ILLÉGAL, d’Olivier Masset-Depasse

« Chaque fois que je vois ce film, cela me marque. Je voudrais souligner la gangrène que représente la politique qui est menée contre les sans-papiers en France. Nous avons connu cela dans l'histoire, des fonctionnaires d'Etat qui reçoivent des ordres et qui sont amenés à se comporter, fusse à leur corps défendant, de manière particulièrement ignoble. Je me demande si, après quelques années d'une autre politique, ils ne vont pas alors avoir des regrets sur les comportements qu'ils ont… Cette politique est une gangrène, parce qu'elle réveille ce qu'il y a de plus bestial chez certains fonctionnaires, mais aussi chez nos concitoyens ». Le Toulousain Jean-François Mignard, membre de la Ligue des Droits de l'Homme (LDH), ouvrait ainsi, dimanche dernier, le débat organisé par Sarah El Kahaz, dans le cadre de « Monde Mosaïque », suite à la projection d'« Illégal » d'Olivier Masset- Depasse. Le film raconte l'histoire d'un garçon et de sa mère qui vivent clandestinement en Belgique depuis huit ans, jusqu'au jour où celle-ci est placée dans un centre de rétention.
La peur absorbe l'énergie.
Jean-François Mignard : «
Il y a une chose intéressante à souligner dans ce film, c'est cette rupture de comportement au moment de la tentative de reconduite dans l'avion. Dans un premier temps, on a quelqu'un qui est fasciné par la peur qui la soumet et, à partir du moment où cette femme dit non, elle se libère. Je crois que devant des choses qui nous broient, devant des choses qui sont ignobles, il faut arrêter d'avoir peur et de se soumettre. Parce que la peur absorbe notre énergie, celle qui pourrait être utilisée pour se battre ».
Mondialisation.
Denis Bonhoure, le maître d'œuvre de « Monde Mosaïque », déclarait alors en paraphrasant Guy Bedos : «
L'avez-vous remarqué ? Il y a de plus en plus d'étrangers dans le monde
». L'homme s'interrogeait sur la mondialisation de notre planète, qui aurait pour effet selon lui de faire de celle-ci «
un camp de concentration
».
Perte de nationalité.
Au fil du débat, un éducateur technique travaillant par ailleurs auprès de mineurs clandestins, témoignait du problème qu'il avait rencontré alors qu'il souhaitait faire refaire ses papiers d'identité. De père français mais de mère allemande, «
avec la nouvelle loi Pasqua, on m'a annoncé que je n'étais plus français
». De haute lutte, il finira cependant par retrouver sa nationalité auprès de l'administration française.
Un banc d'essai.
Le Toulousain de la LDH concluait ainsi : «
Les étrangers servent de banc d'essai de ce qui sera ensuite appliqué à l'ensemble de notre société. La loi Besson prévoit la déchéance de la nationalité française pour les personnes ayant commis des violences. En principe, le conseil constitutionnel devrait casser ce projet, mais rien n'est arrêté...
».
Contre le luxe de la désespérance.
Face aux interrogations de la salle sur le «
que faire ?
», Jean-François Mignard soulignait qu'il fallait éviter de rester isolé, aller à la rencontre des élus et ne pas hésiter à rejoindre les associations. «
Oui, c'est un travail de fourmis, mais on ne peut pas se payer le luxe de la désespérance ou de baisser les bras. Surtout lorsque l'on comprend les conséquences de cette transformation de nos sociétés, comme dans le film très réaliste que nous venons de voir ce soir
».
J.-C. S.