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Libération : Sans-papiers. La comédienne transcende « Coup d'éclat ».

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Certains l’aiment Frot Par OLIVIER SÉGURET

Libération : Sans-papiers. La comédienne transcende «Coup d’éclat».

 

Ne dites pas clandestins, sans-papiers, sans-abri. Ne dites pas prostitution, corruption, trafic. Ne dites pas non plus services publics au bout du rouleau, fatigue générale, acteurs sociaux dévitalisés. Ou alors dites-le tout bas, parce qu’aucun de ces sujets ne garantit des questions de cinéma intéressantes. Or Coup d’éclat est un vrai film de cinéma, qui pourrait avoir l’air de trop bien correspondre aux canons français du film d’auteur mais qui les transcende de sa vigueur, de sa rigueur et de son originalité. José Alcala n’est pas inconnu de nos services : son premier film, Alex, portrait de femme en rupture avec le monde, frappait déjà par son énergie pugnace et déclassée. Avec Coup d’éclat, le poing n’est pas moins ferme ni rageur, il est au contraire plus haut et plus solennellement dressé.

Fil. L’histoire est celle d’une capitaine de police du bord de la Méditerranée, dont la mission consiste à traquer les immigrés clandestins et les travailleurs sans papiers. Sans zèle ni malveillance mais sans états d’âme, Fabienne applique la loi. La mort d’une prostituée slave, sa connexion avec un réseau mafieux et la disparition de son petit garçon vont détourner Fabienne de sa routine. La rapprochant un peu plus d’un monde où les lois sont mafieuses, où les emplois sont partiels, où les usines sont des ruines et les maisons des caravanes. Entre le registre du polar et celui du drame social, Alcala fait palpiter une vie aux confins des territoires visibles de la société, dans ces fossés pas si lointains où ont été renversés toutes les misères. Celles des vieux, des femmes seules, des sans-boulots, des fin-de-droits, des étrangers et des putains… en attendant que nous y finissions tous.

Certaines cruautés du monde apparaissent ici dans leur saillante absurdité, qui fout autant la trouille que certains films d’horreur : le drame social, induit Alcala qui n’a rien inventé, ne serait-il pas déjà devenu cauchemar ? Une peur profonde sous-tend Coup d’éclat. Chaque personnage vit sur le fil, au bord de dégringoler les quelques marches qui le séparent encore du hors-jeu. La précarité règne partout et partout l’on vit dans l’effroi paralysant, généralisé, de devenir plus précaire encore.

Mais alors, et ce Coup d’éclat ? C’est elle, Fabienne, qui sort du lot, redresse la tête, avance sous l’averse. Aucune articulation politique consciente dans ce processus qui la transfigure : juste une force humaine vitale, sobre, démunie mais têtue. Il ne servirait à rien d’avoir un cœur trop tendre dans un monde aussi blessant. Une fois établies ces qualités qui font de Coup d’éclat un film en prise directe avec le réel le plus proche, un film qui a l’air de se faufiler clandestinement entre nos murs, un film dont la force tient à cette imprégnation documentée et dont on croit sentir le souffle sur notre épaule, on peut expliquer la valeur encore plus singulière que lui donne Catherine Frot.

L’aura nécessairement sophistiquée qui accompagne une telle actrice pourrait être encombrante dans un projet qui fonde son crédit sur la sobriété. Loin d’une vignette du star-system cachetée sur un ouvrage marginal, l’illustre actrice illustre aussi d’un jour resplendissant l’étendue de ce que son métier veut dire. Actrice, parfaitement. En l’espèce, une virtuosité de caméléon dans l’immersion et une capacité à produire les étincelles de l’exceptionnel d’un coup d’œil, d’un pas, d’une inflexion de voix. Cette dextérité et cette tendance à l’éclat juste, Frot semble pouvoir de surcroît les assumer, en jouer comme d’une dimension seconde, sans rameuter les grandes orgues mais au contraire en pianotant sur les notes essentielles de l’une et l’autre gamme, à la façon humble et dépouillée d’un vieux maître auquel la maîtrise ne suffit plus. Pas encore intronisée parmi les reines mères (Deneuve, Moreau), mais déjà sortie du lot de sa génération, celle des quinquagénaires, Frot trouve en Alcala le metteur en scène qui l’a le mieux regardée depuis Pascal Thomas.

Fondue. Certes, le film est assez fort pour prétendre tenir tout seul, par son écriture, la réflexion dont il procède ou sa mise en scène, et sans doute aurait-il pu identiquement émouvoir si son rôle principal avait été confié à une autre actrice. Du premier plan (Karim Seghair, Marie Raynal) au second (Liliane Rovère, Nicolas Giraud), ceux qui croisent l’héroïne ont été choisis pour être à la hauteur. Mais c’est Frot qui s’est fondue en Fabienne, et cet alliage est d’une miraculeuse adéquation.

Coup d’éclat de José Alcala avec Catherine Frot, Karim Seghair… 1 h 32

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mercredi 27 avril 2011.

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