accueil RESF
DON au RESF

Libé Toulouse : Le code d'honneur d'Anne-Marie Gouvet

Accueil > ACTUS générales > Dans les médias d’ici ...
Medias - Libé Toulouse - 150x83px

Le code d'honneur d'Anne-Marie Gouvet

 

Envoyé spécial à Pau Gilbert Laval.

Son grand-père, son père et sa mère avaient reçu la Légion d'Honneur avant elle. Le premier pour faits de guerre en 14-18. Le second pour avoir facilité le débarquement de 1944. Ce colonel du génie avait été décoré par De Gaulle en personne. Même médaille enfin pour la mère, récompensant des faits de résistance.

Anesthésiste à Pau, humanitaire pour Médecins du monde, Anne Marie Gouvet a fait partie de la dernière promotion du 14 juillet. La "prestigieuse distinction", comme disait le courrier de l'Élysée, venait de lui être attribuée en récompense de "son engagement fidèle au service de la France". "Ma première réaction, raconte-t-elle, a été de me dire que je ne  la méritais pas. J'ai pensé que c'était un trop grand honneur par rapport à mes parents."

La seconde a été de la renvoyer à l'expéditeur. Le 23 août, dans une lettre ferme, elle  explique à Nicolas Sarkozy, la raison "très simple" de sa décision. "Je ne peux ni ne veux être associée, de prés ou de loin, à la politique mise en ouvre par votre gouvernement."

De retour de Kaboul, elle venait de voir un reportage sur des Roms dans la boue, attendant d'être expulsés. "Ces images m'ont tout de suite rappelé la détresse que je venais de voir en Afghanistan. Je ne pouvais pas imaginer revivre ces mêmes scènes un jour en France".

Et d'écrire au Président qu'elle "a travaillé dans trop de camps de déplacés pour tolérer la manière dont sont traités par la France les réfugiés et autres "sans papiers"".

Elle a été assaillie par les médias. La forte tête, qui sort du bloc de la polyclinique de Navarre, à Pau, reçoit simplement avant ses consultations, en blouse blanche et en Crocs  "ramenés d'une mission à Abou Dhabi", s'amuse-t-elle. Sa vie, elle la résume avec un principe simple, le "refus de l'injustice et de la souffrance".

Elle était pédiatre quand elle est partie en mission humanitaire au Rwanda en 1993. C'est  pour être encore plus avant sur les champs de bataille qu'elle est devenue anesthésiste en 1999. En accumulant les nuits et les week-ends à l'hôpital d'Angers et en buchant le jour et la semaine.

Elle procède encore de la même façon pour pouvoir filer deux fois par an en Mongolie avec Médecins du monde ou pour préparer son prochain déplacement de trois semaines à Hérat  (Afghanistan) avec la Chaîne de l'espoir ou Humani terra. "Des congés sans solde par arrangement, dit-elle. je ne prends jamais de vacances.

Dans la même minute, elle s'entretient du cas d'une patiente  avec une infirmière, répond  tranquillement à son mari au téléphone et convient d'un rendez-vous avec la BBC au sujet de son geste.

Anne Marie Gouvet ne se classe pas elle-même parmi les femmes et les hommes de "bonne volonté". C'est pourtant un monde peuplé de cette sorte d'humains qui l'inspire. Elle a trois enfants dont le plus jeune avait 7 ans quand elle est parti au Kosovo. Des années plus tard, c'est d'ailleurs son fils aîné Thomas, aidé de son mari, qui a instruit à son insu le dossier de demande pour cette décoration, puisqu'on ne réclame pas la rosette soi-même.

"Je ne suis pas une gauchiste",rit-elle. Elle se sentirait plutôt proche du centriste François Bayrou. Pour mener pareille politique, écrivait-elle encore à Nicolas Sarkozy, "la patrie des Droits de l'Homme doit certainement avoir des motivations que je ne veux pas connaitre".

Sa réaction est celle d'une simple citoyenne. Cette politique lui est "en tous les cas absolument intolérable".

Depuis Bruxelles où il est en école d'architecture, Thomas, vient de lui faire savoir qu'il était "très fier" de son geste : ce refus devrait servir " à faire réfléchir les gens". Anne- Marie Gouvet a beaucoup songé au sacrifice que représentait cette petite satisfaction de rejoindre la lignée parentale des décorés.

Les sollicitations de la presse et l'écho international de sa décision la laissent penser aujourd'hui que c'était la bonne

 

dimanche 29 août 2010.

Faire connaître cet article
FAIRE UNE RECHERCHE sur les mots-clefs associés à cet article :
cliquer sur le mot-clef pour retrouver les articles ayant le même mot-clef
À L'AGENDA de ACTUS générales / Dans les médias d'ici
Derniers articles parus :
FIL RSS   liste actusWWW
Liens :
Tous les liens utiles
SPIP | squelette | Se connecter | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0