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Libé Marseille : Porte d'Aix, les Roms expulsés de dehors

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Anti-Roms

Porte d'Aix, les Roms expulsés de dehors

 

par Olivier Bertrand

La police est arrivée au petit matin, n'a pas eu à enfoncer de porte. Une centaine d'hommes ont encerclé la porte d'Aix, vers 6h aujourd'hui, pour prier la centaine de Roms installés là de décamper. D'aller ailleurs. Où ? Qu'ils se débrouillent. Comme dans la plupart des villes françaises, l'objectif à peine dissimulé à Marseille est toujours de réduire à l'étiage les conditions d'accueil, d'hygiène, pour ne pas créer d'"appel d'air". Dissuader de venir. Faire passer le message qu'ici, ce n'est pas mieux qu'ailleurs, on est mal accueilli, il ne faut pas venir. Cela ne fait que cinq siècles que cela dure...

Ces derniers mois, d'importants campements ont provoqué l'exaspération des riverains successifs à Marseille. Le plus souvent, les tas d'ordures, les odeurs, indisposent. Est-ce que des containers et des toilettes mobiles amélioreraient les situations ? Il est rare que cela soit testé. Cela n'a pas été le cas à Marseille et les familles ont fini par s'installer porte d'Aix, comme les jeunes Tunisiens avant elles. Puis l'histoire du parking squatté, la semaine dernière, a braqué un peu plus les projecteurs sur cette entrée de la ville (lire ici). Et lors d'une conférence de presse, jeudi dernier, le sénateur-maire, Jean-Claude Gaudin, a eu cette phrase terrible - qui depuis cinq cents ans fait rarement sursauter. "Des Roms, il y en a trop dans cette ville." Le Rom, mythifié en homme libre et musicien dans l'imaginaire collectif, est souvent traité en sous-homme dans la réalité.

La position des élus n'est pas toujours simple, demanderait beaucoup de courage. Dans certains quartiers de la ville, l'exaspération est réelle. Chez les voisins indisposés, mais aussi lorsqu'une partie des Roms qui explorent les poubelles laissent au sol ce qui ne les intéresse pas. Ils sont très nombreux à le faire dans cette ville. Cela frappe lorsque l'on arrive. Dans tous les quartier, une armée de gueux équipés de poussettes et de piques, pour fouiller les ordures, comme l'homme à la barque ramasse les cadavres avec ses dents, dans l'Herbe rouge de Boris Vian. "Vous vous déchargerez sur moi du poids de votre honte."

Jean-Claude Gaudin expliquait jeudi qu'il craint désormais que des habitants finissent par faire Justice eux-mêmes. Lundi, il a signé un arrêté d'expulsion, que le tribunal administratif a validé. Il y avait un très bon compte rendu de l'audience, hier, dans la Provence (lire là). Enfin ce matin les policiers sont donc arrivés pour l'expulsion, dans le calme. C'est toujours curieux d'expulser quelqu'un de dehors. Où les délogés vont-ils aller ? "Je pense qu'ils vont traverser et s'installer sur le trottoir d'en face si la police les laisse faire parce qu'ils n'ont nulle part où aller", expliquait ce matin Bernard Eynaud, responsable de la Ligue des Droits de l'Homme dans les Bouches-du-Rhône.

Selon la mairie, "des propositions d'hébergement notamment au centre de la Madrague, sont faites par le Samu social comme à chaque fois. Jusqu'à présent, elles ont été à chaque fois refusées". Bernard Eynaud explque qu'il s'agit "de places dans des centres pour SDF ou personnes désocialisées, ce qui n'est pas du tout le cas des Roms qui vivent en famille. De plus, ces endroits ne sont pas adaptés pour les femmes et les enfants". En outre, l'un des salariés du Samu social m'expliquait voilà quelques semaines que ses collègues et lui ont ordre de ne pas s'occuper des Roms. Seulement des errants de chez nous...

"Soixante-dix personnes d'origine roumaine dont dix enfants ont été évacuées dans le calme avec l'assistance du Samu social qui leur a proposé de la nourriture et des solutions d'hébergement, explique Gilles Leclair, préfet délégué à la Défense et à la Sécurité en région Paca. "Pour l'instant, trois familles ont accepté ces solutions et l'OFII (Office français de l'immigration et de l'intégration) a relevé les identités de personnes susceptibles de pouvoir bénéficier d'une aide au retour. Une bonne trentaine d'entre elles sont convoquées cet après-midi pour étudier leur cas."

A gauche, les réactions ont été nombreuses depuis la signature de l'arrêté municipal (dans le Nord, un autre maire UMP a signé un arrêté interdisant aux Roms de faire les poubelle - lire là). Michel Vauzelle, président (PS) du conseil régional, juge "honteux et inacceptable d’expulser des Roms sans accompagnement". Une nouvelle fois, remarque l'ancien ministre, "aucune solution de relogement n’a été proposée pour offrir à ces citoyens de l’Union européenne des conditions de vie décentes". La fédération départementale du PS ajoute que "l'attitude de Jean-Claude Gaudin n'est pas digne de cette solidarité qui caractérise tant les Marseillais". Avant d'arriver à Marseille, je travaillais à Lyon, ville qui cultive aussi une tradition très humaniste. Le maire, socialiste, adoptait la même stratégie que Gaudin, craignait le même appel d'air.

Pour le PCF, "la situation à la Porte d’Aix relèverait du vaudeville si la question humanitaire n’était pas le principal enjeu". Dans ce quartier, poursuit le parti communiste, "mieux vaut s’appeler Vinci que venir de Roumanie si on croit encore à la solidarité. D’un côté du rond-point, les pouvoirs publics mettent la main à la poche du contribuable pour assurer la protection d’un groupe privé. De l’autre, le sénateur maire, conforté par une décision de « justice », en appelle aux forces de l’ordre pour chasser de sa vue la misère".


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mardi 16 août 2011.

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