« On n’a pas peur et on ne les lâchera pas ». Gwenn et Laetitia sont venus en aide à leurs voisins, un couple d’Albanais sans-papiers, menacé d’expulsion en octobre dernier. Dans leur HLM à Cornimont, ils racontent. Au mur du salon, des dessins d’enfants. De quoi égayer le petit salon au mobilier modeste. Ils ont fait la connaissance des Albanais et de leur petite fille par hasard dans la cage d’escalier. Quelques cafés plus tard, ils sont devenus amis.
Gwenn et Laetitia ont même rendu de menus services. Leur âge et leur statut de parents les ont rapprochés. Peu à peu, ils ont découvert leur histoire. Celle des menaces de mort et de la peur au ventre. La décision de quitter l’Albanie précède ce périple de 2000 km dans un camion . « Avant, ça ne me préoccupait pas », avoue Gwenn. Maintenant Eduard et Ermela Rapi incarnent le visage des sans-papiers. « Vraiment je suis remonté. La France n’est plus une terre d’asile. On a honte d’être Français !», peste le jeune Breton à qui la vie n’a pas fait de cadeaux. La route a tué ses parents puis son frère. « Ma mère invitait les SDF à notre table à Noël. J’ai été élevé dans la générosité », raconte Gwenn. « Nous sommes une famille normale et aider une autre famille, moi je n’appelle pas ça être délinquant. Au contraire, ça nous fait du bien », appuie Laetitia qui lutte au quotidien contre une maladie dermatologique. Leur seul désir : qu’Eduard et Ermela obtiennent des papiers.
Autre âge. Même détermination. Autres raisons d’être solidaires : Marcel se laisse porter par sa foi et « en tant que chrétien, met en pratique l’Evangile ». Assis autour d’une table, Maurice, Marcel, Cécile, Claude, Andrée, Françoise, Francine, Jeannot et André sirotent un café. Quelques-uns sont membres du collectif vosgien de défense des sans-papiers, d’autres font partie d’associations aussi diverses et variées qu’Amnesty International, le CCFD, le Nid… voire même d’un parti politique.
Tous ont pour langage commun, la fraternité et la solidarité. « On prend nos responsabilités, sinon on n’est pas des hommes », attaque Maurice. Le sexagénaire participe à des manifestations, donne de l’argent, partage un repas, offre une écoute… Chacun selon ses possibilités. La politique actuelle en matière d’immigration inspire à Marcel des qualificatifs comme « affreux », « honte » ou « fascisme ». De même que Claude, pour qui il est essentiel de « dire, témoigner, raconter. » Le courage de ces gens-là, qui sont dans l’attente de papiers et dans l’angoisse d’une expulsion. Les conditions de vie dans leurs pays.
Même foi pour Françoise pour qui « tout seul, on ne peut rien ». La dame s’étonne parfois « de voir des non militants qui signent les pétitions avec leur cœur. »
Une demi-journée de garde à vue
Pour Francine, « ex-bouffeuse de curés », c’est une autre histoire. Elle découvre la « connerie » des lois il y a plus de 20 ans, avec une famille de Guinéens « qu’on refoulait alors qu’ils étaient nés Français ! » Sa prise de conscience est politique. « Faire de telles lois, le fascisme revient, ça sent la délation, ça pue. Jusqu’où va-t-on aller ? »
Elle a subi une demi-journée de garde à vue, en 2004, pour avoir hébergé une Albanaise. « Ils voulaient faire un exemple. » Cela n’a fait que renforcer sa détermination. « Le gouvernement ferait moins de conneries, on ne serait pas là, on tricoterait ou on regarderait les Feux de l’amour », balance-t-elle. Au passage, elle a changé d’avis sur les « curés ».
Tendre la main est un « geste naturel » pour Jeannot et André. Les deux bénévoles des Restos du cœur ont croisé le destin de la famille Gutaj (originaire du Kosovo) il y a huit ans. Au fil des distributions, ils ont appris à les connaître et à titre personnel, « on a pris fait et cause pour cette famille », résume André.
Enfin, pour d’autres, comme Cécile, quarante-deux ans de syndicalisme dans une usine textile ont laissé des traces. « Ma motivation, c’est le souci des autres, la lutte contre les injustices », confie-t-elle. Impossible de rester sourde. « Les situations se présentent et ça se fait naturellement », décrit Andrée. Elle garde en mémoire la promesse de Besim, un sans-papier qu’elle a aidé : « Je te rendrai service toute ma vie. »