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Les InRocks / Sur le tournage de "Shanghai-Belleville" de Show-Chun Lee

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Sur le tournage de "Shanghai-Belleville" de Show-Chun Lee

 


Crédits photo : La réalisatrice Show-Chun Lee (photo Ghislaine Wang)

Dernière escale pour l'équipe de tournage de l'artiste et réalisatrice Show-Chun Lee, aperçue il y a trois semaines sur le carrefour de Belleville entre le restaurant Le Président (véritable institution du quartier chinois) et le bar de la Vielleuse.  Cette artiste de formation, très engagée auprès des sans-papiers chinois, prépare son premier long métrage de fiction. Au menu : trajectoires croisées de clandestins chinois, entre cinéma d'auteur et cinéma populaire asiatique.   

Bagnolet. Plein soleil. Dans une petite rue tranquille, l’équipe de tournage de Shanghai-Belleville va et vient entre les camions de matériel garés devant le portail et la maison rouge que l’on aperçoit au bout de l’allée. C’est l’heure du déjeuner. Après quelques pourparlers par talkie-walkie interposés, on nous invite à franchir le seuil, gardé par des dragons de faïence. L’intérieur est vaste agrémenté d’un mélange d’objets design et de curiosités. Nous traversons le rez-de-chaussée, dépassons un petit salon d’inspiration orientale et une salle de projection. La maison accueille régulièrement des tournages.    

A l’étage, cuisine ouverte sur un salon immense et baies vitrées donnant sur la terrasse. On serait presque tenté de faire un reportage pour Elle Déco.     Show-Chun Lee nous reçoit dehors. Elle nous fait remarquer le décalage entre cet îlot paisible et luxueux et les deux gigantesques tours mercuriales qu’on aperçoit au loin par-dessus le muret, vestiges miroitants d’un projet de quartier d’affaires interrompu dans le milieu des années 70. Dans son film, elle veut montrer un Paris populaire, contrasté, bien différent de celui rêvé par Woody Allen.  

Un patchwork d'histoires de migrants chinois

Depuis la biennale de Belleville en septembre 2011 pour laquelle elle avait animé des visites commentées du quartier chinois, elle a surtout relu ses notes. Postée à la terrasse du café la Vielleuse, son quartier général, elle a récolté dans ses cahiers toutes sortes d’observations, mais aussi d’histoires. “Je ne pouvais pas les filmer au moment où elles se produisaient, mais je voulais en parler.” L’intrigue de Shanghai-Belleville sera donc un patchwork d’histoires de clandestins et de migrants d’origine chinoise. “Un film choral”, précise-t-elle, "comme souvent dans le cinéma asiatique".

Pour une fois, elle laisse de côté la méticulosité de l’anthropologue pour mêler aux trajectoires des clandestins chinois une touche picaresque, onirique et parfois surnaturelle. “Je voulais créer une sorte de mythe, pour leur donner une image plus forte, mais aussi plus juste.”    

Dans son film, dont la sortie en salles est prévue pour septembre 2012, on croise des fantômes et des prostituées, des ouvriers clandestins et de jeunes adolescents surnommés "pokémons".  Il ne s’agit pas de caricaturer ou de nourrir les clichés à l’encontre d’une diaspora mal connue. Show-Chun, elle-même originaire de Taïwan, ne s’appuie sur les réalités sociales que pour  les rattacher à des histoires singulières. C’est frappant quand elle évoque le background des personnages. Par exemple, l’un des protagonistes, Liwei, dit "le Croate", est issu de la deuxième génération d’immigrés chinois. Son surnom lui vient du pays par lequel ses parents sont arrivés.

"Il y a quinze ou vingt ans, l’immigration clandestine se faisait par la Russie, puis l’Europe de l’Est et l’ex-Yougoslavie. Aujourd’hui on passe plutôt par l’Afrique, à cause des nouveaux liens commerciaux qui se sont tissés avec la Chine”, analyse Show Chun Lee.   

Liwei se lie d'amitié avec Monsieur Zhou, un ouvrier clandestin venu en France pour chercher sa femme disparue. Ensemble ils tentent de la retrouver.     "C’était aussi pour moi l’occasion de montrer le visage et le talent de mes acteurs. On dit souvent qu’il n’y a pas de bons comédiens asiatiques en France, c’est faux." L’un d’eux est un catcheur chinois, retourné à l’usine après s’être blessé. Il y aussi une ancienne danseuse. Elle joue la mère de Zhou. Show-Chun nous fait remarquer la beauté de son visage lorsque nous la voyons, un peu en retrait pendant que l’équipe du son prépare l’enregistrement d’une scène chantée. La chanteuse, une prof d’opéra traditionnel chinois, répète une première fois à vide. Monsieur Zhou fredonne avec elle. Elle reprend. Ils chantent ensuite en duo.

Show-Chun assure la traduction entre ses acteurs et l’équipe française. Quand elle tournait dans les rues de Belleville, on la prenait pour l’interprète. Ça la fait rire. Pendant les repérages on l’a même confondue avec une "promeneuse", ces prostituées que l’on voit circuler le long du boulevard de la Villette et parfois discuter avec les habitués des cafés du carrefour de Belleville.    

Le côté un peu exagéré des films d'action asiatiques

Un peu plus tard, une scène d'action. Liwei et monsieur Zhou suivent un homme en costume blanc. Il faut qu'ils évitent un laser avant de passer par l’allée. "On dirait des sauts de cabris !" fait remarquer la scripte.  

Devant son écran de contrôle, Thierry Arbogast le chef op, nous explique. "Je voulais qu'on retrouve ce côté un peu appuyé, voire exagéré des films d'action asiatiques."  

Chef opérateur fétiche de Luc Besson, il a collaboré avec, entre autres, Brian de Palma et Emir Kusturica. Show-Chun et lui se sont rencontrés sur le tournage d’un film des frères Larieu à Shanghai.

“Un jour, elle m’a appelé en me demandant si je connaissais quelqu’un pour son film.” Et d’ajouter, goguenard : “En fait, j’ai vite compris que c’est moi qu’elle voulait.”

Le film bénéficie d’une avance sur recette du CNC et intéresse déjà Cannes. Après notre visite, l'équipe s'est envolée pour Shanghaï, pour les dernières scènes du film. Car la Chine est devenu "ce pays d’avenir, qui fait beaucoup rêver les Européens".

Alice Poujol 

Shanghai-Belleville, réalisé par Show-Chun Lee, scénario coécrit par Pierre Chosson


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mardi 13 septembre 2011.

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