COMMUNIQUÉ DE PRESSE DU RESF 63
Clermont-Ferrand, le 22 septembre 2011
Dans la nuit du 20 au 21 septembre 2011, Basrijé Bezjacu donnait naissance - à 26 semaines de grossesse - à une petite El Médina décédée dans les heures qui ont suivi.
Le 17 août dernier, Francis Lamy, préfet du Puy-de-Dôme, ordonnait l'arrestation à Clermont-Ferrand de la famille Bezjacu, et son transfert au Centre de Rétention de Lille. Cette famille Rom Kosovar, avec trois enfants de 10, 7 et 3 ans dont la maman était enceinte de 5 mois, était libérée quatre jours plus tard par un juge des libertés et de la détention. Dans sa décision, il soulignait au sujet de la mère que « le risque d'atteinte à sa santé et à la santé du bébé, consécutif au stress induit par la situation de rétention qui lui a été notifiée au petit matin, immédiatement suivie d'un déplacement géographique d'une durée de 10 heures, est totalement disproportionné au regard de l'objectif d'éloignement poursuivi par les autorités [...] Il ressort de l'ensemble de ces éléments que le traitement subi par cette famille est inhumain et dégradant. »
Ce qui n'empêchait pas le Secrétaire Général de la Préfecture, Jean-Bernard Bobin, de déclarer aux journalistes de La Montagne, dans l’édition du 22 août 2011 : « Le tribunal nous a donné raison sur tous les points. » Et Martine Couderc, directrice départementale de la police, de rajouter trois jours plus tard : « La prise en compte des besoins de la famille se fait dans des conditions humaines auxquelles tout fonctionnaire de police est très attaché. [...] Nous laissons le temps aux familles de préparer leurs bagages, nos véhicules sont équipés de lait maternisé, de couches-culottes, de sièges bébés. De plus, l'interpellation ne peut pas mal se passer, nous n'avons pas de pouvoir de coercition dans ce cadre-là de mission, les familles nous suivent de leur plein gré. [Le trajet vers Lille s'est passé] sans souci particulier. »
Pourtant, dès le retour de la famille à Clermont-Ferrand, madame Bezjacu était hospitalisée en urgence au service des grossesses à haut risque pour un décollement du placenta. L'un des médecins déclarait aux journalistes que « sur un plan de logique médicale, c'est une évidence que ce décollement du placenta est la conséquence directe de ce trimballement à Lille et du choc de l'arrestation. »
Aujourd'hui, une famille est en deuil ; la population clermontoise éplorée et choquée.
Le préfet du Puy-de-Dôme Francis Lamy, le Secrétaire Général de la Préfecture Jean-Bernard Bobin, la directrice départementale de la Sécurité Publique Martine Couderc vont-ils s'exprimer demain dans les médias pour dire qu'ils ont eu raison sur tout ? Que madame Bezjacu, son mari et leurs trois enfants sont partis au Centre de Rétention de Lille de leur plein gré dans des voitures munies de couches-culottes ? Ou bien vont-ils expliquer par voie de presse que madame Bezjacu n'a pas accouché prématurément et que la petite El Médina n'est pas morte ?
A moins qu'ils ne se taisent en un silence assourdissant...
Nous, militants du Réseau Éducation Sans Frontières 63, nous ne nous tairons pas.
NE NOUS TAISONS PAS
RASSEMBLEMENT
MERCREDI 28 SEPTEMBRE A 18H
DEVANT LA PRÉFECTURE DE CLERMONT-FERRAND
Nous nous opposons, plus que jamais, à la traque des étrangers, leur arrestation, leur emprisonnement dans les Centres de Rétention et leur expulsion. Nous dénonçons et condamnons, inlassablement, cette politique de l'immigration inhumaine et dégradante, à l'origine de drames quotidiens et qui engendre la mort.
Le ministre de l’Intérieur Claude Guéant veut augmenter le nombre d’expulsions annuelles pour le faire passer à plus de 30 000 (82 par jour). Les préfets traquent les sans-papiers, particulièrement les familles Roms Kosovars, sans se soucier des décisions de justice.
Ainsi dans le Puy de Dôme, le 1er septembre, une famille Rom de 10 personnes (avec six enfants de 11, 9, 6, 5, 3 et 2 ans) est arrêtée à Saint-Amant-Roche-Savine et directement conduite au centre de rétention de Rouen pour étouffer les manifestations de soutien en Auvergne. La famille avait déjà été arrêtée le 10 août, conduite à Lille et libérée le 12, déposées à la gare de Lille sans argent ni billet de train.
Au moment où leurs camarades de classe constataient leur absence les enfants volaient avec leur mère (les hommes étaient dans un autre avion) vers la Serbie que leurs parents avaient fuie pour tenter de vivre en sécurité. Ainsi le préfet Lamy a privé 6 enfants de rentrée scolaire.
Déjà en mai, le ministre Guéant s’était illustré en stigmatisant les enfants de familles immigrées, coupable selon lui de représenter les deux tiers de l’échec scolaire, une statistique qu’il est bien en peine d’étayer. Cela avec le silence bienveillant du ministre de l’Education nationale.
Ces propos insultants sont indignes d’un ministre. Le silence de Châtel devrait relever de la faute professionnelle. A l’heure où celui-ci évoque de nouvelles leçons de morale que dire d’un ministre qui insulte une partie des élèves ? Que dire le matin en arrivant lorsque les élèves découvrent les chaises vides de leurs camarades expulsés la veille ?
Aujourd’hui, en France : on rafle des enfants et des parents à l’aube, on les trimballe d’un bout à l’autre du pays dans des conditions déclarées « inhumaines et dégradantes » par la justice et on les fourre à la va-vite dans le premier avion venu, interdisant, de fait, le plus élémentaire contrôle de la Justice sur des mesures expéditives. Tout cela sur ordre d’un préfet qui obéit à un ministre chargé de rabattre les voix de l’électorat le plus raciste vers le président-candidat.
Il reste dans ce pays suffisamment de femmes et d’hommes, d’enseignants, de parents d’élèves, de responsables politiques, de responsables syndicaux, y compris policiers pour dire que trop c’est trop.
La place des élèves n’est pas en Centre de Rétention Administrative.
Refusons les rafles dans les écoles ou à leurs portes.
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Rassemblement à Clermont-Ferrand Mercredi 28 septembre 2011 A partir de 18H Devant la Préfecture |