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Courrier envoyé à Monsieur le Président de la République, le 20 avril 2010

Pour l’informer sur la situation de monsieur Guilherme HAUKA-AZANGA
 

Guilherme Hauka que l’Etat a échoué à quatre reprises à expulser est toujours menacé de l’être. Plus même, la police a placé sous surveillance les parents d’élèves de l’école de ses enfants qui lui avaient manifesté leur solidarité.

Voici le courrier signé de la FCPE, de la LDH, du RESF et des syndicats enseignants FSU, FERC-CGT, SGEN-CFDT, SUD-Education, CGT Educ’action protestant contre cette dernière absurdité venant après la mobilisation de moyens exorbitants pour échouer à expulser un père de famille.

 
 
c L.D.H. F.C.P.E. R.E.S.F.                                                      Le 20 avril 2010
FERC-CGT FSU SGEN-CFDT
CGT Educ’action Sud-Education
 
                                                       Monsieur le président de la République
                                                      Palais de l’Elysée
                                                      55 faubourg Saint-Honoré
                                                      75008 Paris
 
Situation de M. Guilherme HAUKA-AZANGA
 
Monsieur le président de la République
 
Nous nous permettons d’attirer votre attention sur la situation de M. Guilherme Hauka-Azanga, ressortissant angolais vivant à Lyon. Elle ne vous est pas tout-à-fait inconnue puisqu’il nous a été dit à l’occasion d’une communication téléphonique avec l’Elysée, le 8 avril vers 23h30, que vous en étiez informé.
 
Nous vous prions de bien vouloir trouver ci-dessous des éléments d’information décrivant les faits :
 
- Une note résumant la biographie aux épisodes parfois dramatiques de Guilherme Hauka-Azanga (persécutions en Angola, assassinat de sa femme, disparition de deux enfants, dispersion des autres, fuite en France).
 
- Une chronologie de ce qu’a enduré Guilherme Hauka-Azanga depuis le 19 janvier 2010, date de sa première interpellation pour séjour irrégulier.
 
- Le témoignage de l’avocate, Maître Dominique Noguères, qui l’a rencontré avant sa dernière tentative d’expulsion.
 
- Un extrait d’un message d’une mère d’élève de l’école Gilbert Dru dénonçant la surveillance policière dont elle est l’objet.
 
Depuis le 19 janvier, Guilherme Hauka-Azanga a été interpellé deux fois à domicile, menacé d’un revolver puis menotté sous les yeux d’un enfant présent. Il a été enfermé 31 jours en centre de rétention et emprisonné deux mois pour refus d’embarquer. Il a subi quatre tentatives d’expulsion au cours desquelles il a été ligoté des pieds à la tête. Pour s’opposer à l’une d’elle, il s’était enduit d’excréments. Les fonctionnaires de police l’ont enveloppé d’une couverture et monté dans l’avion. Où sommes-nous pour que des policiers doivent appliquer de tels ordres ? Deux avions spéciaux ont été mobilisés pour tenter, vainement, de l’expulser. Un premier appareil lui a fait parcourir le trajet Lyon-Le Bourget, un second a échoué à le conduire au Portugal. Des dizaines de policiers ont été mobilisés à chacune des étapes de ce périple. Au total, des centaines d’heures de travail de policiers, plusieurs dizaines de véhicules, un hélicoptère, deux avions… Une débauche de moyens pour tenter de séparer un père de ses enfants, un homme de sa compagne. Nous tenons à rendre hommage à son courage tout comme nous tenons à saluer les parents d’élèves, les enseignants, les habitants du quartier et toutes celles et ceux qui se sont mobilisés à Lyon et ailleurs pour empêcher que se produise l’inacceptable.
 
Certaines des organisations que nous représentons rassemblent des enseignants et des parents. Que dire à nos enfants et à nos élèves de tels faits ? Comment justifier un tel déploiement de force et un tel acharnement pour démembrer une famille ? Au nom de quelles valeurs ? Comment, en un mot, concilier les valeurs d’équité, de générosité et d’altruisme sur lesquelles doivent se fonder l’éducation et une telle débauche de brutalité ?
 
Nous nous étonnons d’autre part, Monsieur le président de la République, de l’usage qui continue d’être fait des forces de police. Des parents d’élèves de l’école Gilbert Dru sont surveillés ces derniers jours de façon ostensible par des policiers en civil. Devons-nous considérer cela comme de vaines démonstrations d’intimidation de parents d’élèves ?
 
Au-delà de la situation personnelle de Guilherme Hauka-Azanga, de sa compagne et de leurs enfants, cette affaire soulève des interrogations sur les missions confiées à l’administration et à la police en matière d’immigration, sur la violence des méthodes et la disproportion des moyens déployés. Nous nous refusons à croire, Monsieur le président, que le chef de l’Etat, cautionnerait de telles pratiques. Guilherme Hauka-Azanga a fourni au travers de ces épreuves des marques éclatantes de son attachement à la France et de son désir d’y poursuivre sa vie en famille. Nous demandons qu’il bénéficie d’un titre de séjour lui permettant de travailler légalement.
 
Nous vous prions, Monsieur le président de la République, d’agréer l’expression de nos salutations respectueuses.
 

  Jean-Pierre Dubois
Président de la LDH
Jean-Jacques Hazam
Président de la FCPE
Catherine Tourier
Richard Moyon
RESF
Richard Béraud
Secrétaire général
FERC-CGT
Bernadette Groison
Secrétaire générale
FSU
Bernadette Peignat
Secrétaire nationale
SGEN-CFDT
Patrick Désiré
Co-secrétaire général
CGT Educ'action
Jean Burner
co-secrétaire fédéral
Sud Education

Réseau Education sans frontières, 8 impasse Crozatier 75012 Paris - educsansfrontieres@free.fr

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Au bout de quatre tentatives, la préfecture du Rhône a renoncé à expulser

l’Angolais Guilherme Hauka-Azanga. Chronologie des événements.

18 janvier 2010  : Guilherme Hauka-Azanga est arrêté par la police et placé au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry en raison de sa situation irrégulière. Une semaine plus tard, les parents d'élèves apprennent son arrestation et commencent à se mobiliser.

31 janvier : Guilherme refuse de monter dans l'avion qui l'emmène vers l'Angola. Il passe en comparution immédiate au Tribunal de Grande Instance de Lyon et est condamnée à deux mois de prison ferme.

14 mars : Les parents d'élèves de l'école Gilbert Dru lancent un site internet de soutien.

18 mars : Guilherme est extrait de la prison de Corbas et est conduit à l'aéroport de Francfort. Le pilote refuse de partir avec un passager totalement sous contrainte. Guilherme est rapatrié au centre de rétention de Lyon le soir même. Une nouvelle demande d'asile est faite en rétention. Parallèlement, un comité de soutien s'organise, composé de parents d'élèves et de membres de RESF. Toute la semaine, ils manifestent devant la préfecture.

20 mars  : Le juge des libertés décide de sa libération. La préfecture fait appel.

23 mars : Le jugement est rendu par la Cour d'Appel de Lyon et donne raison à la préfecture. Guilherme n'est tenu au courant ni de l'audience, ni de cette décision.

25 mars : Après avoir conduit ses enfants à l'école, Guilherme est arrêté chez lui sous les yeux de sa femme et d’une copine de sa fille âgée de 10 ans. Porte enfoncée, arme de service dégainée, l’arrestation est brutale. Les parents d'élèves tentent de s'interposer. En vain. Guilherme est emmené dans les locaux de la Police aux Frontières puis au Centre de rétention de Saint-Exupéry. Les actions se multiplient du côté des parents d'élèves.

31 mars : Dans un communiqué, le préfecture du Rhône réaffirme l'expulsion de Guilherme. OFPRA refuse sa troisième demande d'asile. Les parents d'élèves commencent à occuper l'école de nuit.

Vendredi 2 avril : Les députés socialistes Pierre-Alain Muet et Jean-Louis Touraine se rendent à l’école pour manifester leur soutien à la famille. Plusieurs manifestations sont organisées les jours suivants place des Terreaux.

Dimanche 4 avril : Le juge des libertés décide une nouvelle fois de la remise en liberté de Guilherme. Le procureur fait appel de la décision. Guilherme reste au Centre de Rétention de St-Exupéry.

Mardi 6 avril : La Cour d'appel de Lyon donne raison au procureur et donne à la préfecture jusqu'au vendredi 9 avril, 11 heures, pour expulser Guilherme. Les parents d'élèves manifestent sur la place des Terreaux et une petite délégation est reçue par le chef de cabinet du préfet.

Mercredi 7 avril : Guilherme est extrait du centre de rétention le soir même pour être conduit à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. Le pilote du vol Air France pour Luanda refuse d'embarquer Guilherme "entravé".

Jeudi 8 avril, 5 heures du matin : Guilherme intègre le centre de rétention administrative (CRA) de Bobigny vers 4 heures du matin après une garde à vue. : Il est de nouveau extrait du CRA de Bobigny et conduit à l'aéroport du Bourget pour prendre, selon lui, dans un avion militaire (selon Guilherme et RESF).

Début d'après-midi, 16 h 30: Les parents d'élèves organisent une conférence de presse au local de la FCPE en présence de personnalités comme l’ancien secrétaire général de la FSU Gérard Aschiéri, des cinéastes Laurent Cantet et Christophe Ruggia. Le comité lance un appel aux pilotes de Lisbonne et Francfort pour qu'ils refusent de l'embarquer.

Dans la soirée : Le Portugal refuse le survol de son territoire, l’avion contenant le père angolais fait demi-tour, au bout de 50 minutes (selon Guilherme et RESF).

Vers 21 heures : La préfecture du Rhône annonce la libération de Guilherme face à l'impossibilité de l'expulser dans les trois jours impartis.

Réseau Education sans frontières, 8 impasse Crozatier 75012 Paris - educsansfrontieres@free.fr

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Témoignage de Maître Dominique Noguères, vice-présidente de la LDH

Je me suis occupée, ce jeudi 8 avril, de ce monsieur angolais que la préfecture du Rhône essaye d’expulser depuis longtemps déjà.

Le juge des libertés de Lyon avait prolongé sa rétention jusqu’au lendemain, vendredi 9, 11 heures du matin. La veille, il a été embarqué vers 19 heures à l’aéroport de Lyon Bron, dans un avion spécialement affrété par le ministère de l’Intérieur en direction du Bourget. L’aéroport de Bron était un camp retranché : des CRS bloquant tous les accès et un hélico tournant au-dessus… pour surveiller ?

Menotté à bord de cet avion, ce monsieur, à l’arrivée au Bourget, est attendu par trente CRS et six voitures de police, excusez du peu. Avant de monter à bord d’une d’entre elles, il est entièrement ligoté, de la tête aux pieds, comme un saucisson, et on le bâillonne. Il dit que c’était « comme une muselière ».

On l’emmène à la Police de l’air et des frontières (PAF)de Roissy où il attend pendant plus d’une heure, toujours ligoté et entravé, sans pouvoir ni s’asseoir ni se tenir debout. On lui refuse à boire et d’aller aux toilettes.

Enfin on l’emmène en voiture au pied de l’avion pour Luanda (Angola) où il est monté par l’arrière comme un paquet, toujours saucissonné. Le commandant refuse de partir avec lui. Il est redescendu de l’avion et repart à la Police de l’Air et des Frontières. On est « gentil » : on lui désentrave les jambes et on lui enlève son bâillon, mais il est toujours ligoté à partir des genoux.

Après de multiples coups de téléphone, les policiers le remettent dans la voiture et le ramènent à l’avion. Le commandant refuse de faire rouvrir les portes. Il repart à la PAF et là, les policiers ne savent plus quoi faire… On le désentrave.

Il est quatre heures du matin, il est fatigué. Il n’a pas d’endroit pour se reposer et on lui dit que les locaux ne sont pas faits pour ça.

À cinq heures du matin, il est transféré au centre de rétention de Bobigny.

Le matin, je m’inquiète de voir qu’il n’est pas sur les listes des comparutions immédiates pour les refus d’embarquement. Le Parquet me confirme qu’il n’est pas déféré. Je vais alors au centre de rétention à Bobigny où je rencontre un homme épuisé, très nerveux, apeuré.

À la fin de l’entretien, au moment où nous nous séparons, il est emmené de force et je comprends qu’on va tenter de l’expulser. Je ne peux rien faire : il disparaît derrière une porte et les policiers ne sont au courant de rien. Je me trompe de porte en repartant et reviens sur mes pas pour voir qu’effectivement on lui a remis son paquetage.

Sa femme attend en bas pour le voir. Elle ne le verra pas. Les policiers expliquent qu’il prendra un avion au Bourget à 17 heures 30 pour destination inconnue. Les recoupements sont vite faits : il n’y a pas de vols de Paris pour Luanda aujourd’hui, mais de Lisbonne ou Francfort.

On organise en urgence une conférence de presse à 16 heures 30 avec une bonne couverture médiatique, et on attend.

Enfin, à 22 heures, on apprend qu’il sera libéré ; l’avion parti pour le Portugal n’ayant pas eu l’autorisation d’atterrir. Il est revenu à Bobigny et a été libéré du centre de rétention vers minuit. Dans l’avion qui l’emmenait vers Lisbonne il était accompagné de quatre policiers et attaché sur son siège. Communiqué laconique de la préfecture du Rhône indiquant qu’en raison de l’impossibilité d’exécuter la mesure, il le remettait en liberté.

Résumons : déploiements de police incroyables, deux avions spéciaux, un aller et retour pour rien vers Lisbonne… Mais, surtout, des mauvais traitements, des traitements inhumains et dégradants.

On est épuisés, heureux qu’il s’en soit sorti, mais dégoûtés de ces méthodes indignes. Merci aux formidables mobilisations des militants, et des élus.

Dominique Noguères

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Extraits d’un e-mail d’Annabelle Billaud, membre du Conseil FCPE de l’école Gilbert Dru qui a été active dans la défense de Guilherme Hauka et comme telle est l’objet d’une surveillance policière déplacée.

 « Voici donc un petit résumé de la surveillance policière dont nous avons fait l'objet.

Connaissant bien les habitants du quartier, il nous a été assez facile de repérer des nouvelles têtes, surtout qu'on en avait vu certaines lors des manifs.

C'est à partir de dimanche dernier, 11 avril, que j'ai personnellement constaté une surveillance personnalisée puisque j'ai été suivie tout dimanche matin, puis de nouveau l'après-midi.

Le samedi soir (10 avril), il y avait une voiture avec quatre personnes qui est restée toute la soirée devant chez Florence. Lorsque je suis arrivée chez Florence, la voiture a été mise en marche, feux allumés, je suis restée une demi-heure et lorsque je suis descendue la voiture était toujours là et les personnes ont regardé où j'allais.

Toute la semaine, nous avons constaté des personnes devant nos domiciles et particulièrement devant chez moi, nous avons pu compter jusqu'à 7 personnes simultanément devant nos adresses respectives.

Depuis jeudi 15, la surveillance s'est allégée et se concentre sur moi mais de manière plus discrète.

Il n'y a plus personne devant chez Marc, Bruno est en vacances et Julien n'a visiblement pas été surveillé. Devant chez Florence c'est moins facile de faire une surveillance que chez moi et même si des personnes tournent dans le quartier, elles ne restent plus constamment devant la porte.

Mon immeuble est beaucoup plus facile à surveiller car il y a quatre bars, brasseries ou salons de thé juste en bas où il suffit de prendre des consommations pour surveiller mes allées et venues.

Annabelle Billaud » 

 

 

samedi 24 avril 2010.

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