
Jamboree est un mot d’origine zoulou. Au rassemblement des Tuileries, pas de zoulou mais des gars et des filles de Chamalières, de Gap et d’ailleurs, de Guinée, des Comores, du Yémen, Maroc, Liban, Afghanistan,, de Serbie, bref d’un peu partout, des jeunes avec et sans papiers, des scouts et des RESF
Cinq heures passées à se découvrir, à mettre sur le mot « sans papiers » un visage, une histoire, un vécu quotidien, des rêves. Et une initiative réalisée en commun, un samedi de Pâques, dans un jardin bondé de touristes et d’amateurs de peinture. Car, nous l’avons découvert, le jardin des Tuileries appartient au Musée du Louvre.
Dans le cadre de ce jamboree, 3500 chemises scoutes et vertes partaient « à l'assaut du Tout Paris à travers 140 jeux de pistes, 140 actions de solidarité pour agir concrètement avec des partenaires et être acteur de cohésion sociale, autour des thèmes : Droits de l'Homme, handicap, protection de l'environnement, sport et santé, développement, éducation, citoyenneté ». L’objectif des scouts qui invitaient RESF était de réaliser sur la question des jeunes sans papiers une action avec le public, et ils avaient pour cela l’accord de la Mairie de Paris sur le lieu et l’installation/utilisation de matériel léger (panneaux, etc.).
Un premier temps a été consacré à la découverte mutuelle ou plus précisément aux témoignages des jeunes sans pap. Des récits poignants, le si long voyage de Hassan venu d’Afghanistan, l’asile refusé, l’OQTF qui pèse dans chaque geste du quotidien, Aïcha, qui sera sans pap dans quelques jours, qui déjà se sent piégée mais qui témoigne de l’engagement de toute sa classe, comme l’a fait la classe d’Elvis, venu le défendre au tribunal.
Les jeunes décident alors de promener les photos RESF grand format dans le jardin (Centre de rétention, visages, mobilisations) et de discuter avec les passants, dans une sorte de micro trottoir.
Très vite vient la première interpellation d’un garde. Etes-vous autorisés ? Nous contactons l’organisation centrale scout, la confirmation revient, c’est OK, nous pouvons continuer.
A l’entrée du jardin côté Concorde, les panneaux sont brandis en duo : un scout / un jeune SP, ce qu’un touriste explique très bien à sa fille : chaque scout parraine un jeune. Nouvelle interpellation, et nouvel OK. Le soleil tape, nous proposons d’investir une autre partie du jardin. Mais les choses se gâtent. Une partie du groupe a été stoppée dans son action par deux agents du Musée de Louvre qui nous demandent purement et simplement de sortir. Protestations, explications, un peu de tension. Les agents du Louvre affirment que les Tuileries relèvent du Musée, qu’il n’y a eu aucune autorisation délivrée, et que nous devons sortir sous peine de confiscation du matériel.
Nous gagnons du temps mais après vérification, il ressortira que l’autorisation a bien été donnée aux scouts par la Mairie de Paris, mais pas par le Louvre. Nous sommes autorisés à rester assis et à ne rien faire, pas à réaliser « l’experiment » annoncé. Nous partirons donc. Dans la bonne humeur tous prennent la pose pour une photo de groupe quand arrivent 3 policiers, vraisemblablement requis par la sécurité du Musée. Nous ne discuterons pas davantage : les scouts sont stupéfaits et découvrent que parler des jeunes sans pap, ça ne se fait pas ! Lors du débriefing, les jeunes indiquent que c’est bien le contenu des photos et des tracts / dépliant distribués au public qui ont déclenché l’ire du Musée. Une expérience qui les marque : ils ont été obligés de quitter un territoire sur lequel ils se croyaient légitimes, et toutes proportion gardées, l’un d’eux exprime combien ce sentiment les rapproche des jeunes sans pap.
Au final, une chaleureuse expérience de découverte, riche dans tous ses imprévus, une étape de plus pour faire bouger les esprits et les lois.
Paris, le 23/04/2011
Et encore un très bel album, merci à Jean Claude