Anti-Roms
Plusieurs associations humanitaires ont adressé jeudi une lettre ouverte au maire de Marseille et au préfet, dénonçant "l'impasse" de la politique sécuritaire à l'égard des Roms et la situation sanitaire de ces populations.
"La situation sanitaire est celle que l'on peut voir dans les camps de réfugiés les plus improbables", a expliqué le Dr Philippe Rodier, coordinateur de la mission Roms à Médecins du Monde, lors d'une conférence de presse devant la mairie.
Dans un courrier remis au maire (UMP) Jean-Claude Gaudin et au préfet Hugues Parant, le collectif (dans lequel figure notamment la fondation Abbé-Pierre et le Secours catholique) réclame la tenue d'une table ronde, promise par la municipalité début août.
"Votre politique a conduit à l'impasse", y lit-on. "Vous avez laissé croire qu'il suffisait de décréter le retour (des Roms dans leur pays) pour que les rues de Marseille retrouvent leur sérénité. Le mal dont souffre Marseille ne s'appelle pas Roms, il s'appelle précarité".
Les associations demandent un moratoire sur les expulsions - au moment même où 72 Roms étaient renvoyés jeudi de Marseille en Roumanie, selon une procédure de départ volontaire, précise la préfecture.
"Que faire de ceux qui, comme à chaque fois, reviendront, et c'est en général la majorité ?", objectent les associations. "La réponse sécuritaire est un échec, et la présence des Roms et leur délabrement en attestent, comme en atteste l'exaspération du reste de la population".
"Il y a d'autres issues," martèlent ces organisations, qui répètent que les Roms sont des migrants économiques comme les autres, qu'ils sont sédentaires et pas nomades et qu'il faut "une politique d'accueil".
"Depuis cinq ans, on nous a assuré qu'il n'y avait pas d'autre issue que cette politique sécuritaire pour nettoyer Marseille", a affirmé le Dr Rodier. "Or cela a conduit à une situation pire qu'il y a cinq ans", a-t-il poursuivi, évoquant les "réponses dignes" faites par les municipalités de Lille ou de Nantes.
A Marseille, les Roms - qui sont environ 1.500 selon les associations - sont contraints de se déplacer sans cesse, de squats en jardins publics et bouts de trottoir, a-t-il expliqué. "La santé est passée au dernier rang de leurs préoccupations, au profit des impératifs de survie".
Evoquant le départ des 72 Roms, le préfet a pour sa part salué le travail des services de l'Etat et de la ville pour faire face à la situation de ce groupe, évacué le 10 août d'un quartier du centre-ville et accueilli depuis en centre d'hégergement d'urgence.
"L'évacuation du site par les forces de l'ordre (...) a permis d'engager un processus de retour à la normale pour ces familles, en accord avec le respect des textes qui régissent le droit au séjour sur notre territoire, mais également avec la conception en vigueur dans notre pays pour ce qui concerne la dignité humaine", a-t-il souligné dans un communiqué.
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