
par Yves Madec
Une poignée de main avec le directeur de la réglementation et des libertés publiques sur le pas de la porte. La promesse d'une décision rapide par courrier. Mardi midi, à Vannes, en quittant la préfecture du Morbihan, le sans-papiers Ibrahim Sahin avait le sourire. Quinze secondes plus tard, «cueilli» dès sa sortie, menotté sur le trottoir, il déchantait.
Innocenté mais privé de titre
Convoqué par courrier, ce Turc âgé de 36 ans venait pourtant de plaider son cas durant plus d'une heure face aux trois membres de la commission du titre de séjour. Car son histoire ne se résume pas à celle d'un ressortissant clandestin qui, faute de papiers, refuserait de quitter le pays. Durant plusieurs années, il a séjourné légalement sur le territoire. Exerçant les professions d'ouvrier agricole et d'agent de nettoyage. Son mariage avec une Pontivyenne, en 2001, lui avait permis d'obtenir un titre de séjour. Jusqu'à ce que cette dernière l'accuse de viol et de violences en 2005 entraînant deux mois en détention préventive. Innocenté en septembre2006, Ibrahim a obtenu 10.000€ de dommages et intérêts. Mais son titre de séjour n'a plus jamais été renouvelé, au motif qu'il ne vivait pas avec sa femme. Depuis, le Turc effectue toutes les démarches pour régulariser sa situation. Sans se cacher, sans fuir. À trois reprises, il a connu les affres du centre de rétention rennais. Et en a réchappé. En avril dernier, le juge avait estimé que son interpellation devant la préfecture du Morbihan, alors qu'il entamait une grève de la faim, n'était pas justifiée. Qu'en sera-t-il demain lorsqu'il passera pour la quatrième fois devant ce même juge?
«Du jamais vu»
Une situation qu'il était loin d'imaginer, mardi, à 10h15, en franchissant les grilles de la préfecture, convocation dans une main, justificatifs dans l'autre. Le Turc ne comprend pas. «J'avais confiance et ils ont appelé la police. S'ils ne voulaient pas me régulariser, pourquoi m'envoyer devant la commission? Et ils pouvaient m'interpeller avant. Je suis désespéré». Depuis qu'elle assiste les pensionnaires du centre de rétention de Saint-Jacques au nom du Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples), Carole Bohanne pensait avoir tout connu. «Mais là, pour moi, c'est tout simplement du jamais vu. À la sortie d'une commission! Évidemment que la préfecture savait qu'un comité de réception l'attendait. Certes, il est sous le coup d'une interdiction de séjour depuis 2009, mais un appel est en cours. C'est de l'acharnement».
* Joints hier, les services de la préfecture n'entendaient pas communiquer sur ce dossier.