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Les citoyens, relais des militants

 

Florimond Guimard et Corinne Bonnet, membres du Réseau éducation sans frontières, dressent le bilan de cinq années de résistance contre la politique migratoire du gouvernement -véritable «xénophobie d'État»- à l'antenne marseillaise de l'association. Ils constatent une mobilisation accrue de la part des «citoyens ordinaires».

 

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puceinvite.jpgPlus de cinq années se sont écoulées depuis la création du Réseau Education Sans Frontières (RESF) à Marseille, en 2005. Une toile de résistance citoyenne s'est progressivement et efficacement tissée, regroupant aujourd'hui près de 1500 adresses courriels, plusieurs réseaux Education Sans Frontières locaux et des citoyens «ordinaires». Tous sont au service d'un double objectif: agir localement aux côtés des jeunes «Sans Papiers» scolarisé(e)s et de leurs familles, participer plus largement aux mobilisations nationales contre la politique migratoire de la majorité présidentielle qui exerce une véritable xénophobie d'Etat.

Manifestations, mobilisations anti-expulsion au port de Marseille ou à l'aéroport de Marignane, accompagnement en préfecture des «sans papiers», présence aux tribunaux, permanence pour les «Jeunes Majeurs», parrainages, informations constituent le cœur de cette action collective, caractérisée par une vigilance active, une capacité de protestation et de résistance immédiate, concrète, solidaire.

Bien des constats pourraient être fait sur l'action du RESF13 depuis 5 années, de nombreuses histoires particulières évoquées, des succès retracés, des échecs aussi. Un point pourtant mérite d'être mis en exergue dans cette vision rétrospective de RESF 13. Il porte sur l'évolution qualitative des solidarités initiées par le Réseau et l'amplitude qu'elles connaissent aujourd'hui.   

Arrêtons-nous sur la récente mobilisation, le 12 mars dernier, à l'aéroport de Marignane, contre l'expulsion de Monsieur Soihili, comorien, père de trois enfants scolarisés à Marseille, comparée à celle du 11 novembre 2006, visant à l'époque Monsieur Douibi, algérien, père de deux enfants scolarisées à Marseille également.

Les faits sont similaires: l'un et l'autre sont arrêtés lors d'un contrôle d'identité, puis placés au centre de rétention de Marseille. L'un et l'autre y sont détenus 15 jours pendant lesquels les enseignants et les parents d'élèves se mobilisent (pétitions, rassemblements solidaires...). Simultanément, les élus locaux, alertés par le RESF, interviennent auprès de la préfecture des Bouches-du-Rhône.

Dans les deux cas, l'entêtement de la préfecture à vouloir expulser coûte que coûte ces deux pères de famille au mépris de toute considération humaine  -les objectifs chiffrées de reconduite à la frontière existent déjà en 2006- amène les différents soutiens de MM Soilihi et Douibi à se mobiliser jusqu'à Marignane pour empêcher la procédure d'expulsion et obtenir leur remise en liberté le soir même.

Jusque-là, ces deux cas sont relativement similaires. En réalité, l'action du 12 mars 2011 est révélatrice de l'évolution du RESF13 et de sa situation actuelle.

En 2006, M. Douibi était membre du «Collectif Sans Papiers 13» (CSP13) lui-même soutenu activement pas la CGT13. Celle-ci avait même, grâce à son syndicat de marins, empêcher une première tentative d'expulsion par bateau. Quand il s'est avéré nécessaire de se rendre à Marignane, ce sont principalement des militants RESF, des syndicalistes, des membres du CSP, politiques et associatifs qui se sont retrouvés à l'aéroport. Les simples citoyens étaient alors moins nombreux.

En 2011, pour M. Soilihi, on constate que le même nombre de personnes (environ 200) se rendent à l'appel du RESF à l'aéroport de Marignane. Mais ce ne sont plus les mêmes qu'il y a 5 ans. Si on repère encore les quelques traditionnels soutiens associatifs aux Sans-Papiers (LDH, Cimade, réseaux chrétiens...), on constate aussi une quasi absence de militants syndicaux et politiques. En réalité, ce sont surtout des citoyens indignés qui participent à cette action: associations comoriennes, enseignants et parents d'élèves de l'école des enfants de M. Soilihi, jeunes...

Ce bilan n'a d'ailleurs rien d'étonnant. Au quotidien, depuis des mois, voire des années, ce sont majoritairement des individus «non encartés» qui animent le RESF à Marseille. Depuis l'élection de M.Sarkozy à la présidence de la république, les temps sont durs pour agir sur le terrain des droits et libertés: multiples lois sécuritaires dont récemment la loi Loppsi, criminalisation de l'action militante, politique du chiffre en matière d'immigration, multiplication des centres de rétention, discrimination en tout genre... Ce rouleau compresseur liberticide a pu démobiliser certains militants dans leur combat pour le respect des droits de l'Homme. Dans ce contexte, RESF ne fait pas exception. Les organisations (associations, syndicats, partis politiques) qui furent à l'origine d'Education Sans Frontières à Marseille lui font défaut aujourd'hui sur le terrain. Si la capacité du RESF à mobiliser largement, efficacement et dans l'urgence n'est pas mise à mal, c'est parce que de simples citoyens se mobilisent aujourd'hui plus massivement.

L'enjeu pour le réseau RESF et, au-delà, pour le respect des valeurs qu'il défend, est de parvenir à réunir ensemble ces forces militantes et citoyennes. Sur le terrain, les préfectures auraient alors plus de soucis à se faire si elles continuaient à vouloir expulser des jeunes scolarisées ou leurs familles. Cela pourrait également constituer, hors urgence, un poids de taille pour arriver à l'interdiction (par la loi ou de fait) d'anéantir l'avenir scolaire de jeunes ou de briser des vies et des familles.

A un an de l'élection présidentielle, il est important de rappeler tous ensemble cette revendication, y compris par l'action solidaire, car elle permettra demain, comme ce fut le cas durant 5 ans, à de nouvelles personnes de trouver un cadre de résistance collective à leurs indignations démocratiques. Cela rappellera également à la classe politique qu'existe toujours dans l'opinion un large courant favorable à la régularisation des Sans-Papiers, notamment des jeunes et de leurs familles. Dans un contexte de (re)montée du Front National (suivie de près par l'UMP), il est nécessaire de s'y attacher collectivement.

Il serait incomplet de ne pas évoquer les suites des mobilisations victorieuses à Marignane et de poser la question du droit. En 2007, Florimond Guimard a été poursuivi juridiquement pour le classique et pathétique «violence sur agent dépositaire de l'autorité publique». La formidable mobilisation de soutien, locale et nationale, qui a vu le jour à l'occasion de son procès a contribué à renforcer la légitimité de l'action de RESF. La relaxe a été prononcée.

Il n'est pas exclu que la préfecture des Bouches-du-Rhône engage à nouveau des poursuites à l'encontre de citoyens présents à Marignane le 12 mars dernier. Mais elle doit savoir qu'elle recevrait alors la même réponse déterminée qu'il y a 5 ans, celle de tous ceux -militants ET citoyens- qui face à cette politique inhumaine résistent. Celle de femmes et d'hommes, avec ou Sans Papiers, qui n'ont de cesse d'affirmer que la solidarité n'est pas un délit!


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samedi 26 mars 2011.

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