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Mars actu : Marseille - Un ministre tunisien au conseil régional : Vauzelle a « honte » pour la France

 
source : Mars actu

Prépa au lycée Hoche à Versailles puis à Polytechnique, le fleuron des grandes écoles de la République, des postes dans l’informatique à Paris puis Marseille, un passage chez IBM avant de monter sa propre boîte : c’est « un homme qui incarne la Tunisie nouvelle » que le président du conseil régional Michel Vauzelle (PS), a accueilli ce vendredi. Ministre tunisien de la formation professionnelle « en CDD jusqu’au 24 juillet », date de l’Assemblée constituante, a-t-il précisé, Said Aidi a plaidé pour une « coopération renforcée dans le domaine économique mais aussi culturel », notamment avec la région, « une porte d’entrée sur la France et l’Europe ». Avant de lancer : « je vous invite, la situation aujourd’hui est calme, on compte sur nos amis français pour être au rendez-vous de la saison touristique pour découvrir la Tunisie nouvelle. »

Mais, forcément, c’est du voyage inverse, celui d’environ 25 000 Tunisiens vers Lampedusa puis pour certains la France, qu’il a beaucoup été question. Là-dessus, Said Aidi a joué l’apaisement : « C’est une situation conjoncturelle d’un pays dans un phase révolutionnaire, nos forces de l’ordre avaient beaucoup à faire pour s’assurer de la stabilité. On ne souhaite pas une immigration illégale, et ce d’abord pour nos concitoyens, qui traversent la Méditerranée au péril de leur vie. Nous devons redonner confiance à cette jeunesse formée, éduquée, qui a manifesté son aspiration à la liberté. »

Pas de polémique

Et la colère du gouvernement français après que son homologue italien leur a accordé un permis de 6 mois leur permettant de circuler dans l’espace Schengen ? « On ne fait pas l’amalgame, on connaît les valeurs de la France. Après que de manière ponctuelle il y ait pu avoir des discours qui nous ont étonné oui, mais on sait qu’on peut compter sur la France, patrie des droits de l’homme et de la justice pour leur réserver un traitement humain », a-t-il répondu, rappelant que la langue de bois pouvait se manier des deux côtés de la Méditerranée.

C’est du moins ce qu’a dû se dire Michel Vauzelle, qui a fait voter dans la soirée un voeu critiquant la réaction de Paris et son idée de réformer les règles de l’espace Schengen, jugée « démagogique et disproportionnée » et comme une volonté « d’attiser dans l’opinion la peur de l’étranger et la hantise d’une « invasion » migratoire ». Car, interrogé sur l’accueil réservé à ses compatriotes, qui dormaient sur des cartons porte d’Aix et pour qui la préfecture des Bouches-du-Rhône et la mairie de Marseille n’ont pas jugé nécessaire d’ouvrir un gymnase ou une école, assurant pour la première que les hébergements habituels suffisent, ce qui est faux, tout en procédant à des interpellations, le ministre a simplement répondu : « Je pense que des solutions sont en train d’être trouvées pour les traiter dans la dignité dans l’attente d’une solution durable.

A côté de lui, le consul général de Tunisie à Marseille a ajouté que les migrants ont eu « la priorité pour être hébergée dans des centres et pour ceux qui veulent rentrer chez eux, et il y en a beaucoup car les gens ont découvert que ce n’est pas l’eldorado espéré. On a déjà prévu une dizaine de rentrées volontaires. »

Vauzelle : « c’est une honte »

De la préfecture des Bouches-du-Rhône dans le texte. Le seul coin enfoncé dans la gestion française par Said Aid l’a été indirectement, par contraste, lorsqu’il a évoqué la situation à la frontière tunisio-libyenne : « Ca fait notre fierté. On a eu à gérer un flux de 300 000 migrants venant de Lybie, dont 35 000 Tunisiens qui sont revenus une main devant une main derrière comme on dit, sans rien. On a assumé nos responsabilités. On a eu à organiser le transit d’un nombre important d’Egyptiens, de Marocains, de plusieurs nationalités d’Afrique sub-saharienne, asiatiques, avec toutes les difficultés que vous pouvez imaginer, en terme même de communication. Certains d’entre eux n’ont pas souhaité retourner dans leur pays et ils sont dans des camps dans le Sud Tunisien avec un accueil remarquable de la population et le soutien d’organisations internationales. »

Un fait repris plus tard lors du vote du voeu par Michel Vauzelle, à propos des Tunisiens arrivant eu Europe : « Ils ont été accueillis par la population d’une toute petite île (Lampedusa, ndlr), qui est venue leur donner comme les Tunisiens du Sud, le pain et l’eau. Et puis ensuite ils sont remontés vers la France, dont ils ont une image idéalisée et qu’ils aiment (…) Le spectacle qui est donné à deux pas du conseil régional de jeunes Tunisiens qui sont dépourvus de tout est une honte »

Et l’ancien ministre de la Justice de Mitterrand, derrière ses airs débonnaires, de se faire dur : « Aujourd’hui le problème c’est quelques milliers de gens qui sont dans une grande détresse et qui doivent être aidés sur le plan sanitaire, sur le plan de l’aide humanitaire avant que dans un second temps de prendre quelques jours pour examiner les cas. Mais le premier geste c’est de tendre la main pas de fourrer quelqu’un dans un panier à salade comme un malfaiteur afin d’essayer de le renvoyer en Italie. Et puis dans un troisième temps, oui il y a un problème économique et social que nous devons gérer ensemble. Ce n’est pas en créant une ligne Maginot sur la Méditerranée et par le racisme et la xénophobie que nous créerons une sécurité ».

Le permis Italien ne suffit pas

Sauf que le voeu voté risque fort de rester pieu, et que la première question de Béchir Mhemedi, militant de la Ligue des droits de l’homme quand on lui apprend son existence est : « est-ce qu’il y a des mesures concrètes ? » L’un des premiers à avoir interpellé sur cette question, le conseiller régional communiste Jean-Marc Coppola se justifie : « nous n’avons pas, comme les municipalités, des locaux et des gymnases que l’on peut ouvrir sur réquisition du préfet ».

A moins que le conseil décidé subitement de transformer l’Hôtel de Région en un vaste hôtel tout court, la grosse centaine de Tunisiens arrivés à Marseille ces dernières semaines va donc, hormis ceux qui trouveront une place dans les unités d’hébergement d’urgence de la ville, dont on a vu la capacité limitée, passer une nouvelle nuit dehors. Avec la menace de rejoindre leurs 52 compatriotes actuellement en rétention au Canet.


voir aussi :

 

Mars actu : Marseille : interrogations autour du sort des migrants tunisiens

Mars actu : Marseille - 52 Tunisiens en centre de rétention, 7 libérés et l’espoir d’une jurisprudence
samedi 30 avril 2011.

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