
Une famille algérienne, d'origine kabyle, qui demande le droit d'asile à la France. Une requête rejetée par l'Etat. Et au final, un couple, avec trois enfants dont deux nés en France, qui se retrouve sans papiers, ni existence légale. Une histoire fatalement banale qui conduit généralement aux chemins de l'exclusion.
Seulement voilà, pour les Mebtouche et leur fille Mélissa, devenue, à 9 ans, le symbole de leur volonté de rester en France, la mobilisation dépasse le cadre des habituels militants de la défense des droits de l'homme.
« On se sent entourés, soutenus. On n'est pas seuls », assure Djedjiga Mebtouche, émue hier de voir les dizaines de personnes rassemblées devant les grilles de la préfecture où se déroule la manifestation organisée afin d'alerter les pouvoirs publics sur sa situation précaire.
Une mobilisation qui plante ses racines aux pieds des bancs de l'école Bachelet où de nombreux parents d'élèves se sont élevés contre ce qu'ils considèrent comme une injustice : « On ne lâchera pas », assure Marie Thévenet, élue au conseil d'école, consciente de l'impact que cette histoire a sur l'ensemble des jeunes écoliers dont certains se demandent pourquoi leur camarade de CM1 n'a plus sa place parmi eux. « C'est aussi l'occasion de montrer à nos enfants que lorsqu'on s'engage dans un combat, dans une relation humaine, il ne faut pas s'arrêter aux premières difficultés et aller au bout de ses convictions. »
Des convictions qui ont poussé ces citoyens comme les autres à arpenter deux dimanches de suite le marché Saint-Marc, distribuant des tracts et faisant signer une pétition demandant la régularisation de la famille Mebtouche. Sans évidemment aucune garantie puisqu'aujourd'hui les deux parents sont sous le coup d'une obligation de quitter le territoire et que leur sort ne tient qu'à la volonté des services de l'Etat de faire appliquer cette décision.
« On vit dans la peur, sans pouvoir faire de projet », constate Ahmed, le père qui, en Algérie, était à la fois persécuté pour ses origines kabyles et racketté dans son activité de chef d'entreprise du bâtiment. « Aujourd'hui, quand on voit Mélissa, la façon dont elle s'est intégrée, on se dit que c'est du gâchis. Elle ne parle même pas arabe et on veut la renvoyer dans un pays qui n'est plus le sien. »
Alors, il espère, tout comme sa femme, que l'énergie déployée par tous ces Rouennais, ces parents qui leur ont fait sentir qu'ils étaient ici chez eux, contribuera à leur offrir ces indispensables « papiers » sans lesquels ils n'existent plus vraiment.
laurent derouet
Voir aussi: VIDEO/ Mobilisation contre l'expulsion d'une écolière rouennaise sans papiers
