
« Ce qui différencie le cas de Guilherme de beaucoup d’autres – même si on a d’autres histoires très difficiles en mémoire –, c’est l’acharnement. Jusqu’au bout, tout a été mis en œuvre pour l’expulser. Son refus très clair d’embarquer a semblé agacer et a conduit à chaque fois à changer de moyens, y compris, comme l’a raconté son avocate, en ayant recours à des moyens illégaux, comme le bâillonner. On finit par le mettre dans un avion au Bourget alors qu’on aurait pu imaginer que la préfecture et la police estiment préférable de le présenter à un juge des libertés. Il y a une volonté d’expulser cet homme en particulier. Or, régulièrement, on a droit à des discours de Nicolas Sarkozy ou d’Éric Besson qui nous disent que, quand on doit expulser des sans-papiers, on le fait parce qu’on doit le faire mais en toute humanité, en examinant la situation. Guilherme est chargé de famille, sa femme est malade et son état de santé peut se détériorer. Cela signifie qu’on envisage plus tard que ses enfants soient pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance.
Quel est le message qu’on cherche à envoyer ? J’ai eu l’impression qu’il s’est agi de montrer que l’État est ferme, et qu’il va jusqu’au bout. Sur la question des sans-papiers, il est sourd parce que de plus en plus de personnes contestent la politique menée en matière d’immigration. La mobilisation autour de Guilherme montre aussi que ça continue, alors qu’on aurait pu penser que tout le monde allait relâcher les efforts. En réalité, de plus en plus de personnes sont dans ce combat. L’entêtement de l’État est à la hauteur de la contestation en face. Pourquoi est-ce qu’on inflige autant de souffrances à cet homme, ça m’interroge grandement. »