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Les Roms vont-ils déserter Dijon ?

Etat des lieux avec la vice-présidente d’ADISAR
 
source : DijonScope

par Hanaë Grimal

Décidément, les déclarations d'intention en faveur de l'insertion des Roms sont tout aussi multiples que non tenues. A l'occasion de la Journée internationale des Roms, jeudi 08 avril 2010, un sommet européen leur était consacré à Cordoue en Espagne mais aucune grande décision politique ne pourra en être retenue. Pourtant, un rapport de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, publié la veille, dénonçait "l'aggravation d'une tendance à l'anti-tsiganisme de la pire espèce". A Dijon comme ailleurs, la communauté Rom n'est guère la bienvenue... Le point sur leur situation avec l'association ADISAR, créée fin février 2010, qui leur vient en aide.

Roms sous pression

Voilà des mois que l'ancienne caserne située rue des Creusots à Dijon est squattée par des familles Roms. L'affaire ayant été portée devant le tribunal d'instance de Dijon par le propriétaire des lieux, l'Établissement public d'insertion de la Défense (l'EPIDE), le juge rendait son ordonnance le 11 décembre 2009 : un délai de quatre mois était alors accordé aux squatteurs. Autrement dit, il ne reste guère de temps avant leur expulsion, qui devrait avoir lieu autour du 24 avril 2010, sauf surprise de la préfecture... Sur la cinquantaine de personnes qui logeaient dans le squat, ils ne sont aujourd'hui plus qu'une trentaine, dont vingt-deux enfants.

"Les autres sont d'ores et déjà partis : ils sont rentrés en Roumanie où ont pris le large vers une nouvelle ville en France. Sur les huit familles qui restent actuellement, trois sont en instance de quitter les lieux pour rentrer au pays par avion, sur proposition de l'Office français de l'immigration et de l'intégration", avance Chantal Godefroy, vice-présidente de l'Association DIjonnaise de Soutien Aux Roms (ADISAR - *1), qui regroupe une vingtaine de personnes œuvrant déjà dans le Collectif dijonnais de soutien aux Roms (*2).

Ainsi, les pressions des autorités policières et judiciaires auront eu raison de leur volonté à rester dans la capitale des Ducs. "Depuis deux mois maintenant, ils me racontent que la police vient chaque semaine contrôler leur identité ; s'ils mendient dans la rue, ils ont une amende et s'ils traversent en dehors des passages cloutés, ils en ont également une. Bref, c'est du harcèlement !", souligne Chantal Godefroy.

Européens oui mais pas comme les autres...

Un harcèlement bien loin des préconisations du rapport de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (*3) : "Tous les États membres – sans exception, ont l'obligation morale et légale de faire des efforts concrets et soutenus pour améliorer la situation des Roms et veiller à ce que leurs droits fondamentaux soient pleinement respectés". Mais l'exemple dijonnais n'est pas une exception en Europe, au contraire. Des violences racistes, dont plusieurs mortelles, ont en effet eu lieu ces derniers mois chez nos voisins européens et notamment en Hongrie (Voir le lien sur LaCroix.com ci-dessous).

En comparaison, la capitale bourguignonne passerait presque pour "ouverte" à l'accueil de la communauté... "Ils trouvent les Français généreux, indique Chantal Godefroy. Et ils en sont très reconnaissants : en ce qui nous concerne, ils nous reçoivent presque toujours en nous proposant une boisson et quelque chose à manger. C'est une manière de nous remercier pour ce que nous faisons. En revanche, ce qui est très dur à entendre, c'est quand les badauds les traitent de fainéants qui ne veulent pas travailler. C'est faux ! Ils n'ont pas le droit de travailler en France parce qu'il existe un statut particulier pour les nouveaux européens (ndlr : Roumanie, Bulgarie) et c'est pour cela qu'ils mendient. Mais c'est une très grande souffrance pour eux...".

"Tout est ainsi, dur"

Dans les quelques familles qui souhaitent rester à Dijon, une majorité cherche sincèrement à s'intégrer : elles apprennent le Français et gardent l'espoir d'avoir des papiers pour enfin pouvoir travailler. "Ce sont des gens qui avait un métier dans leur pays et qui ont des diplômes pour certains : ce sont loin d'être des illettrés". De plus, l'association les aide à scolariser leurs enfants même si leur situation ne le permet pas toujours. "Ils nous disent que c'est loin, qu'il pleut... C'est vrai qu'un jour, une fillette était revenue de l'école trempée et avait attrapé une bronchite : elle n'avait rien pour se sécher. Tout est ainsi, dur", souligne la vice-présidente d'ADISAR.

Distribution de boules Quiès en mairie...

En créant l'association, ses membres souhaitaient s'assurer ainsi une meilleure écoute auprès des institutions. "Cet après-midi, j'ai rendez-vous à la préfecture pour exposer un problème que nous avons. Une famille devait repartir par avion demain (ndlr : mardi 13 avril) mais leur petite de 13 mois est tombée malade et est hospitalisée, explique Chantal Godefroy. Les parents veulent tellement partir qu'ils étaient prêts à signer une décharge pour l'emmener. Mais son état est trop grave. Leur départ est donc repoussé à dans un mois et demi au minimum, si l'enfant sort de l'hôpital entre temps. Problème : l'expulsion du squat aura lieu d'ici quinze jours et ils sont très inquiets de savoir où ils vont dormir jusqu'à leur départ. Ils ont deux autres enfants dont ils doivent prendre soin. Pour le moment, seule la rue se profile pour eux"...

Le rendez-vous à la préfecture a été demandé par Catherine Hervieu, conseillère municipale de Dijon affiliée aux Verts, au nom de l'ensemble du Collectif. Si l'institution a reçu et écouté la délégation sans pour autant accéder pour le moment à leur demande de relogement, la mairie de Dijon ferait la sourde oreille en ne répondant à aucun courrier du Collectif... Il faut dire que la question Rom ne semble vraiment pas intéresser les politiques. Au sommet européen de Cordoue, le chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, s'est décommandé ; les ministres de la plupart des pays européens l'ont boudé et la Déclaration de Cordoue ne contient aucun engagement concret. Douze millions de Roms vivent pourtant actuellement dans les pays du conseil de l'Europe...

(*1) Les objectif d'Adisar : "Contribuer à l'action de soutien aux Roms dans tous les domaines en agissant avec eux pour le respect des conventions des droits de l'enfant et des droits de l'Homme dont la convention européenne. Elle a également pour but de faire connaître le peuple rom, en contribuant à modifier positivement son image." La cotisation très faible, d'un euro, permet aux Roms d'y adhérer s'ils le souhaitent. En plus de les accompagner dans leurs démarches administratives, l'association leur vient en aide sur plusieurs plans : la santé - visite médicale et vaccination des moins de 5 ans, visite hebdomadaire d'un médecin bénévole au squat ; l'alimentation - deux fois par semaine, une boulangerie offre du pain et les membres de l'association payent des pommes de terre, des bouteilles de gaz pour cuisiner et du pétrole pour se chauffer...

(*2) Associations membres du Collectif dijonnais de soutien aux Roms : CIMADE, Ligue des droits de l'homme, Réseau Éducation sans frontière, Fédération syndicale unitaire, ATTAC, Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples, LICRA, Association Dijonnaise pour l'Action Humanitaire, Man21 (Mouvement pour une alternative non-violente), ADISAR, Clubs Unesco, Caisse de solidarité dijonnaise, Les Verts, le Parti de Gauche.

(*3) Des Roms victimes de discrimination se sont tournés vers la Cour européenne des droits de l'homme du Conseil de l'Europe, invoquant essentiellement l'article 14 de la Convention européenne des droits de l'homme, qui interdit toute discrimination à l’égard des autres droits et libertés protégés par la Convention. A cet effet, l’acte le plus significatif des efforts européens, visant l’inclusion sociale des Roms, est sans doute l’engagement de procédures judiciaires contre 24 États membres, coupables de ne pas avoir appliqué la législation européenne concernant toute discrimination liée à la race (source : assembly.coe.int).

 

mardi 13 avril 2010.

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