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Medias - SUD-OUEST - Sud Ouest Discours de Grenoble, un an après ...

Roms : « En France, les poubelles sont plus riches »

 
Un an après le fameux discours de Nicolas Sarkozy, la situation des Roms en France reste précaire et complexe. Exemple au squat de Thiers-Benauge, le plus grand de Bordeaux.
source : Sud Ouest

Dans le squat de Thiers-Benauge, le plus grand de Bordeaux, sur la rive droite, on cherche Krazimir, Rom bulgare. « Un parcours typique » pour les habitants des squats bordelais, explique Fanny, une bénévole de l'association Procom, qui milite pour les droits des Roms. Elle jure qu'elle l'a vu ici, il y a une dizaine de jours. Il avait été évacué du squat de Villenave-d'Ornon. Ne sachant où aller, il a débarqué là avec sa famille. Il a construit une cabane de bois et de cartons dans le hangar désaffecté de l'ancienne gare, propriété de la CUB. Auparavant, Krazimir était à Floirac. Un immense bidonville insalubre, démantelé il y a un peu plus d'un an.

On ne trouve pas Krazimir. L'endroit est immense. Une vraie ville dans la ville. Avec ses quartiers. D'abord, des bâtiments. Vétustes. Dans une semi-pénombre, des dizaines de familles s'entassent sur plusieurs étages. Chaque pièce ou couloir est occupé, inégalement amé- nagé. Les odeurs de cuisine mêlées à l'humidité imprègnent les murs. « Quand vous partez, vous êtes sûrs de ne pas retrouver votre place », explique Jivka, une femme d'un certain âge. Dans sa famille, il y a 12 personnes. Ils occupent deux pièces. Les vêtements des enfants, elle les trouve dans les poubelles.

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bilan en demi-teinte

12 familles prises en charge à l'issue de la Mous (maîtrise d'œuvre urbaine et sociale) pour les Roms mise en place dans l'agglomération de Bordeaux il y a deux ans : « Un bilan en demi-teinte », reconnaît Alexandra Ciarri, adjointe à la précarité à la mairie de Bordeaux. Mais Thiers Benauge semble faire consensus : « Il n'y aura pas d'expulsion massive du squat. Associations, préfecture, CUB et mairie sont d'accord pour que les personnes qui se mettent hors la loi soient reconduites à la frontière. Néanmoins, dans notre accompagnement, plus de choses doivent être faites. Tous les partenaires sont d'accord pour poursuivre le travail de la Mous en mettant l'accent notamment sur l'accès au travail. Tout tient à la capacité de dialogue entre les partenaires. Nous devons sortir des idées reçues de part et d'autre et nous confronter à la réalité pour intégrer ceux qui le peuvent », poursuit l'élue bordelaise.

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Une église de bric et de broc

À côté, Simeo a bâti une église, de bric et de broc. Au milieu du squat, qui s'étend sur plusieurs hectares de terrain vague et où les cabanes poussent comme des champignons, elle a fière allure. Simeo a mis la musique à fond. En passant le balai, il ponctue les morceaux par de sonores « alléluia ! ». En Bulgarie, il était pasteur. Il est venu en France pour permettre à son fils malade de se faire opérer. « En Bulgarie, les Tziganes ne peuvent pas se soigner, ça coûte trop cher », raconte-t-il. Une des principales raisons de la migration des Roms, selon Médecins du monde. « Cela crée une population particulièrement fragile du point de vue sanitaire », explique le docteur Laurent Seban.

Plus loin, il y a le quartier des caravanes. Ils ne viennent pas à l'église. « Ils restent entre eux », sourit Simeo. L'une d'entre elles sert de bistrot, comme un pendant naturel à la construction d'une église. « C'est précisément ce que nous voulions éviter. L'endroit est en train de se ghettoïser, avec une population qui se replie sur elle-même. La situation devient incontrôlable », déplore le docteur Lanusse-Cazalet, responsable de la mission Roms de Médecins du monde à Bordeaux.

Jivka confirme. « Il y a trop de monde, parfois des bagarres. » Le squat de Thiers-Benauge, qui rassemble actuellement « au moins 350 personnes », selon les associations, était pourtant, il y a quelques mois encore, un lieu sur lequel on fondait beaucoup d'espoir. Une zone « expérimentale ».

La mairie de la Bastide avait accepté de donner un accès à l'eau et à l'électricité. Il fut également prioritaire pour le diagnostic de la maîtrise d'œuvre urbaine et sociale (Mous) lancée par la préfecture et les collectivités. Un dispositif qui a permis de suivre 12 familles triées sur le volet, en leur proposant logement, autorisations de séjour et accompagnement professionnel. Une initiative dont il ne faut pas négliger la portée. Mais qui a également révélé la complexité de la question.

« Cette population est disparate. Dans les squats, vous trouvez des Bulgares, des Roumains, des Roms, mais aussi des non-Roms, des chrétiens, des musulmans, avec des niveaux d'intégration et une capacité à évoluer très différents », analyse Jérôme Lobao, président de Procom. « À Bordeaux, on a senti une volonté de faire des choses. Mais, après le discours de Grenoble, on a eu l'impression que les pouvoirs publics et aussi certains élus n'ont pas voulu que la Mous prenne trop d'ampleur », explique une responsable d'association qui préfère garder l'anonymat.

Le docteur Seban tempère : « Même si la pression policière a été forte jusqu'en juin, il n'y a pas eu d'expulsion massive. Mais les évacuations ont trop rarement été suivies de mesures d'accompagnement. Nous aurions voulu, ne serait-ce que pour des questions sanitaires, qu'on puisse proposer des terrains de stabilisation. Sans cela, les gens se redirigent vers d'autres squats, et la situation devient impossible pour tout le monde. »

« Ne pas se voiler la face »

Selon Jérôme Lobao, Thiers-Benauge a rassemblé, ces derniers mois, les exclus des squats de l'agglomération. « Il ne faut pas se voiler la face. Quand le squat atteint cette taille, il y a inévitablement de la délinquance. Cela nuit à ceux qui veulent s'intégrer », juge-t-il. « On ne peut pas laisser la situation se dégrader, mais la pire des choses serait de mettre tout le monde dehors, avec pour seule option deux ou trois nuits d'hôtel », estime le docteur Lanusse-Cazalet.

Ce matin-là, la police est venue. Elle a relevé des identités, pris des passeports. Zravka a l'habitude. « Dans trois mois, il faudra partir », sourit à pleines dents la vieille Tzigane.

Zravka vit dans le hangar. Elle nous apprend que Krazimir est retourné en Bulgarie la semaine dernière. Elle voudrait rester. « Pour ma nièce qui va à l'école. » Elle a fait une rupture d'anévrisme l'année dernière. En cinq ans, elle a effectué trois allers-retours entre Bordeaux et la Bulgarie. « La première fois, c'était en avion, avec l'aide au retour (300 euros). Mais ça, ça ne marche qu'une fois ! »

Preuve, pour beaucoup, de l'inefficacité de la politique menée autour de ces ressortissants européens. D'ailleurs, malgré les reconduites à la frontière (350 Bulgares en 2010), la population resterait stable à Bordeaux ces dernières années, entre 400 et 700 personnes. Jivka s'énerve : « Pourquoi on nous oblige à repartir ? Moi, je veux rester. J'accepterai n'importe quel travail, mais de toute façon je reviendrai toujours en France. »

Zravska est formelle : Krazimir va lui aussi revenir bientôt.

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Certains policiers sont sceptiques face à la politique du chiffre

Comment a été vécu l'accent mis sur les démantèlements de camps chez les policiers ?

Bien sûr, les sentiments sont multiples. « Le travail a été fait. Et proprement, contrairement à ce qui a été dit. Beaucoup donnent des leçons. C'est facile. Mais localement, ça a été un soulagement pour les gens », explique un agent de la police de l'air et des frontières (PAF) du Pas-de-Calais.

Cet autre policier de la PAF tient des propos plus nuancés : « En interne, certains collègues sont vraiment mal à l'aise. On sait que les reconduites à la frontière coûtent de l'argent. Mais les gens reviennent, notamment les Roms, qui en ont le droit parce qu'ils sont dans l'espace Schengen. Alors on fait du chiffre, mais parfois, ça n'a pas beaucoup de sens. »

Philippe Rolland, délégué régional d'Unité police (syndicat majoritaire, proche de FO), s'interroge : « Les étrangers en situation irrégulière sont-ils le problème majeur de la lutte contre la délinquance ? Sur le terrain, on est plus préoccupés par l'augmentation des cambriolages et par les trafics de stupéfiants. Mais là, les moyens fondent comme neige au soleil. »

Chez certains policiers, le discours de Grenoble n'a pas fait passer la pilule d'une politique du chiffre poussée à l'extrême, associée à la suppression annoncée de 5 000 postes dans leurs rangs. « On gère la police comme une entreprise privée. On nous demande sans cesse de coller aux statistiques, cela crée vraiment un malaise », poursuit un autre fonctionnaire.

samedi 20 août 2011.

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