois, on a précarisé encore plus les migrants. Leurs conditions de vie se sont détériorées encore, alors que ce n'est déjà pas humain ce qu'on leur fait subir. Quand ils étaient regroupés, ils pouvaient au moins faire face à la pression des passeurs. Sans parler des conditions d'hygiène. Désormais, on les chasse. On les oblige à se déplacer sans cesse. A force de les courser et de les gazer, nombreux sont ceux qui se cassent un poignet, un bras, parfois une jambe. Sans parler de l'accès quasi impossible aux sanitaires ou à des douches. Nous, les associatifs, nous sommes épuisés et effrayés. Ce n'est pas digne de la France. Ce qu'on leur fait subir est inhumain. Je ne vous parle pas des mineurs et des familles ausi, car il n'y a pas que des hommes isolés ici". On sent l'écoeurement au bout des lèvres du bénévole. "Besson, il fait tout pour les rendre invisibles. Mais il ne règle rien avec sa politique répressive. J'ai honte".

* Désigne la police aux frontières

mardi 16 février 2010.

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