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On veut l’expulser, loin de ses enfants

Depuis sa médiatique libération, le 9 avril dernier, ce citoyen angolais se cache. La menace d’une "reconduite à la frontière" pèse toujours sur lui. Mais, dans son quartier de la Guillotière, à Lyon, parents d’élèves et voisins ne le laisseront pas tomber...
 
source : Le Dauphiné

Par Gilles DEBERNARDI

La sainte colère des braves gens de la Guillotière n'est pas retombée. Partout, dans ce quartier populaire du centre de Lyon, des banderoles colorées rappellent leur combat. "Nous avons été emportés par un simple élan d'humanité" explique Marc Bonny, paisible exploitant de cinémas devenu militant de la cause commune. Il ne s'agit pas de déclencher la révolution, ni de défier l'Etat. Seulement de permettre à un voisin, apprécié par tous, de mener une existence normale.

Les parents d'élèves de l'école Gilbert Dru, depuis des semaines, se mobilisent pour Guilherme Hauka Azanga. En 2002, ce citoyen angolais a fui les massacres qui ensanglantèrent son pays et sa famille. Maintenant, il habite ici, avec sa compagne Florence et leurs deux enfants nés en France. Son statut de "sans-papiers" ne l'empêche pas de travailler pour une entreprise de BTP. Notamment sur le chantier de la prison de Corbas où, ironie du sort, l'ouvrier sera plus tard emprisonné pour "refus d'expulsion." Car l'administration ne tolère plus sa présence.

À quatre reprises, déjà, on a pu l'embarquer de force dans un avion pour Luanda. Le passager non volontaire, "ligoté, menotté et bâillonné" proteste avec l'énergie du désespoir. Chaque fois, choqué par pareil spectacle, le pilote a refusé de décoller. Le 9 avril, cependant, la dernière tentative manqua de peu de réussir. Au nom de l'application stricte de la loi, la "machine étatique" - qui a déjà dépensé 170 000 euros dans l'histoire - s'obstine. À Bobigny, derrière les grilles du centre de rétention, Guilherme redoute le pire...

 

"C'est un délit, vous savez, de porter secours à un brave type traqué par l'administration..."

Entre Rhône et Saône, son comité de soutien ne désarme pas. L'école maternelle que fréquentent ses gosses est occupée par les parents. On multiplie les manifestations, ralliant différentes personnalités tels les réalisateurs Bertrand Tavernier ou Laurent Cantet. Tout ceci donne à l'affaire un important écho médiatique. À tel point que le préfet du Rhône finit par lâcher prise. Constatant "l'impossibilité matérielle" de procéder à une reconduite à la frontière, il libère le réfugié angolais. Celui-ci, le lendemain, est accueilli sous les vivats en gare de la Part-Dieu. Dans la foulée, parrainé par deux députés socialistes, se tient un "baptême républicain" à la mairie du 7ém arrondissement. Une demande de "titre de séjour" suit son cours.

On a pu croire, alors, à la fin du cauchemar. Mais non. La préfecture ne manque pas de rappeler que "l'ordre d'expulsion peut être appliqué à tout moment." Demain, par exemple, à l'heure du petit-déjeuner... Du coup, Guilherme est désormais introuvable. En attendant le 25 mai, date fixée par la justice pour réexaminer son cas, il se cache. Où ça ? Quelque part. Les amis de la Guillotière, là-dessus, n'en diront pas davantage : "C'est un délit, vous savez, de porter secours à un brave type traqué par l'administration." Des solidarités clandestines s'organisent. "Comme pour les Juifs pendant la guerre" s'enflamment quelques-uns. La comparaison ne tient pas, bien sûr. N'empêche, une maman s'est rendue à Izieu, afin de remettre un courrier à Simone Veil...

Autour de l'école Gilbert Dru, flotte un air de résistance. Florence et ses enfants, ici, ne manquent pas de mains tendues. La main, érigée en symbole du mouvement... avec un G dessiné dessus.

Et Guilherme ? "Traumatisé par sa dernière arrestation, il tourne en rond et perd le moral, doutant de pouvoir un jour vivre à Lyon avec sa famille.". Le cercle de ses défenseurs, pourtant, ne cesse de s'agrandir. En témoigne le vigoureux site internet - www.gmain.fr - dirigé par un graphiste qui réside... aux Sables d'Olonnes. Il y a aussi le Réseau Education sans Frontières (RESF) qui donne de la voix. Mais surtout les habitants du quartier, dont la ténacité paraît inébranlable. La plupart, jusqu'ici, ignoraient tout de l'action politique, syndicale ou associative. Une "descente de flics", un matin, sur le chemin des écoliers, a changé leur vision des choses... "Nous, parents d'élèves, avons juste été les témoins d'une situation inhumaine. Comment ne pas réagir ?" s'interroge Marc Bonny.

C'est ainsi que se joue parfois le débat sur l'immigration, loin des tréteaux électoraux. À hauteur d'homme.

 

 

 

samedi 22 mai 2010.

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