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« Place à l'indignation »

 

Hélène Ducarre en est la nouvelle présidente dans le Pays basque. Elle définit une mission « de justice sociale ».


Hélène Ducarre préside la Cimade depuis l’automne. photo jean-daniel chopin

Quand on interroge Hélène Ducarre sur son engagement avec la Cimade (1), elle répond sans ironie : « Peut-être bêtement un sens de la justice sociale. » L'ingénieur agronome a toujours souhaité travailler avec les pays en voie de développement. La question du déséquilibre nord-sud, la conscience des inégalités qu'elle sous-tend, apparaît forcément en filigrane. La retraite prise, celle qui milite depuis quatre ans à la Cimade Pays basque a accepté sa présidence, en novembre dernier.

Hélène Ducarre pense que l'« on mesure le niveau d'une société à son rapport aux petits ». Comprendre aux plus fragiles. Dans cette catégorie, les migrants auprès desquels œuvre l'organisation humanitaire lui semblent particulièrement exposés aux violences du monde. « Et parmi les migrants, spécialement les sans papiers », précise-t-elle.

Un cas sur deux

Au centre de rétention administrative (CRA) d'Hendaye, ceux qui ne passent pas entre les mailles des contrôles policiers attendent une décision de justice : reconduite à la frontière ou liberté de mouvement recouvrée. Très active sur ce volet juridique, avec un réseau d'avocats militants, la Cimade remporte des victoires. « Ces dernières années, plus de 50 % des personnes passées par le CRA ont été libérées. » Ceux-là poursuivent leur chemin, les Pyrénées-Atlantiques n'étant en général qu'une zone de transit. Ils visent les grandes villes du pays, à la recherche d'anonymat et d'emploi.

Dans un travail de réseau avec la Ligue des droits de l'Homme, la Cimade assure une présence aux audiences du tribunal de grande instance de Bayonne, comme à la Cour d'appel de Pau. « On se tient informé des décisions du juge. Et aussi, quand il y a remise en liberté, on vérifie que les personnes ont de quoi repartir, qu'elles récupèrent bien leurs affaires. »

D'un préfet à l'autre

Les Pyrénées-Atlantiques, territoire frontalier, comptent évidemment parmi les points critiques en matière d'immigration clandestine. La question y est exacerbée et les associations de défense des sans-papiers sortent d'une période d'affrontement intense avec l'ancien préfet, Philippe Rey. Inflexible metteur en œuvre depuis 2008 d'une politique française dure en la matière, il en était devenu l'incarnation locale. Presque le symbole.

« Les lois ont évolué vers plus de sévérité, sous le gouvernement actuel, peste la militante. On voit plus de gens qui se trouvaient en situation régulière qui basculent dans l'irrégularité parce-que le renouvellement des titres de séjour est devenu plus complexe. Plus rien n'est automatique. » Par exemple, le détenteur d'une carte de séjour doit la renouveler tous les mois, quand existaient autrefois des cartes annuelles.

L'arrivée d'un nouveau préfet, François-Xavier Ceccaldi, a marqué une inflexion intéressante, aux yeux de la présidente. « On a senti un changement. Il a pris une décision humaine pour Samir. » Le jeune Marocain de Gelos, en situation irrégulière, menacé d'expulsion. L'État l'a autorisé à terminer son CAP en France.

Climat politique

Malgré ce « point positif », Hélène Ducarre décrit une « atmosphère » générale « difficilement respirable ». L'actualité des immigrés tunisiens est le dernier témoignage de cette ligne gouvernementale intraitable. La Cimade reste sur ses gardes, qui n'a pas oublié le débat sur l'islam devenu devant le tolé général celui sur la laïcité, avatar d'un premier sur l'identité nationale, lui-même orchestré par le controversé (et depuis remanié) ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale…

« Le climat politique des dernières années a libéré une certaine parole », estime Hélène Ducarre. Celle qui, selon elle, flatte nos plus bêtes réflexes. « Si on fouille, on va trouver à l'intérieur de chaque être humain un peu du pire. La politique qui nous est proposée depuis quelques années joue sur ces ressorts. » La crise et les difficultés financières accrues n'ont rien arrangé. Pas plus que la poussée du Front national exposée par les sondages. « J'entends des gens, lors de cercles de silence, qui nous disent que les étrangers n'ont que ce qu'ils méritent, qu'ils sont la source de leurs problèmes. » Pourtant, Hélène Ducarre croit en une majorité « indignée » par « la pression politique et médiatique » sur la question des immigrés. « Nous avons distribué 2 000 tracts pendant le mouvement des retraites. Quatre nous ont été refusés. » Elle en est certaine, une « capacité de résistance aux idées pernicieuses » perdure chez ses concitoyens. « Ça me rassure, car il faut faire une place à notre indignation. » La Cimade a fait sien ne l'injonction de Stéphane Hessel.

(1) La Cimade, originellement Comité Iiter mouvements auprès des évacués, dénomination depuis complétée par la mention « service œcuménique d'entraide », a longtemps été la seule ONG autorisée à intervenir au sein des centres de rétention administrative.

mardi 26 avril 2011.

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