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L'Humanité : La solidarité s'organise pour éviter un « mini-Sangatte »

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L'Humanité: La solidarité s’organise pour éviter un « mini-Sangatte »

Condamnés à 
dormir dans la rue, faute de places d’hébergement, 
une vingtaine 
de migrants se sont installés dans 
le camping municipal de la ville ,
avec le soutien 
des associations. Beauvais (Oise), envoyée spéciale.

 
source : L’Humanité

par Marie Barbier

Sur une belle pelouse onduleuse, quatorze tentes, de tailles et de couleurs différentes, s’étalent au soleil. Rien ne distingue ces guitounes des autres toiles de vacanciers. Si ce n’est, justement, que pour ces campeurs, l’endroit n’a rien d’une villégiature. Depuis le 1er juillet, une vingtaine de demandeurs d’asile dorment au camping municipal de Beauvais (Oise), dernière solution trouvée par les associations pour éviter à ces hommes et à ces femmes de dormir sous les ponts.

Il y a là des Nigérians, des Congolais, des Angolais ; artistes, intellectuels, opposants politiques qui ont fui les persécutions et pensaient trouver en France, « patrie des droits de l’homme » comme ils l’appellent, l’asile. Ainsi, Pitchen Sokolo, artiste peintre et sculpteur, qui dénonçait, à travers ses œuvres, les lobbies du tabac au Congo-Kinshasa (RDC). Mis en prison, il a été torturé avant de réussir à s’enfuir. Arrivé à Beauvais, il a dormi deux mois dehors. « Je suis parti brutalement pour sauver ma vie, raconte-t-il derrière ses petites lunettes rondes. En tant qu’intellectuel, je m’attendais à ce que la France soit une terre d’asile. » Raté.

Raté aussi pour Philomène qui, elle, a quitté le même pays le 26 juin dernier. Violée par un militaire qu’elle a dénoncé, elle dit : « Je ne peux pas retourner là-bas, ils vont me tuer. » Pourquoi, comment parcourt-on la moitié du globe pour se retrouver à Beauvais ? Un « monsieur » l’a amenée ici, elle ne sait pas pourquoi. Avant d’être logée au camping, elle a dormi sous un pont. « Il y a beaucoup d’insécurité. Les Blancs ne sont pas des gens bien, on ne peut pas laisser des gens dormir comme ça. » Et de s’inquiéter : « Le camping est ouvert deux mois, après on va aller où ? »

Située à une cinquantaine de kilomètres de Roissy, Beauvais accueille des réfugiés depuis longtemps. Mais, d’après les associations, la situation s’est dégradée depuis mars 2009, avec la mise en place de la régionalisation de l’accueil des demandeurs d’asile. Désormais, chaque migrant souhaitant déposer l’asile doit obligatoirement se rendre à Beauvais, où se trouve la borne Eurodac, système européen de prise d’empreintes. Les passeurs l’ont bien compris, qui déposent les migrants juste devant la préfecture…

Le résultat ne s’est pas fait attendre : engorgement des structures d’accueil et, pour la première fois, des dizaines de demandeurs d’asile condamnés à dormir dehors. Hommes, femmes et enfants. « C’est un scandale que les droits humains soient bafoués par la seule volonté de vouloir les ficher ! tonne Jean-Michel Bavard, porte-parole de l’association Migrants solidarité. Ce qui se passe aujourd’hui était prévisible. Leur raisonnement est de se dire : si on accueille bien les gens, ça va faire un appel d’air. Donc, on va les traiter comme des chiens et ils ne viendront pas. C’est totalement stupide et le résultat est que Beauvais devient un mini-Sangatte. »

Inacceptable pour nombre de Beauvaisiens, qui ont lancé la fronde : occupation de la mairie, manifestation, pétitions. Rappelant à qui veut l’entendre que le logement des demandeurs d’asile est une obligation de l’État. Quelques familles sont logées par le centre de solidarité d’Emmaüs, avant d’être remises sur le trottoir le 15 mars, à la fin de la trêve hivernale. Sous le pont de Paris, dans le centre-ville de Beauvais, les familles, qui dorment à même le bitume , n’ont souvent qu’un simple duvet pour se protéger. Début juin, tout s’accélère : « On a vu arriver à notre permanence quatre familles, se souvient Marie-Rose Monteil, de l’association Solidarité migrants. Une Nigériane enceinte de six mois avec deux enfants, un couple de Chinois avec une petite fille, etc. Il pleuvait, il faisait froid, on s’est retrouvé complètement désemparés. » Mairie et hôpital refusent de loger les familles. Incapables de les laisser dormir sur le trottoir, les militants vont les loger pendant plusieurs semaines.

Face aux carences de l’État, la solidarité s’organise. Emmaüs ne distribue pas de repas le week-end ? Florence, restauratrice, fournit des repas chauds trois soirs par semaine. Depuis cinq mois, elle héberge aussi un demandeur d’asile camerounais dans le studio de son fils. Consciente de faire le travail du préfet, mais ne pouvant se résoudre à laisser dormir dehors un homme qui a fui la torture. « Je suis petite-fille de communiste », glisse-t-elle en guise d’explication.

Dernière solution trouvée par les associations pour forcer le préfet à prendre en compte cette situation : s’installer dans le camping municipal. Les demandeurs d’asile peuvent ainsi dormir en sécurité et bénéficier de douches et de toilettes. Prix de l’opération : environ 100 euros par nuit. Les associations ont écrit au préfet, pour lui demander de payer l’addition. « On n’est pas là pour se substituer à l’État, explique Jean-Michel Bavard. Même si on avait les deniers de Mme Bettencourt, ça ne serait pas à nous de payer ! »

Contactée, la préfecture n’a pas souhaité répondre à nos questions. À la mairie (UMP), on explique qu’« aucune demande officielle de dispense de paiement » n’a été reçue et on rappelle que la durée d’installation dans le camping ne peut excéder six semaines d’affilée. Mi-août, les demandeurs d’asile devront donc lever le camp.


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mercredi 14 juillet 2010.

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