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La situation de François Destin, un Haïtien de 44 ans qui vit à Cergy, est ubuesque. Il est sans papiers, mais il n’est ni régularisable ni expulsable. « C’est un vrai casse-tête, souffle-t-il. Je ne sais pas comment gérer. Je n’ai pas de papiers, je ne peux pas être renvoyé, mais je ne suis pas reconnu pour autant. Alors, que faire en attendant ? » interroge François, qui, du coup, ne peut pas non plus travailler pour gagner sa vie.
Il y a deux semaines, alors qu’il rentre chez son cousin qui l’héberge, François se fait arrêter par deux policiers en gare d’Argenteuil. « C’était un simple contrôle de papiers, sauf que je suis en situation irrégulière. J’ai expliqué aux policiers que j’étais haïtien, mais ils m’ont quand même emmené au poste. Je suis resté vingt-quatre heures en garde à vue, puis les policiers m’ont relâché », détaille le quadragénaire.
A la suite du tremblement de terre en Haïti en effet, le ministre de l’Immigration, Eric Besson, a suspendu les procédures de reconduite vers Haïti, dans une note du 13 janvier dernier adressée à ses services.
Arrivé en France en 2005, François est sous le coup d’un arrêté de reconduite à la frontière depuis deux ans. « J’ai fait plusieurs demandes pour être réfugié politique, mais elles ont été refusées. Aujourd’hui, j’aimerais au moins pouvoir travailler. Je peux vivre uniquement grâce à l’aide de mon cousin. Au quotidien, ce n’est pas facile. » A long terme, le quadragénaire espère que sa femme et ses sept enfants restés en Haïti pourront le rejoindre dans le cadre d’un regroupement familial. « Mais avec le tremblement de terre, j’ai l’impression que tout est bloqué. Une fois que ça ira mieux en Haïti, qu’est-ce qu’on va devenir ? »
« Ils n’ont effectivement aucun recours juridique, regrette Roger Sala, directeur de l’association le Souffle, basée à Argenteuil. Le militant a ainsi répertorié une centaine d’Haïtiens confrontés au même vide juridique que François Destin, rien que dans le Val-d’Oise. « Nous avons déposé 101 dossiers auprès de la préfecture du département pour examen de situation ou demande de regroupement familial », détaille-t-il. Pour Jean-Pierre Alaux, chargé d’étude au Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigrés), « ce n’est pas un vide juridique ». « C’est comme pour les Afghans, on va arrêter des Haïtiens en situation irrégulière, parfois les mettre en centre de rétention et à la fin on ne va pas les reconduire, observe-t-il. On ne va pas non plus les autoriser à travailler, ils restent dans la clandestinité et ne seront jamais régularisés. Dès que le gouvernement français estimera que cela va mieux en Haïti, les procédures de reconduite à la frontière reprendront. » La préfecture ne s’est pas exprimée à ce sujet.

ARGENTEUIL, LE 25 FÉVRIER. Si François Destin, sans-papiers haïtien de 44 ans, n’a aucun droit en France, une directive interdit de le reconduire dans son pays.
(LP/M.G.)
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