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Marseille : les Tunisiens de Lampedusa libérés par les juges

 

Libérés après quarante-huit heures passées au centre de rétention du Canet, les jeunes Tunisiens (à gauche) ont repris leur chemin, les poches vides, sans un mot de français.
Photo Franck Pennant
source : La Provence

Quarante-cinq d'entre eux, en rétention, ont repris leur périple.

par Luc LEROUX

Ils franchissent rapidement la grille du centre de rétention administrative du Canet et se mettent à marcher, comme par réflexe. Leur but: la gare de Marseille, sans même savoir où elle se trouve, sans pouvoir demander leur chemin, ne parlant pas un mot de français. Il y a quelques semaines, Ahmed, Farat et les autres se sont jetés dans un bateau après s'être délestés de tout leur argent auprès d'un passeur tunisien.

Puis ils ont connu la traversée de la Méditerranée dans des conditions d'infortune, l'île de Lampedusa et, hier matin, leur comparution devant le juge des libertés et de la détention de Marseille. Avant d'être tous libérés en raison d'une procédure d'interpellation jugée irrégulière. Comme ses quatre compatriotes, Ahmed, né il y a vingt-et-un ans à Sfax, a été interpellé, dimanche, à la gare de Menton, à la descente du TER en provenance de Vintimille. "Qu'est-ce que vous y faisiez?", demande la juge.

L'interprète traduit la réponse : "Je voulais rentrer en France pour retrouver mon frère." - "Vous savez qu'il faut des papiers pour rentrer en France?" - "Les autorités italiennes nous ont informé comme quoi on pouvait circuler avec les papiers qu'ils nous ont donnés." Tous ont en poche un carnet vert type passeport baptisé titre de voyage de la République italienne et une carte plastifiée d'autorisation provisoire de séjour de six mois, accordée par la mairie de Rome pour motifs humanitaires.

Farat, le second à comparaître, dit qu'un ami lui a payé le billet de train, qu'il va essayer de repartir en Tunisie mais n'a pas d'argent. L'audience ne s'éternise pas: les cinq Tunisiens sont tous remis en liberté. Le délai de presque six heures entre la notification, à la gare de Menton, d'un arrêté de placement en rétention et la notification de leurs droits, au centre de rétention à Marseille est jugé "excessif".

Depuis le début de l'arrivée des Tunisiens sur les côtes de l'île de Lampedusa, six cents d'entre eux ont été interpellés et placés en rétention en France dont quatre cent cinquante environ à Nice. Le nombre des arrestations a contraint la police aux frontières à utiliser également les centres de rétention de Marseille, Lyon et Nîmes. Depuis jeudi, ce sont quarante-cinq Tunisiens de Lampedusa placés en rétention à Marseille qui ont été libérés et treize autres devraient l'être encore aujourd'hui.

"Il est effrayant de voir la préfecture de Nice faire des procédures entachées d'un festival d'irrégularités, note Anaïs Leonhard, avocate marseillaise. C'est bien la preuve qu'on est sur une politique d'abattage sans respecter les droits les plus élémentaires." À Nice, tout au long du week-end pascal, les juges des libertés et de la détention ont eu une appréciation divergente de leurs collègues marseillais; ils ont maintenu les Tunisiens de Lampedusa en rétention le temps que le préfet organise leur réadmission en Italie.

La cour d'appel d'Aix-en-Provence doit se prononcer sur quatre dossiers. "La pression politique fait qu'on oublie le droit", déplore Zia Oloumi, avocat niçois. À Marseille, la Ligue des droits de l'Homme se préoccupe du sort de quelque deux cents Tunisiens qui "se retrouvent autour de la porte d'Aix... sans eau, sans alimentation, sans toit et dans une stratégie d'évitement par rapport à la police".

Ahmed, Farat et les trois autres pourraient rejoindre ce groupe de jeunes gens qui attendent de poursuivre un voyage vers Paris ou la Belgique, dans le but de rejoindre une adresse qu'ils conservent au fond de leur poche. "Un proche de la famille a promis de m'embaucher en France, je ne sais pas où, mais j'ai le téléphone". Le voyage continue.

mercredi 27 avril 2011.

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