CRA du Mesnil Amelot
- Première personne : "S'il vous plaît on va mourir ici tout le monde. Y'a 20 personnes, ou plus, qui on mangé quelque chose de pas bon". Mais à ce numéro sa femme va l'appeler, il faut raccrocher.
- A l'autre cabine, ils sont plusieurs à se relayer : "On nous a donné des trucs qui sont périmés après on est tombés tous malades ici, mais attends je te passe mon collègue lui aussi il va te dire".
- "Ils m'ont donné de la bouffe vraiment périmée. Il y a plus d'une dizaine de personnes qui ont commencé à vomir, on est restés plus de deux heures sur le sol. Après, un médecin est venu. Et demain, on a parlé avec les gens, peut-être on va faire une grève de la faim".
- "Aujourd'hui on a mangé une chose qui était périmée depuis le 17. Aujourd'hui on est le 21".
- "On a vu que c'était périmé et les gendarmes qui étaient là ils n'ont rien voulu savoir, ils étaient indifférents. On a montré à la dame qui nous donnait à manger. Elle s'en foutait. Alors on a quand même mangé. Après on est sortis du réfectoire on a commancé à vomir. On a attendu deux heures de temps. Le médecin a donné des cachets mais jusqu'à présent ça ne va pas".
- "Même à côté, il y a plusieurs gars qui ont voulu se suicider. Hier matin il y a quelqu'un qui a bu une bouteille de schampoing. Et tout à l'heure il y en a un qui a déchiré son ventre. Mais c'est dans l'autre bâtiment, on ne peut pas voir."
- "On a peur pour nous ici. On a déjà peur pour l'expulsion, maintenant on a peur pour notre vie. Les gens ont peur, Madame".
Batiment 1 : 01 49 47 02 41 / 42
Batiment 2 : 01 49 47 02 43/ 44 / 45
Batiment 3 : 01 49 47 60 60 / 49 53 / 02 84
Batiment 4 et 5 ( cabines entre les 2 batiments) : 01 49 47 02 46/ 47/ 48
> Centre de rétention du Mesnil-Amelot, dimanche 20 juin :
> " Entre nous on se soutient, mais il y a pas beaucoup de solidarité. Tout à
> l'heure, y a le gendarme qui a commencé à me pousser, j'ai appelé les gens
> pour qu'ils viennent avec moi, mais y a personne qui voulait venir,
> j'étais tout seul. Je suis maltraité, ils ont été violent, ils m'ont
> poussé et je suis pas le seul, ils font ça avec tout le monde.
> On peut fumer, toute la drogue rentre ici. Les flics le voient et s'en
> foutent, du moment qu'on s'enfuit pas, on fait ce qu'on veut. Ils donnent
> pas bien à manger, ils traitent mal, ils tutoient les gens."
>
> Ils nous droguent. Ils droguent toute la nourriture, donc tous les
> retenus. Ils nous mettent des gouttes pour qu'on dorme : dès qu'on mange,
> on est fatigué. J'ai commencé à prendre des médicaments alors qu'avant
> j'en prenais pas. Du rivotril, et le soir, les gouttes.
> Je me suis plaint, alors ils m'ont emmené chez le psychiatre, je lui ai
> parlé normalement, il m'a juste répondu « je suis pas dealer » et m'a
> rajouté des gouttes pour aller dormir.
>
> Il y en a plein qui font des tentatives de suicide. Deux fois j'ai failli
> mourir ici, j'ai fait deux tentatives de suicide. Je suis pas le seul,
> hier y a une personne qui s'est pendue, elle est partie à l'hôpital et on
> a pas de nouvelles depuis. En plus, pour l'emmener dans l'avion, ils lui
> ont anesthésié les mains, deux piqûres, il pouvait pas les bouger. Il
> criait dans l'avion, donc le pilote est sorti et a dit qu'il l'acceptait
> plus. Quand il est revenu, il s'est pendu. On a plus de nouvelles de lui.
> Il respirait très mal. Ça fait 18 jours qu'il est là.
>
> Y a des gens qui font une grève de la faim, ça fait 4 ou 5 jours. Ils
> doivent être une cinquantaine. Ils boivent de l'eau, ils sont mal en
> point. Y a des médecins, mais si vous allez les voir, ils vous donnent des
> médicaments pour aller dormir. Ils nous droguent, ils mettent ça dans le
> café . Tu commences à perdre la raison après.
>
> On est 100 dans le centre. On communique avec tous les bâtiments jusqu'à
> 20h30, après ils ferment les portes y a plus de cour commune. On est trop
> nombreux. Des gens dorment là où y a la télé, d'autres dorment par terre,
> y en a même qui n'ont pas de matelas et dorment sur des couvertures.
>
> Y a des gens qui ont été ramenés en bleu de travail, direct des chantiers.
> Vous voulez vous plaindre à qui ? Le chef, je l'ai vu 10 fois. Il est
> gentil, mais il peut rien faire. Si il faut faire quelque chose, je suis
> le premier à foncer tête baissée, parce que ça va pas pour les gens qui se
> trouvent ici."
>
> fermeturetention@yahoo.fr