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Le guinéen Diasso Konaté raconte sa vie à Conakry après son expulsion

 

Bonjour,
 
Mon Dieu! Quelle galère! Je vis ce retour forcé pire que je ne l'ai imaginé.

Tout d'abord, j'ai préalablement écrit ce message sur papier libre avant de "l'emailer". Parce que d'une part, il n'y a pas d'électricité pour espérer avoir une connexion Internet qui, d'autre part, est extrêmement lente et sujette à coupure régulière.
 
À Conakry (la capitale de la Guinée), l'électricité est fournie aux foyers 1 jour sur 3 selon les quartiers ! Ce qui fait que tout un pan de milliers de foyers, de petits commerçants et artisans se retrouvent régulièrement privés d'électricité plus de 24H durant!

Mais passons.
 
Car le pire n'est pas là pour moi. Le pire est d'avoir perdu LE socle de mon avenir privé et professionnel. Le socle qui m'aurait permis de regarder devant moi et avancer. Ce socle, c'est ma famille.

Mon arrivée ce Mercredi 5 Mai 2010 (le jour où tout a basculé vraiment), je n'ai vu aucun membre de ma famille. Ni celui qui devait m'accueillir à l'aéroport (c'est à dire mon propre frère), ni ma mère, ni mon père, ni qui que ce soit d'autre.
 
Le vide total !
 
Je suis bloqué aux alentours de l'aéroport. Sans document d'identité. Sans sous; à part quelques dizaines d'euros que j'ai retirés par chance quelques jours plutôt en France.
 
Mon Dieu! Quel malheur!
Dès l'arrivée à l'aéroport, des ennuis ont commencé. D'énormes ennuis.

À l'arrivée donc, bien que descendu de l'avion librement (c'est à dire sans escortes), je fus récupéré par des gendarmes du "service de l'immigration/émigration". Des  pseudo-gendarmes dirais-je. Ils m'ont placé en garde à vue pendant au moins 6 heures. Non pas pour vérifier mon identité ou répondre à je ne sais quelles procédures de reconduite mais plutôt pour fouiller dans mes affaires en espérant trouver des objets de valeur.
 
Malheureusement pour eux, il n'y avait que des documents administratifs pour l'essentiel. Ils m'ont quand même pris quelques objets avant de me libérer non sans m'avoir averti. "Ici" me disait un lieutenant, "les refoulés sont mal vus". Un refoulé. C'est à dire un reconduit à la frontière comme moi. Un refoulé. J'en suis donc un. Et c'est mal vu. Mal vu pas seulement par les concitoyens, mais aussi "par sa propre famille" renchérissait un autre agent. Car un refoulé comme moi est une honte pour la famille. Il est sale et porte la poisse. Je serais donc sale et porterais la poisse ! Qu'elle a changé ma famille ou plutôt on ex-famille.

J'ai composé une dizaine de numéros de téléphone. Tous appartiennent aux membres plus ou moins proches de ma famille. Sans succès. Certains d'entre eux ont même décroché mais immédiatement raccroché en sachant que c'est moi qui suis à l'autre bout du fil.

Le choc est vraiment terrible.

Je me rend compte que je n'ai plus d'attache familiale dans mon Pays. Quelle malédiction ! J'ai l'impression de chuter indéfinimment dans une abîme. Pourquoi tant de circonstances négatives à mon encontre ? Je ne sais y répondre. Maintenant, c'est mon espoir de construire une nouvelle vie dans mon pays qui est fortement compromis, voire devenu impossible.

Mon frère n'habitant plus à la dernière adresse connue, c'est un ancien collègue de classe à l'école primaire qui m'héberge chez lui pour une semaine. Après, je ne sais ce qui peut m'arriver. Je suis comme étranger dans mon propre pays. De plus, sans aucune pièce d'identité. Ce qui est particulièrement dangereux ici. Les pseudo-gendarmes ayant confisqué mon passeport provisoire sans aucune raison.

48 heures ont suffi pour me faire regretter profondément ce retour forcé.

Je savais que ça allait être difficile. Mais pas autant. Je n'arrête plus de penser à mon entreprise restée en France. Je viens de lire le message de validation de deux devis de la part d'un de mes clients. Le début des travaux était prévu fin Mai.

Je suis vraiment perdu. 12 ans sans mettre pied chez moi!

Dans la rue où je suis hébergé provisoirement, des kilomètres de jeunes gens désœuvrés, sales et affamés pour la plupart s'entassent sous une température de 35°.

C'est l'enfer !

Voilà. Ce sont mes premières nouvelles comme promis. Et vous l'aurez remarqué; je les ai données 4 jours après mon arrivée pour des raisons que j'évoquais en début du message.

Je vous en donnerai d'autres dès que je pourrai.

Avec mon argent de poche, je me suis procuré un téléphone portable bricolé et une puce. Si vous le souhaitez, contactez-moi au 0022468419760.

Merci d'avance de votre témoignage d'amitié et pour le temps que vous prenez pour cela.

Mes amitiés depuis la Guinée.

Diasso KONATE

PS : Merci de faire partager à votre réseau.


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lundi 10 mai 2010.

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