accueil RESF
DON au RESF

L'Humanité : Un caillou dans la machine à expulser

Accueil > ACTUS générales > Dans les médias d’ici ...
Medias - L

Un caillou dans la machine à expulser

Malgré l’acharnement de l’administration qui voulait l’expulser à tout prix, Guilherme Hauka Azanga, père de famille lyonnais de quarante-cinq ans, est libre depuis jeudi soir. Récit d’une bataille longue, douloureuse mais victorieuse.

 
source : L’Humanité

par Marie Barbier

La lumière des réverbères éclaire faiblement un homme seul sur le trottoir. En costume sombre, il tire derrière lui une lourde valise blanche. Au bout de la rue, des cris et des applaudissements éclatent. Jeudi, quelques minutes avant minuit, Guilherme Hauka Azanga ressort libre du centre de rétention administrative (CRA) de Bobigny. Comme une dernière humiliation, les agents de la police aux frontières le libèrent par la porte de derrière, quand sa famille et ses soutiens l’attendent devant l’entrée principale. Épilogue éloquent de plusieurs mois d’acharnement administratif contre un homme qui a résisté à quatre tentatives d’expulsion, purgé deux mois de prison et dont le seul crime, rappelle ses soutiens, est « de vouloir vivre en France avec sa famille ».

les derniers rebondissements

Quelques heures plus tôt, le préfet du Rhône avait diffusé un communiqué de presse succinct indiquant que, dans « l’impossibilité matérielle de faire procéder à la reconduite à la frontière de monsieur Hauka Azanga à destination de son pays, l’Angola », il décidait de mettre fin à sa rétention. À peine libéré, ce dernier, visiblement ému, raconte les derniers rebondissements de son aventure  : « À 16 heures (jeudi – NDLR), j’ai été transféré du centre de rétention vers le Bourget et mis dans un jet privé. Après quarante minutes de vol, le pilote m’a dit qu’on faisait demi-tour, qu’il n’avait pas accès à l’espace aérien du Portugal. » Prête à tout pour l’expulser, l’administration comptait transférer Guilherme à Lisbonne, d’où un vol décollait dans la soirée pour Luanda.

Cette ultime tentative est la quatrième depuis janvier. Moins de vingt-quatre heures plus tôt, Guilherme est transféré de Lyon à Paris par avion gouvernemental – plusieurs témoins affirment avoir vu la cocarde ministérielle sur la carlingue de l’appareil. L’aéroport de Bron, près de Lyon, est le théâtre d’un étonnant déploiement de forces  : « Des hélicoptères survolaient la zone et une trentaine de CRS attendaient Guilherme, témoigne Bertrand Gaudillère, photographe et membre du comité de soutien. Assistait-on à l’évacuation de quelqu’un de dangereux  ? Non, juste à l’expulsion d’un sans-papiers. »

Arrivé à Paris, Guilherme Hauka Azanga est transféré à l’aéroport de Roissy, où une place lui est réservée sur le vol Air France de 22 h 05. Ce n’est que le lendemain que Guilherme a pu raconter à son avocate, Dominique Noguères, la violence de cette tentative d’expulsion  : « Il était ligoté comme un saucisson, ne pouvant ni s’asseoir, ni se tenir debout, raconte-t-elle. Sur la bouche, on lui a mis une sorte de “muselière”, un bâillon avec des trous pour respirer. Le commandant de bord a refusé de décoller. » Débarqué, Guilherme sera de nouveau présenté dans cet avion une heure plus tard. « L’appareil allait décoller, le commandant de bord a refusé de rouvrir les portes », poursuit Dominique Noguères qui conclut  : « Même le plus grand des truands ne mérite pas d’être ainsi maltraité. »

En quatre mois, cet homme de quarante-cinq ans a donc échappé à quatre tentatives d’expulsion, faisant preuve d’une capacité de résistance impressionnante. En janvier dernier, pour avoir refusé un premier retour forcé, Guilherme est condamné à deux mois de prison. À sa libération, le 18 mars, il est emmené directement à l’aéroport. Pour échapper à l’expulsion, il s’enduit de matière fécale. Les policiers l’enveloppent d’une couverture avant de le sangler, mais à Francfort, le pilote refuse de décoller avec un homme entravé à bord. Ramené en France, Guilherme est de nouveau placé en rétention avant d’être libéré par un juge des libertés.

Cinq jours plus tard, le 25 mars, à 8 h 30, alors que Guilherme vient de déposer ses plus jeunes enfants à la maternelle, les policiers débarquent à son domicile et n’hésitent pas à pointer leurs armes sur lui, devant la fille de sa compagne, Exaucée, dix ans. La violence de cette interpellation marque un tournant dans la mobilisation en faveur de Guilherme. Quelques jours plus tard, les parents d’élèves décident l’occupation nocturne de l’école Gilbert-Dru, où sont scolarisés ses enfants. Depuis le 30 mars, ils sont une cinquantaine à se relayer tous les soirs dans l’établissement. Parallèlement un blog est créé où photographes, auteurs et illustrateurs jeunesse multiplient les initiatives originales (1). « La violence déployée lors de l’arrestation a touché largement, raconte Bertrand Gaudillère. L’école se situe dans l’un des derniers quartiers populaires de Lyon. Les parents, néophytes, ont tiré toutes les ficelles pour obtenir des réponses, avec une volonté et une conviction considérables. » D’aucuns y verront un hommage à Gilbert Dru, symbole de la résistance lyonnaise…

Mais la mobilisation qui ne cesse d’enfler fait face à une opiniâtreté des services de l’État qui dépasse l’entendement. Comment expliquer un tel acharnement à expulser ce père de famille  ? Jeudi après-midi, alors que Guilherme était en route vers le Bourget, associatifs, personnalités et politiques avaient organisé une conférence de presse. Il était 17 heures, les aiguilles de l’horloge tournaient, rapprochant Guilherme de l’heure fatidique de l’expulsion. Tout semblait avoir été fait, les mines étaient déconfites et sa compagne, Florence, en pleurs. « On a le sentiment d’assister à une perte de contrôle, soupirait Richard Moyon du Réseau éducation sans frontières (RESF). Une course folle qui aboutit à de véritables monstruosités. » Pablo Krasnopolsky, de la CGT, y voyait une « volonté de briser le mouvement des sans-papiers avec une même attitude violente que contre les piquets de grève des travailleurs » et une « revanche contre le retour de Najlae », cette étudiante marocaine expulsée en février, puis autorisée à revenir. Guilherme n’aura pas besoin d’aller jusque-là. Mais la lutte est loin d’être finie. Jeudi soir, la préfecture du Rhône précisait qu’il était toujours « tenu d’exécuter de lui-même une OQTF (obligation de quitter le territoire français – NDLR), ce qui veut dire qu’il est reconductible à tout moment ». Son comité de soutien réclame sa régularisation immédiate. Pour que le cauchemar cesse, enfin.

(1) http://hauka-hazanga.tumblr.com. Aujourd’hui à 16 heures, la mairie de Lyon organise le parrainage républicain des enfants 
de Guilherme et Florence, 
en présence des députés 
Jean-Louis Touraine et Pierre-Alain Muet, futurs parrains.

dimanche 11 avril 2010.

Faire connaître cet article
FAIRE UNE RECHERCHE sur les mots-clefs associés à cet article :
cliquer sur le mot-clef pour retrouver les articles ayant le même mot-clef
À L'AGENDA de ACTUS générales / Dans les médias d'ici
Derniers articles parus :
FIL RSS   liste actusWWW
Liens :
Tous les liens utiles
SPIP | squelette | Se connecter | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0