
La dernière fois que Diane a vu sa petite, c’était une matinée de septembre 2005. L’enfant de 3 ans est partie à l’école. Peu après, la maman a été arrêtée par la police. Son mari, militaire et opposant politique, avait disparu, le mois précédent, pour ne jamais réapparaître.
Arrêtée et torturée
Craignant un sort similaire, les voisins de Diane sont allés recueillir sa fille à la sortie de la classe. Puis ils l’ont cachée. Depuis quatre ans, elle vit dans la clandestinité. Elle ne va plus à l’école.
Diane a été interrogée, torturée, pendant plusieurs jours, jusqu’à ce qu’un ami de son époux la fasse évader. Dans sa fuite, qui l’a conduite jusqu’à Clermont-Ferrand où elle vit aujourd’hui, elle n’a pas pu récupérer sa fille.
En février 2008, Diane a obtenu le statut de réfugié politique. Soutenue par la Cimade, elle a pu enfin engager une procédure de regroupement familial. En mars 2009, elle reçoit l’autorisation officielle de faire venir son enfant.
« J’ai contacté l’ambassade de France pour organiser sa venue », raconte Diane. « Le problème, c’est que je n’avais pas de certificat de naissance, ni de passeport pour elle. Et les membres de la famille qui l’a recueillie ne pouvaient pas faire les démarches sans risquer leurs vies ».
Il a fallu que la délégation consulaire française garantisse la sécurité des voisins pour faire avancer le dossier. Les documents ont finalement été obtenus en sous-main auprès de l’administration locale. Vrais ? Faux ? Rien n’est sûr, sauf qu’il a fallu débourser 350 euros pour obtenir ces papiers. L’ambassade les a récupérés et a délivré un visa pour l’enfant.
Générosité publique
« Ils m’ont dit qu’ils n’attendaient plus que le billet d’avion pour la faire partir », poursuit Diane. Seulement, avec uniquement des allocations sociales pour revenus, elle ne peut pas fournir les 850 euros nécessaires pour le voyage.
Elle se tourne alors vers l’Ofii. « Dans des cas similaires, ils prennent en charge tout ou partie du billet d’avion », explique une militante de la Cimade.
Mais Diane essuie un refus auprès du guichet de l’Ofii à Clermont-Ferrand. Désemparée, elle n’a plus de recours. Loin de sa fille, demeurée dans le pays où sa famille a connu tant de malheurs, elle se sent abandonnée. Après cette somme d’efforts, de prise de risque, une mère et sa fille se retrouvent séparées par un aléa administratif, une ligne de budget éteinte.
La Cimade se pose, aujourd’hui, la question de « recourir à la générosité publique » pour rendre enfin le sourire à Diane et sauver son enfant d’une vie de peur et de misère.
Le budget alloué par l'UE est tari
Nathalie Kouyaté, directrice de la communication de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), confirme l’existence d’aides financières pour le regroupement familial de réfugiés politiques. « Nous pouvions les octroyer à quelques personnes pour payer les billets d’avion », indique-t-elle. « Ce n’était pas systématique. Il y avait un examen au cas par cas ». Toutefois, depuis mai 2009, « c’est terminé ». Les fonds européens alloués à ce budget ont été dépensés. « On ne peut plus rien faire, il n’y a plus d’argent », décrit Nathalie Kouyaté. Ce qui fait bondir la Cimade : « Le gouvernement français, qui devrait tenir ses engagements en terme d’asile, ne le fait pas. C’est vraiment regrettable ».