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RFI : « Des chiffres, Un visage » et un photographe engagé

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« Des chiffres, Un visage » et un photographe engagé

 


Lyon, le 25 mai 2010. Manifestation de soutien à Guilherme pour porter à la préfecture les 5 210 lettres recueillies à travers la France.
© Bertrand Gaudillère / Item

Lyon, le 8 décembre 2010. Guilherme est toujours en attente de papiers. À l’heure actuelle, plus aucune procédure de demande de régularisation n’est en cours.
© Bertrand Gaudillère / Item

source : RFI
 
Visa pour l’image est le plus grand festival international de photojournalisme. Parmi les 26 expositions de la 23e édition à Perpignan (France), Bertrand Gaudillère est le seul photographe qui a été sélectionné avec des photos sur un sujet français. Ce photojournaliste, basé à Lyon, travaille au sein du collectif Item. Des chiffres, Un visage reflète d’une manière originale la réalité des expulsions de « sans-papiers » en noir et blanc. Entretien.
 

RFI : Avoir son exposition au plus grand festival international du photojournalisme, cela représente quoi pour vous ?

Bertrand Gaudillère : C’est d’abord une reconnaissance professionnelle et il y a une certaine fierté d’être présent avec ce sujet-là, un sujet français qui raconte ce qui est la réalité de la politique migratoire en France aujourd’hui en 2011.

RFI : Des chiffres, Un visage. Pourquoi ce titre ?

B.G. : Le premier titre était Les chiffres ont un visage. Les sans-papiers, c’est un sujet sur lequel je travaille depuis quatre ans. Le premier volet a été projeté à Visa pour l’image il y a deux ans. Cette année je reprends un peu le même titre avec un angle un peu différent. L’idée était de raconter cette histoire d’un sans-papier pour mettre un visage sur des chiffres, puisque, aujourd’hui, la politique migratoire est citée pratiquement uniquement en pourcentages, statistiques ou en coûts. L’idée était de rappeler que derrière ces chiffres il y a des visages et un visage en particulier, le visage emblématique de Guilherme, qui a défrayé la chronique au niveau national avec une médiatisation qui a été énorme. L’histoire d’un homme, d’une famille, d’un collectif de soutien. Ce n’était pas une histoire très originale, parce que j’aurais pu la raconter avec des tas de familles qui sont dans la même situation aujourd’hui en France.

RFI : Montrer que derrière le chiffre de 29 796 expulsions sur l'année, il y a d'abord des hommes, c’est forcément une histoire en noir et blanc ?

B.G. : Le choix du noir et blanc était au début pour mettre tous les visages au même niveau. Je voulais me concentrer sur l’histoire. Quand je travaille sur des sujets longue durée, je sais que je vais être confronté aux situations qui ne sont pas des situations de lumière évidentes et qui ne sont pas toujours flatteuses. A certains moments, j’aurais eu tous les éléments pour faire des photos en couleur qui sont fortes et qui ressortiraient plus que les autres sans être forcément des moments clés.

RFI : Il y a les photos sur Guilherme, cet Angolais de 45 ans, mais il y a aussi cette photo où l’on voit une dizaine de personnes qui transportent une banderole dans les rues d’une grande ville. On voit leurs pieds, mais ils cachent leurs visages. Une photo pour montrer que dès qu’il y a des chiffres en jeu il y a quelque chose à cacher ?
 
B.G. : Non, c’était vraiment pour montrer la motivation et l’acharnement dont a fait preuve le collectif de soutien en étant très imaginatif et en essayant de rester sur le devant de la scène. Ils ont conçu une énorme banderole qu’ils ont promenée à chaque occasion pour continuer à être visible et surtout pour attirer les médias. C’était presque le fruit du hasard que les gens soient masqués sur la photo. Après, il y a la question : où met-on la limite pour montrer des choses sans mettre les gens en danger ?
 
RFI : Vous avez suivi les membres du Réseau Education Sans Frontières (RESF) pendant un an. Lors de votre quête, qu’est-ce que vous avez découvert sur la photographie ou votre photographie ?

B.G. : Je ne sais pas si j’ai découvert grand-chose. J’ai plutôt confirmé certaines choses par rapport à la politique d’expulsion. Le collectif de soutien était assez surprenant dans le sens où ce n’était pas des militants au départ et puis ils le sont devenus avec cette histoire par la force des choses en refusant d’accepter la politique appliquée à leur voisin, à leur ami, au père du copain de leurs enfants. Cela m’a rappelé qu’ensemble on pourrait faire des choses. Par rapport à ma photographie, cela m’a véritablement confirmé que c’était dans des sujets sur lesquels on s’engageait sur le long terme qu’on pouvait produire les meilleures histoires.
 
RFI : Derrière votre nom ne se trouve pas le sigle AFP, Reuters ou Getty Images, mais Item, le nom d’un collectif de photographes. En quoi votre approche est différente ? 
 
B.G. : On ne travaille pas dans les mêmes contraintes en termes de temps. Quand on travaille pour une grosse structure, on doit répondre à une certaine contrainte par rapport à l’actualité. Nous avons plus le loisir de prendre le temps pour écrire des histoires dans la longueur. C’est un travail complémentaire aux agences qui ont aussi d’autres exigences en termes de rentabilité. Mon sujet n’est pas un sujet très « rentable » en termes de publication ou diffusion. En étant dans une petite structure on peut se permettre de construire des sujets qui ne s’inscrivent pas forcément dans une structure de rentabilité économique immédiate.
 
RFI : Sur votre site, vous présentez vos photo-reportages qu’on peut regarder gratuitement. Ainsi se pose la question de votre modèle économique. Qui paie finalement pour vos images ?
 
B.G. : Au sein du collectif Item on ne fait pas exception à la règle. Aujourd’hui, on travaille beaucoup en communication et corporate, ce qui nous permet d’assurer notre quotidien. Pour moi, c’est aussi une forme d’auto-subvention. L’argent que je gagne en faisant la communication et du corporate, c’est de l’argent qui me permet de vivre au quotidien et qui me permet de financer mes projets personnels et puis de pouvoir prendre le temps de faire vivre derrière en présentant des dossiers comme au festival Visa pour l’image.
 
RFI : Les photos qu’on voit sur votre site sont des photos auto-subventionnées ?
 
B.G. : Sur le site, il y a beaucoup de travaux personnels qui ne sont pas issus de commandes. Cela ne veut pas dire que ce sont des images qui n’ont pas de vie par rapport à la diffusion et la publication, mais ce sont souvent des sujets qui, effectivement, ne sont pas issus de commandes.

Visa pour l’image 2011, 23e édition du Festival international du photojournalisme, du 27 août au 11 septembre à Perpignan, France.
 
Item, collectif de photographes, dont Bertrand Gaudillère.


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mercredi 31 août 2011.

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