Enfants sans papiers : la mobilisation s’accroît
Huit jeunes, en situation irrégulière, ont reçu, hier, le parrainage républicain, en mairie de Bâgé-la-Ville. Pour tous, un moment d’intense émotion
« Pour l’instant, c’est très dur. Avec les enfants, on a juste deux chambres pour dormir, c’est tout. C’est pour ça que je suis très touché aujourd’hui. Je tiens à remercier tout le monde », confie, d’une voix hésitante et digne, Emin Kurti, Albanais du Kosovo. Il y a deux ans il fuit son pays avec sa femme, Serbe, et ses fils Muharem et Mijdan (actuellement âgé de huit et six ans). Ils ne sont pas en sécurité au Kosovo. Les couples mixtes y sont mal vus. Aujourd’hui, la famille Kurti vit dans un hôtel de Bourg. Un espace très exigu. Et tant qu’ils n’auront pas de papiers, le provisoire se pérennisera Dimanche dernier comme six autres enfants dont les parents sont en situation irrégulière, les deux petits ont été parrainés. Une cérémonie républicaine très émouvante, en mairie de Bâgé-la-Ville, trop petite pour accueillir la foule qui se pressait. Ce sont Gilbert Thomas et Georges Ferrand également parrains et respectivement maire de Bâgé-la-Ville et de Bâgé-le-Châtel, qui ont décidé d’héberger cette cérémonie. Avec le soutien du réseau éducation sans frontières (Resf). La marraine d’Alexandre, 3 ans, tente d’expliquer les raisons de son engagement. Mais elle ne peut achever sa phrase. Sa voix tremblote et des larmes perlent. C’est le parrain du petit, Alain Bontemps, directeur d’école, qui prend la parole. « Mon grand-père était italien et a été chassé par le fascisme. Il a été bien accueilli. Quand je vois les conditions dans lesquelles on les reçoit aujourd’hui », s’insurge-t-il.
Le soutien de simples citoyens et d’élus Lasana (9 ans), Fatoumata (7 ans), Rouben (7 ans), Alexandre (3 ans), Muharem (8 ans), Mijdan (6 ans), Vardan (12 ans) et Aram (8 ans) ont reçu le soutien de simples citoyens (souvent enseignants) et également de personnalités politiques locales. « Fatoumata est née en France. Sa mère est là depuis dix ans, son père depuis vingt ans. Elle est scolarisée dans la même école que mes enfants. Je suis de ceux qui pensent qu’on ne peut pas régulariser tout le monde. Mais la situation de la famille Keita est injuste », pointe Jean-François Debat, conseiller régional et parrain de Fatoumata Keita. La cérémonie s’est terminée par un pique-nique convivial. Afin que parrains et parrainés puissent faire plus ample connaissance.
Véronique Bouvier
Issam, dans l’attente
Issam Bouzig, le jeune Marocain de 26 ans en situation irrégulière et arrêté le 13 décembre dernier à la préfecture de Bourg-en-Bresse (voir nos éditions du 14 et 15 décembre), est en rétention à Saint-Exupéry. Bernadette Perraud, qui l’avait accompagné à la préfecture lui a rendu une visite, samedi dernier. « Mercredi, Issam était plein d’espoir. Quand je l’ai vu hier il était effondré et en pleine confusion. Il a été rejeté et malmené. J’ai eu sa soeur, qui vit en France, au téléphone. Elle est très inquiète pour lui, surtout apres le menottage qu’il a subi. Issam a comparu hier devant un juge qui aurait laissé entendre qu’il devait faire du chiffre », martèle Bernadette Perraud. Issam Bouzig, qui est en France depuis plusieurs année, sera fixé sur son sort mardi matin, date à laquelle il devrait comparaître devant le tribunal administratif de Lyon. Mais le jeune homme n’a pas d’avocat. Le délai, trop court, et comprenant deux jours de week-end, est jugé « inacceptable » par Bernadette Perraud. RESF appelle tous les citoyens à manifester leur réprobation en envoyant une lettre au préfet de l’Ain.
V.B.